La terre suffoque sous un soleil qui ne laisse plus de répit. Vagues de chaleur, sécheresse et incendies éprouvent les cultures, fragilisent les élevages et assèchent un peu plus les ressources en eau. Pour l’agriculture tunisienne, l’été 2026 révèle avec une intensité nouvelle les vulnérabilités d’un modèle désormais confronté à un climat plus chaud, plus sec et surtout plus imprévisible.
La Presse — Phénomènes climatiques extrêmes, pics de consommation de l’électricité, multiplication des feux de forêt… L’agriculture tunisienne traverse un été 2026 particulièrement éprouvant. La succession des vagues de chaleur pourrait endommager les cultures maraîchères, les grandes cultures, les élevages…
Le rapport de la FAO et de l’Organisation météorologique mondiale alerte sur l’impact croissant des vagues de chaleur extrême sur l’agriculture mondiale. Lié au réchauffement climatique causé par les activités humaines, ce phénomène fait déjà perdre environ 500 milliards d’heures de travail par an dans le secteur agricole et menace les moyens de subsistance de plus d’un milliard de personnes.
« Cette situation climatique nouvelle, jamais mieux illustrée qu’en cette année 2026, doit être étudiée et analysée avec minutie pour que les enseignements pertinents en soient tirés. L’analyse ne doit pas être restreinte aux autorités ou aux experts des domaines impactés. Elle doit être également faite par le citoyen pour qu’il s’imprègne de la réalité présente et initie, de son côté, les gestes susceptibles de réduire ses effets négatifs », indique-t-on dans ce rapport.
Les températures exceptionnellement élevées, enregistrées un peu partout dans le monde, perturbent l’ensemble des systèmes agricoles. Elles réduisent les rendements des cultures, fragilisent le bétail et affectent les ressources marines en diminuant l’oxygène dans l’eau. La plupart des cultures commencent à voir leur production baisser au-delà de 30°C.
La sécheresse et les canicules cumulées depuis la fin du printemps ont non seulement mis à mal les récoltes de l’été 2026 mais condamnent d’ores et déjà une partie des productions des mois à venir.
Les effets délétères de la canicule continuent de se faire sentir. Il suffit d’une simple étincelle pour anéantir plusieurs hectares de cultures. Mais une fois les fortes chaleurs passées, les agriculteurs craignent d’autres conséquences sur la quantité et la qualité de leur production.
Après plusieurs années consécutives de déficit hydrique, la Tunisie a subi des vagues de chaleur récurrentes, avec des températures franchissant régulièrement le seuil des 40° C. Ces conditions extrêmes ont considérablement aggravé le stress hydrique des cultures ainsi que celui du cheptel.
La Tunisie subit les conséquences de la sécheresse européenne
L’agriculture est l’un des premiers secteurs exposés aux canicules. Les fortes chaleurs et le déficit hydrique ont déjà conduit à revoir à la baisse certaines prévisions de récoltes européennes, notamment pour le maïs et le tournesol. Une baisse de la production peut entraîner une pression supplémentaire sur les prix internationaux des céréales, des huiles végétales, des fruits et légumes et de l’alimentation animale. Elle peut également accentuer la concurrence entre les pays importateurs pour accéder aux mêmes produits sur les marchés mondiaux.
La crise climatique pourrait également toucher la production énergétique. La faiblesse des ressources en eau limite notamment le refroidissement de certaines installations électriques et réduit la disponibilité de l’hydroélectricité.
La Tunisie, à l’instar d’autres pays, est confrontée à une forte vulnérabilité hydrique et agricole. Elle pourrait subir les conséquences de la sécheresse européenne par plusieurs canaux. Le premier concerne les marchés agricoles. « Une baisse de la production européenne de céréales, d’huiles végétales ou d’aliments pour animaux peut contribuer à augmenter les prix internationaux et donc renchérir la facture des importations tunisiennes.
Pour un pays qui doit déjà composer avec une disponibilité limitée de ses ressources en eau, toute hausse durable du coût des produits alimentaires représente un risque supplémentaire pour la sécurité alimentaire », précisent les professionnels du secteur.
Le deuxième canal concerne les marchés de l’huile d’olive, des fruits, des céréales et d’autres produits agricoles méditerranéens. Une dégradation des conditions climatiques dans plusieurs pays producteurs pourrait réduire l’offre disponible sur les marchés internationaux et accentuer la volatilité des prix. La concurrence entre les pays méditerranéens pour l’accès à l’eau et aux marchés pourrait ainsi devenir plus forte.
Par ailleurs, les indicateurs officiels identifient plusieurs conséquences du changement climatique sur l’agriculture, à savoir : la surexploitation des nappes, la baisse des rendements des cultures céréalières et arboricoles, la dégradation des parcours et des ressources fourragères, la perte de fertilité des sols et la diminution des revenus agricoles. « La question n’est donc plus seulement de savoir comment produire davantage avec moins d’eau, mais comment construire un système agricole capable de résister à des périodes de sécheresse plus longues, plus fréquentes et plus imprévisibles ».
Marchés internationaux moins prévisibles
La situation européenne constitue un signal d’alerte pour l’ensemble de la Méditerranée. La multiplication des sécheresses simultanées dans de grandes régions agricoles pourrait rendre les marchés internationaux moins prévisibles et réduire la capacité des pays importateurs à compenser leurs propres déficits par les achats extérieurs.
Pour la Tunisie, « la réponse passe nécessairement par une stratégie combinant économie de l’eau, modernisation de l’irrigation, amélioration du stockage et de la gestion des eaux, réutilisation des eaux usées traitées, développement des ressources non conventionnelles, protection des nappes et adaptation des cultures aux nouvelles conditions climatiques ». Autant dire que l’inaction face aux risques climatiques «pourrait entraîner une contraction significative de l’économie et une baisse importante de la valeur ajoutée agricole à l’horizon 2030 ».



