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Naufrage meurtrier : Ben Guerdane accompagne huit de ses jeunes victimes à leur dernière demeure

  • 26 août 2026
  • 5 min de lecture
Naufrage meurtrier : Ben Guerdane accompagne huit de ses jeunes victimes à leur dernière demeure

Dans des scènes douloureuses et bouleversantes, la ville de Ben Guerdane a accompagné aujourd’hui à leur dernière demeure huit de ses jeunes victimes du naufrage d’une embarcation de migration irrégulière, qui a coûté la vie à 15 jeunes partis à la recherche d’un avenir meilleur. Leur voyage s’est arrêté, et avec lui leur vie. Leur rêve a été enterré avant même d’avoir pu voir le jour…

L’embarcation ne les a pas conduits vers l’autre rive de la Méditerranée, mais vers le cimetière Sidi Khelif de Ben Guerdane, dans des cercueils en bois refermés sur leurs dépouilles, mais aussi sur les espoirs, les douleurs et les rêves qu’ils portaient et qui seront ensevelis avec eux.

Malgré la forte chaleur, une foule nombreuse d’habitants de Ben Guerdane a assisté aux cérémonies funèbres de ces jeunes, accompagnant leurs dépouilles des profondeurs de la mer jusqu’à la terre. Ils ont laissé derrière eux une histoire douloureuse, des souvenirs marqués par la tristesse et une douleur liée à la perte, qui risque de se prolonger.

Ben Guerdane a donné, en cette journée, une image forte de la solidarité et de la cohésion de ses habitants face à l’épreuve. Chacun, à son niveau, a contribué à l’organisation des funérailles. Plusieurs tentes ont été installées dans le cimetière afin de protéger les personnes présentes du soleil. Des quantités de bouteilles d’eau ont également été mises à disposition et distribuées aux participants, tandis que tous se tenaient côte à côte, réunis autour d’une même douleur.

Cet accident a ravivé le souvenir d’autres drames similaires qui ont profondément marqué Ben Guerdane et dont de nombreuses familles gardent encore une vive douleur. Selon l’activiste de la société civile Fayçal Laâmari, cette situation risque de se poursuivre « tant que les causes de la migration et du départ ne seront pas abordées avec tout le sérieux nécessaire et qu’un modèle de développement capable de répondre aux aspirations de la population en matière d’emploi, de liberté et de dignité nationale ne sera pas mis en place ».

Laâmari a ajouté que « le naufrage de cette embarcation et la perte de plusieurs jeunes de la région constituent un nouveau drame qui vient s’ajouter au dossier de la migration irrégulière ». À ses yeux, il s’agit d’un phénomène qui dépasse largement le simple naufrage : « Les victimes sont issues d’une région frontalière et appartiennent à une génération qui a grandi en comptant sur le commerce transfrontalier comme source de revenus et pilier de l’économie de la ville. Leur réalité est étroitement liée au fonctionnement du poste-frontière de Ras Jedir, dont toute perturbation peut aggraver la situation de nombreuses familles dont la stabilité dépend de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », a-t-il expliqué.

Il a souligné que « les frontières sont devenues plus instables, les opportunités se sont raréfiées et la distance entre le rêve et la réalité s’est davantage creusée. Les frustrations se sont accumulées et les choix se sont réduits, faisant naître le sentiment que les opportunités offertes à la génération actuelle sont nettement moins nombreuses que celles dont disposaient les générations précédentes ».

Cette situation explique, selon lui, le recours à la mer comme alternative. « Les habitants de Ben Guerdane connaissent bien la mer, tout comme ils connaissent la rudesse des frontières. Entre terre et mer, ils se sont dispersés à la recherche de moyens de subsistance, au risque d’un voyage sans retour », a-t-il poursuivi.

Il a appelé à « repenser cette région, loin des stéréotypes qui lui sont associés ». « Ben Guerdane n’est ni une ville de contrebande, ni une ville abandonnée, ni une simple ville frontalière. C’est une ville dotée d’une position géographique exceptionnelle et d’un important héritage commercial et social. Elle a besoin d’une économie capable de valoriser cette position et d’en faire une opportunité stable, plutôt qu’une source de revenus fragile, exposée aux conséquences de chaque crise », a-t-il déclaré.

Laâmari a également estimé que « la région doit être considérée telle qu’elle est réellement : une ville ayant ses propres spécificités, son économie et ses relations historiques avec son environnement. Elle a donné naissance à des jeunes qui ne souhaitent pas quitter le pays, mais qui veulent une raison convaincante d’y rester, un avenir qui leur donne envie de rester ».

Il a estimé qu’« il ne faut pas, face à ce drame, se contenter de compter le nombre de dépouilles repêchées en mer, au risque de transformer la douleur en un chiffre froid et sans relief. Il faut plutôt chercher à comprendre les conditions qui poussent certains à prendre de tels risques ».

Laâmari a conclu en soulignant que « Ben Guerdane ne doit pas être rappelée uniquement lorsqu’une catastrophe survient. Elle doit être au centre de l’attention en permanence. Il faut regarder sa position géographique, son histoire, son économie et sa jeunesse. La tragédie survenue en mer a peut-être commencé le jour où une ville bénéficiant d’une position aussi importante et stratégique s’est retrouvée avec des moyens à la mesure de sa géographie. La véritable question, que le bruit de la tragédie ne doit pas occulter, est de savoir comment Ben Guerdane peut tirer pleinement profit de sa position au lieu que ses enfants en paient le prix ».

R.I

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R. I

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