Par Mohamed El Mahdi RAGOUBI, analyste des marchés financiers
Le ralentissement de l’inflation américaine en juillet 2026 remet au premier plan les anticipations concernant la prochaine décision de la Réserve fédérale américaine (Fed). L’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 3,4 % sur un an en juillet, contre 3,5 % en juin. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix alimentaires et énergétiques, a également diminué, passant de 2,6 à 2,5 %. Cette évolution traduit une poursuite, certes modeste, du mouvement de désinflation. Il faut, toutefois, rappeler que l’objectif officiel de la Fed est une inflation de 2 % mesurée par le PCE, et non directement par le CPI. (Source : U.S. Bureau of Labor Statistics ; Federal Reserve).
Cette évolution pose directement la question de la trajectoire des taux d’intérêt américains. La Fed maintient actuellement son taux directeur dans une fourchette de 3,50 à 3,75 %. La Banque centrale doit arbitrer entre deux risques : maintenir des taux élevés suffisamment longtemps pour maîtriser l’inflation, ou assouplir sa politique afin d’éviter qu’une politique monétaire trop restrictive ne pèse excessivement sur l’activité économique et l’emploi. La prochaine réunion du FOMC, prévue les 15 et 16 septembre 2026, sera donc particulièrement suivie par les investisseurs. (Source : Federal Reserve ; Fomc).
La Fed ne décide cependant pas mécaniquement d’augmenter ou de réduire ses taux à partir d’un seul chiffre d’inflation. Elle analyse simultanément l’évolution des prix, du marché du travail et de l’activité économique. Une poursuite de la désinflation accompagnée d’un ralentissement de l’emploi renforcerait l’hypothèse d’une baisse des taux. À l’inverse, une nouvelle accélération de l’inflation, notamment sous l’effet des prix de l’énergie, pourrait inciter la Banque centrale à maintenir une politique restrictive plus longtemps. Les dernières données ont surtout réduit les anticipations d’une hausse immédiate: après le CPI de juillet, la probabilité implicite d’un maintien des taux en septembre a augmenté, tandis que celle d’une hausse a diminué. (Source : Reuters ; données de marché et CME FedWatch).
Cette politique monétaire américaine est particulièrement importante pour comprendre le comportement du marché de l’or. Contrairement aux obligations ou aux dépôts bancaires, l’or ne verse ni intérêt ni coupon.
Lorsque les taux d’intérêt et surtout les rendements réels augmentent, les investisseurs disposent d’alternatives davantage rémunératrices à la détention d’or. Son coût d’opportunité devient alors plus élevé.
À l’inverse, lorsque les marchés anticipent une baisse des taux et une diminution des rendements réels, le coût d’opportunité de la détention d’or diminue, ce qui peut soutenir sa demande et son prix. Source : analyse économique fondée sur le mécanisme de transmission de la politique monétaire et des marchés obligataires.
Le mécanisme peut donc être résumé ainsi : inflation en baisse → politique monétaire potentiellement moins restrictive → anticipations de taux plus faibles → rendements réels potentiellement plus faibles → coût d’opportunité de l’or réduit → soutien au prix de l’or. Un deuxième canal passe par le dollar. Une Fed plus accommodante peut réduire l’attractivité relative des actifs libellés en dollars et exercer une pression sur la monnaie américaine. Comme l’or est coté principalement en dollars sur les marchés internationaux, une baisse du dollar peut également soutenir son prix, toutes choses égales par ailleurs. La réaction récente du marché illustre cette sensibilité: après la publication du CPI, l’or s’est maintenu autour de 4.400 dollars l’once, les investisseurs réévaluant les perspectives de politique monétaire américaine. (Source : Reuters ; Trading Economics ; données de marché du 13 août 2026).
Il serait néanmoins excessif d’affirmer qu’une baisse des taux de la Fed entraînerait automatiquement une hausse de l’or. Le métal précieux est également influencé par les anticipations d’inflation, les achats des banques centrales, le dollar et les risques géopolitiques. L’or possède, en effet, une fonction particulière de valeur refuge : en période d’incertitude économique ou géopolitique, certains investisseurs cherchent à diversifier leurs portefeuilles vers cet actif. Le dollar possède également un statut de valeur refuge et de monnaie de réserve internationale. Toutefois, si les actifs libellés en dollars deviennent moins rémunérateurs à la suite d’un assouplissement monétaire, certains investisseurs peuvent trouver l’or relativement plus attractif. (Source : Reuters ; analyse des marchés de l’or et des changes).
Cette dynamique internationale se transmet ensuite au marché tunisien de l’or. De manière simplifiée, le prix de l’or en dinars dépend de deux variables principales : le cours international de l’or en dollars et le taux de change du dollar face au dinar tunisien. On peut représenter cette relation ainsi : prix de l’or en TND ≈ prix international de l’or en USD × USD/TND. Ainsi, une hausse de l’or sur les marchés internationaux peut entraîner une hausse du prix en Tunisie. Mais une appréciation du dollar face au dinar peut également amplifier cette progression. La relation entre les taux américains et l’or tunisien est donc indirecte : la politique de la Fed influence d’abord les rendements américains, le dollar et le cours mondial de l’or, avant que ces mouvements ne soient transmis au marché tunisien. (Source : analyse du mécanisme de change et du marché international de l’or).
Il faut enfin distinguer l’or neuf de l’or d’occasion. Pour un bijou neuf, le consommateur ne paie pas uniquement la valeur du métal précieux : le prix comprend également la fabrication, la main-d’œuvre, le design et la marge commerciale.
L’or d’occasion est généralement davantage lié à la valeur intrinsèque du métal, à son poids et à son titre. Par conséquent, une hausse du cours international de l’or peut se transmettre aux deux segments, mais pas nécessairement avec la même amplitude. Le prix effectivement payé par le consommateur tunisien peut donc être différent de la simple conversion du cours international de l’or en dinars. (Source : données de marché de l’or en Tunisie ; analyse du fonctionnement du marché de la bijouterie)
Pour les marchés, il faudra désormais attendre la réunion de la Fed des 15 et 16 septembre 2026 pour disposer d’une nouvelle indication majeure sur l’orientation des taux américains. Une décision de maintien prolongerait la situation actuelle, tandis qu’une baisse pourrait renforcer l’attractivité de l’or en réduisant les rendements des placements en dollars et, potentiellement, les rendements réels. Dans ce scénario, l’or pourrait bénéficier d’un nouvel élan, sans que sa hausse soit pour autant garantie.
Pour la Tunisie, le mouvement pourrait ensuite se transmettre au prix de l’or en dinars, notamment si le cours international progresse et que le dollar reste fort face au dinar. L’évolution de septembre sera donc déterminante pour savoir si le marché entre dans une nouvelle phase de soutien monétaire à l’or, aussi bien à l’international qu’en Tunisie. (Source : Federal Reserve ; Reuters ; données de marché de l’or)



