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Clap final des Festivals : Quand l’été culturel se met en mode « replay »

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  • 21 août 2026
  • 6 min de lecture
Clap final des Festivals : Quand l’été culturel se met en mode « replay »

Que restera-t-il, quelques mois après la fermeture des festivals ? Les chiffres de fréquentation ? Les recettes ? Les vidéos de téléphone portable? Les milliers de « stories » publiées dans la nuit ? Les records de billetterie ? Certes, tout cela compte. Les festivals ont besoin de ressources pour survivre et les caisses doivent être équilibrées.

Mais une saison culturelle ne peut pas être uniquement un bilan comptable. Il faudrait aussi compter les découvertes. Les émotions. Les rencontres. Les spectacles dont on ressort différent de celui qui y est entré. Les artistes dont on ne connaissait pas les noms avant la représentation et que l’on continue à écouter ou à suivre longtemps après.

La Presse — Avant-hier, les lumières se sont éteintes presque simultanément sur deux grandes scènes de l’été tunisien : Carthage et Bizerte. Une semaine plus tôt, c’étaient Hammamet et Sousse qui refermaient leur rideau. Entre-temps, Dougga, El Jem, Boukornine, Gabès, La Goulette, Sfax et une multitude de festivals dans les grandes villes comme dans les petites localités auront fait vibrer, chanter, danser et parfois simplement consommer du spectacle à des milliers de spectateurs.

L’été tunisien est toujours aussi généreux en festivals. Et pourtant, au moment de faire les comptes, une question s’impose : qu’avons-nous réellement créé comme culture cet été ? Car le divertissement a pris une place considérable. La culture, elle, semble avoir été priée de patienter dans les coulisses.

Il ne s’agit évidemment pas de plaider contre la joie, la fête, les chansons populaires, les grandes voix ou ces soirées où l’on vient simplement oublier, pendant quelques heures, les soucis du quotidien. Le spectacle vivant a aussi cette fonction essentielle : réunir, faire vibrer, permettre à une foule de respirer ensemble. Et après une année éprouvante, qui oserait reprocher au public son besoin de légèreté ? Mais un festival ne devrait-il pas être davantage qu’une succession de soirées à guichets fermés ?

À regarder les programmations de cet été, à quelques exceptions près, une impression finit par s’installer : nous avons beaucoup programmé, mais avons-nous suffisamment imaginé ?

La plupart des affiches ont accordé une place écrasante au concert de variétés, au gala musical, au chanteur attendu, à la star arabe confirmée, à la valeur sûre du show-business. On additionne les noms, on juxtapose les vedettes, on multiplie les soirées et l’on obtient une saison abondante en spectacles mais étonnamment pauvre en contrastes.

Le succès des valeurs sûres ne dit pas tout d’une programmation. Il garantit le remplissage, rassure les organisateurs et répond aux attentes immédiates du public. Mais il réduit aussi, lorsqu’il devient systématique, la part d’inconnu qui fait l’intérêt d’un festival. Car programmer, ce n’est pas seulement reconduire ce qui fonctionne ; c’est aussi créer les conditions d’une rencontre avec ce que le public ne savait pas encore qu’il pouvait aimer.

Le problème n’est pas que les mêmes artistes reviennent. Certains sont populaires, talentueux, professionnels et remplissent les salles. Le problème commence lorsque le succès commercial devient l’unique boussole de la programmation.

Carthage scène ouverte

Le festival international de Carthage ferme ses portes et, à peine les dernières notes dissipées, d’autres programmations prennent le relais avec des affiches qui donnent parfois le sentiment de prolonger la même soirée. Encore plus d’oriental, encore plus de variétés, encore plus de stars. Une image, surtout. Une voix, peut-être.

Et, presque toujours, la promesse d’un déchaînement collectif. Les billets se vendent. Ils s’arrachent même parfois dans les minutes qui suivent leur mise en vente. Les files s’allongent sous une chaleur accablante. Les réseaux sociaux s’enflamment. La « starmania » atteint son apogée. Mais que nous dit ce phénomène ?

Il serait trop facile d’y voir seulement l’appauvrissement du goût ou la victoire du spectacle sur la culture. Le public n’est pas coupable. Il exprime des attentes, des envies, parfois un besoin viscéral de fête et de rassemblement. Et lorsque les institutions lui proposent essentiellement des stars, il choisit naturellement les stars.

La question devrait donc être posée à ceux qui programment

Pourquoi demander au public de choisir entre dix variations du même plaisir lorsqu’on pourrait lui offrir dix expériences différentes ?

Un festival devrait pouvoir être à la fois populaire et exigeant. Il devrait savoir accueillir la star qui fait vibrer une foule et l’artiste émergent avec sa proposition nouvelle, des choix inédits et la voie qu’il ouvre. Il devrait pouvoir faire danser et réfléchir, divertir et troubler, séduire et surprendre. Car la réussite d’une soirée ne se mesure pas uniquement au nombre de billets vendus.

Que restera-t-il, quelques mois après la fermeture des festivals? Les chiffres de fréquentation ? Les recettes ? Les vidéos de téléphone portable ? Les milliers de « stories » publiées dans la nuit ? Les records de billetterie ?

Certes, tout cela compte. Les festivals ont besoin de ressources pour survivre et les caisses doivent être équilibrées. Mais une saison culturelle ne peut pas être uniquement un bilan comptable.

Il faudrait aussi compter les découvertes. Les émotions. Les rencontres. Les spectacles dont on ressort différent de celui qui y est entré. Les artistes dont on ne connaissait pas les noms avant la représentation et que l’on continue à écouter ou à suivre longtemps après. Les œuvres qui provoquent une discussion sur le chemin du retour. Les images qui restent en tête. Les silences aussi. Car le véritable spectacle vivant commence peut-être précisément là où le spectacle est terminé.

Une soirée réussie n’est pas nécessairement celle où l’on a le plus crié, le plus dansé ou le plus filmé. C’est parfois celle qui nous accompagne encore le lendemain. Il ne s’agit donc pas de supprimer la fête. Au contraire. Il s’agit de lui rendre toute sa profondeur.

Faire d’une scène un espace où l’on vient certes ensemble, mais dont on repart aussi seul avec quelque chose : une émotion, une question, une découverte, un trouble, une envie. Le festival pourrait être ce lieu rare où une société se regarde elle-même, où les générations se rencontrent, où les artistes prennent des risques et où le public accepte, parfois, de sortir de ses habitudes. Nous avons multiplié les scènes cet été. Peut-être faudrait-il maintenant multiplier les imaginaires.

Alors, à l’heure où les derniers rideaux tombent, une autre saison commence déjà : celle de la réflexion sur les prochaines éditions. À quoi ressembleront-elles ?

Continuerons-nous à empiler les mêmes noms sur des affiches toujours plus brillantes ? À confondre popularité et pertinence ? À mesurer la réussite au seul taux de remplissage ? Ou aurons-nous enfin le courage de programmer autrement ?

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Auteur

Asma DRISSI

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