Sport

Point de vue : Qui protège les clubs ?

  • 20 août 2026
  • 4 min de lecture
Point de vue : Qui protège  les clubs ?

La Presse —Le cas du CAB qui sue et s’efforce de payer ses dettes pour pouvoir participer au championnat national vient nous rappeler le chaos dans lequel se trouvent nos clubs. Avec une législation sportive caduque et timorée, avec des forces occultes qui empêchent de faire naître la loi des structures sportives, avec un organe de contrôle en sommeil profond du côté de la FTF, nos clubs vivent et gèrent au gré des événements et des intérêts étroits.

Un point essentiel et suspect : ce nombre effrayant de litiges et de dettes envers les joueurs et les entraîneurs. Chaque saison, c’est la même rengaine : un bureau directeur provisoire ou élu qui signe des contrats où les agents des joueurs en tirent profit largement pour favoriser leurs clients et enfoncer des dirigeants complices ( il y a un jeu dangereux et des pratiques qui se font entre des dirigeants et des joueurs au moment de signer des contrats pour gonfler les montants) ou profanes et incompétents. Dans les deux cas, beaucoup de contrats gonflés et des clubs qui s’enfoncent pour des années dans la spirale des litiges et les menaces de disparition même.

Comment un club comme l’Etoile s’est trouvé aussi étranglé par des sommes exorbitantes envers des joueurs quelconques comme Ben Aziza à qui on a consacré une prime de 200.000 dinars dont personne ne connaît les raisons ?! Et à chaque fois, c’est le même avocat du sport et en même temps consultant des plateaux et présent dans toutes les sauces qui ressurgit et négocie avec les clubs.

Cet avocat de joueurs tunisiens et étrangers, et d’autres de ses collègues (avec aussi la casquette d’agent de joueurs), incarne le mal endémique de notre football : ce sont ces gens-là qui ont spolié le football en gonflant les salaires et les primes de joueurs moyens et même médiocres. Qui arrêtera ces fameux agents des joueurs et ces avocats et protègera ce qui reste des clubs ?

On va nous dire que les dirigeants ne sont pas dupes et assument leurs engagements. Soit, mais quand ces litiges menacent la survie des institutions sportives à cause de l’entente mafieuse et corrompue entre des dirigeants et des agents de joueurs, là il faut agir. De quel droit un comité même élu se permet d’engager son club dans des sommes faramineuses envers des joueurs tunisiens et étrangers? Nos clubs sont otages d’un système verrouillé où la cagnotte est juteuse. L’inflation des salaires, les contrats exagérés et douteux, les primes de tous genres, tout cela se fait depuis plus de 10 ans.

Les clubs déploient alors leurs efforts, non pour former des jeunes et gagner des titres, mais en bonne partie pour payer des dettes et des salaires élevés et surdimensionnés. Plus qu’une alarme, le football tunisien vit un vrai fléau avec le regard passif de la FTF qui a l’obligation de contrôler les dépenses et d’autoriser les clubs, avant même le coup d’envoi de la saison et à partir des états comptables et financiers prévisionnels, à recruter ou non, et quel quota à ne pas dépasser.

Le mal réside toujours au niveau de la rédaction des contrats, là où maints agents de joueurs sans scrupule et maints avocats malicieux minent les contrats et lèsent les clubs. Et en garde partie avec la complicité des dirigeants qui, eux aussi, gagnent beaucoup derrière cela. Au pire des cas, ils lèguent ce fardeau à d’autres dirigeants qui viennent après.

Commencent alors les comédies noires et les appels de détresse pour exiger des autorités locales de payer les dettes, de l’argent du contribuable. Non, on n’est pas obligé d’assumer les bêtises et les dépassements au moment de signer des contrats. Sauvons nos clubs des agents des joueurs et des avocats du sport, et aussi de leurs dirigeants avant qu’il ne soit trop tard !            

Auteur

Rafik EL HERGUEM

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