Par un chaud matin d’août, bien avant que les écoles tunisiennes ne retrouvent leur effervescence habituelle, Salwa, mère de deux filles, les accompagne dans un centre spécialisé. Une scène devenue banale pour de nombreuses familles à l’approche de la rentrée scolaire 2026, 2027. Bien que les vacances d’été battent leur plein, Salwa a choisi d’anticiper pour que ses enfants abordent la nouvelle année avec plus de confiance.
Désormais, les préparatifs ne se limitent plus à l’achat des fournitures et des vêtements, car ils incluent des séances de soutien scolaire dès les premières semaines de vacances, principalement dans les matières fondamentales.
Combler les lacunes et viser l’excellence
Pour Salwa, cadre paramédical, ces cours sont devenus indispensables lors du passage d’un cycle à un autre. Sa fille, qui entre en septième année de l’enseignement de base, y découvre déjà les programmes de mathématiques et de physique.
D’autres parents évoquent le manque de temps lié aux contraintes professionnelles. C’est le cas de Samira, qui a engagé une diplômée du supérieur pour encadrer son fils de quatrième année primaire en langues. Pour Olfa, mère de trois enfants dont un futur bachelier en section mathématiques, il s’agit de viser l’excellence : « Réussir ne suffit plus, il faut obtenir une moyenne distinguée. Préparer l’année pendant l’été lui donne un temps d’avance précieux. »
Une pratique en hausse qui suscite le débat
Si certains voient dans ces cours d’été une occasion de combler des lacunes, plusieurs spécialistes mettent en garde contre une dépendance excessive et un risque d’épuisement.
Siham El Majri, conseillère pédagogique, alerte sur ce phénomène qui s’amplifie depuis au moins trois ans : « Les vacances ne sont pas du temps perdu à meubler avec des heures d’étude supplémentaires. C’est une période nécessaire pour que le cerveau assimile les acquis, se repose et recharge ses batteries. » Selon elle, un élève surmené durant l’été risque de faire sa rentrée déjà fatigué et démotivé. « L’école n’est pas une course de vitesse, mais un marathon qui exige de l’endurance. »
Toutefois, Madame Majri nuance : ces cours restent bénéfiques en cas de retard accumulé très ciblé, à condition qu’ils restent souples et ludiques.
De son côté, Aymen Trabelsi, spécialiste en neuropsychologie, estime que cette tendance s’explique en partie par une décharge de responsabilité des parents, souvent débordés par le travail et le stress quotidien. Il souligne également la pression sociale et la course aux premiers rangs, qui incitent les familles à anticiper la rentrée, au détriment parfois de l’autonomie de l’enfant. Il préconise ainsi d’élargir le soutien aux langues et aux sciences humaines pour un apprentissage plus équilibré.
Vers des vacances plus équilibrées
Pour éviter le surmenage, Sihem Majri propose des alternatives pédagogiques parmi lesquelles la lecture,
les jeux éducatifs et de réflexion et le dialogue avec les enfants.
Elle rappelle enfin l’importance de renforcer la communication parentale pour guider les jeunes face à des enjeux sociétaux comme le harcèlement scolaire, et leur transmettre des valeurs fondamentales pour l’épanouissement de leur personnalité.



