Hilton, Accor, Marriott et Radisson figurent parmi les groupes qui développent ou projettent de nouveaux établissements à Tunis et dans sa périphérie. Une dynamique qui confirme l’intérêt du marché tunisien pour l’hôtellerie urbaine et d’affaires, mais qui contraste avec plusieurs projets anciens toujours bloqués ou fortement retardés.
Tunis continue d’attirer les grandes enseignes internationales de l’hôtellerie. Aux Jardins de Carthage, à Gammarth, aux Berges du Lac et au Kram, plusieurs projets associés à des marques internationales sont en construction, en préparation ou au stade de l’accord de marque.
Cette dynamique, recensée récemment par le média spécialisé Destination Tunisie, témoigne d’un intérêt renouvelé pour le marché hôtelier de la capitale. Elle s’appuie notamment sur le potentiel du tourisme d’affaires, des congrès et événements internationaux, ainsi que sur le développement des nouveaux pôles économiques et tertiaires du Grand Tunis.
Mais entre une enseigne annoncée, un contrat signé et un hôtel effectivement ouvert, le chemin reste parfois long. Plusieurs projets hôteliers à Tunis et dans sa périphérie sont ainsi immobilisés depuis plusieurs années, mettant en évidence les difficultés auxquelles restent confrontés les investisseurs.
Hilton, Accor, Marriott et Radisson à l’offensive
Le projet le plus concret parmi les nouvelles implantations est celui du Hilton Garden Inn Tunis Carthage, aux Jardins de Carthage. L’établissement doit compter 170 chambres.
Hilton avait officiellement annoncé ce projet en août 2023, avec une ouverture initialement prévue en 2025. Les informations sectorielles les plus récentes, publiées en août 2026 par notre confrère Destination Tunisie, font désormais état d’une ouverture annoncée pour janvier 2027.
Cette évolution du calendrier illustre déjà l’un des enjeux du marché : les annonces d’investissement peuvent être suivies de délais de réalisation sensiblement plus longs que prévu.
Le groupe français Accor est également engagé sur plusieurs projets. Un Novotel est actuellement en construction sur la route touristique de Gammarth, tandis qu’un projet Pullman est prévu aux Berges du Lac 2, rue de la Feuille d’Érable. Le contrat de franchise de ce dernier a été signé et son ouverture est envisagée à l’horizon 2029-2030.
Marriott International est pour sa part associé à un projet sous enseigne W Hotels, dans la zone désignée “Lac 0”. Le contrat de marque aurait été conclu, mais le chantier n’a pas encore démarré, selon la même source.
Finalement et non moins important, le groupe GNC poursuit le développement d’un futur Radisson au Kram. Là encore, le projet ne se trouve pas au même niveau d’avancement que le Hilton Garden Inn ou le Novotel : les travaux sont engagés mais accusent un retard important et aucune date d’ouverture n’est actuellement annoncée.
Une demande qui évolue
L’intérêt porté à Tunis par ces groupes internationaux n’est pas sans lien avec l’évolution du profil de la demande.
La capitale dispose d’un marché hôtelier différent de celui des grandes stations balnéaires. Elle bénéficie notamment de la présence des institutions, des entreprises, des représentations diplomatiques et des organisations internationales, auxquels s’ajoutent les congrès, salons, manifestations sportives et autres événements.
Les quartiers des Berges du Lac, des Jardins de Carthage, de Gammarth et du Kram concentrent par ailleurs une partie importante de cette nouvelle activité économique et tertiaire.
Pour les groupes internationaux, ces zones offrent donc un potentiel pour des établissements positionnés sur une clientèle d’affaires et internationale, mais également sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
Le développement de ces enseignes peut également apporter au marché tunisien des standards internationaux, des réseaux de distribution mondiaux et des programmes de fidélité susceptibles de renforcer la visibilité de Tunis auprès des voyageurs étrangers.
Mais plusieurs projets restent dans l’impasse
Cette dynamique ne doit toutefois pas masquer l’autre réalité du marché : Tunis compte encore plusieurs projets hôteliers qui peinent à franchir le cap de la réalisation.
À Gammarth, le chantier du futur Dar Ismail, sur le site de l’ancien Kahena, est à l’arrêt. Le projet La Cigale/Dar Naouar, porté par le groupe Majda, n’a quant à lui toujours pas démarré, selon Destination Tunisie.
Le projet de transformation du Palace Gammarth sous enseigne Hilton reste également suspendu dans un contexte de procédures juridiques concernant le groupe Alliance.
Aux Berges du Lac 2, le projet hôtelier porté par Tredco, comprenant 146 chambres et 19 suites, est à l’arrêt depuis 2023, laissant un chantier inachevé.
Autre dossier emblématique : celui de l’Hôtel du Lac. Après le début des travaux de démolition de l’ancien bâtiment, le chantier du projet porté par Lafico est aujourd’hui interrompu.
À Sidi Bou Saïd, le projet de reconstruction de l’Hôtel Amilcar reste également à l’arrêt. L’établissement devait initialement renaître sous l’enseigne Ritz-Carlton, avec 129 suites, pour une ouverture annoncée à l’époque en 2014.
Le vrai défi : transformer les annonces en hôtels
Le paysage hôtelier de Tunis présente ainsi un paradoxe. Les grandes enseignes internationales manifestent leur intérêt pour la capitale au moment même où plusieurs projets précédemment annoncés n’ont toujours pas abouti.
Cette situation met en évidence le principal enjeu pour l’investissement hôtelier : attirer les opérateurs et obtenir leur engagement constitue une première étape, mais la capacité à transformer ces projets en établissements opérationnels constitue le véritable test.
Les difficultés administratives et foncières, les procédures judiciaires, les questions de financement ou encore l’évolution de la conjoncture peuvent considérablement rallonger les délais de réalisation. Le cas du Hilton Garden Inn est à cet égard révélateur : officiellement annoncé en 2023 avec une ouverture prévue en 2025, le projet est désormais annoncé pour 2027.
Pour Tunis, l’enjeu dépasse donc la simple augmentation du nombre de chambres. L’arrivée de nouvelles marques internationales peut contribuer à renforcer l’offre destinée au tourisme d’affaires, aux congrès et à une clientèle internationale à plus forte valeur ajoutée.
Encore faut-il que les projets annoncés franchissent effectivement les différentes étapes qui séparent la signature d’un contrat de marque de l’ouverture des portes d’un hôtel.
C’est précisément dans cette capacité à concrétiser les investissements que se jouera la prochaine étape du développement hôtelier de Tunis.
R.I



