Entre calendrier agricole, canicule et crises du quotidien, les Tunisiens tournent la page d’un été particulièrement éprouvant
La Presse — Le 30 août n’est pas seulement une date sur le calendrier. Dans la mémoire rurale et le calendrier agricole traditionnel tunisien, il marque symboliquement l’entrée dans l’automne. Une saison nouvelle qui s’annonce à travers les changements progressifs du temps, le cycle des cultures et les travaux agricoles, alors que l’été commence normalement à perdre de son emprise.
Selon cette tradition agraire, la fin du mois d’août constitue ainsi une période charnière entre deux saisons. Les fortes chaleurs commencent progressivement à s’atténuer, les vendanges approchent et la nature se prépare, à son rythme, à la saison automnale. Une perception des saisons bien différente de celle du calendrier astronomique, qui situe l’équinoxe d’automne autour du 22 ou 23 septembre.
Sur le plan météorologique, en revanche, l’automne commence officiellement le 1er septembre et s’étend jusqu’au 30 novembre. Il s’agit d’une convention adoptée par les services météorologiques et climatologiques, qui permet de découper l’année en quatre saisons de trois mois complets.
Mais cette année encore, l’été semble peu disposé à céder sa place.
Un été 2026 particulièrement rude
Si les températures ont connu ces derniers jours une légère baisse par rapport aux pics enregistrés au cours des semaines précédentes, la chaleur demeure bien présente. Et l’été 2026 restera incontestablement parmi les plus éprouvants de ces dernières années.
Les chiffres de l’Institut national de la météorologie (INM) en témoignent. Juillet 2026 s’est classé au deuxième rang des mois de juillet les plus chauds jamais enregistrés en Tunisie, avec une température moyenne nationale de 31,7 °C, soit une anomalie de +3,4 °C par rapport à la normale climatique de 28,4 °C. Plusieurs stations ont, par ailleurs, enregistré de nouveaux records de températures maximales.
Et le mois d’août n’a pas véritablement permis de souffler. La vague de chaleur a de nouveau poussé le thermomètre vers des niveaux extrêmes, avec notamment 49,8 °C relevés à Kairouan le 26 août, dans un épisode qui a fortement sollicité les services de santé et les réseaux d’électricité et d’eau.
La canicule n’a pas été sans conséquences sanitaires. Selon les données communiquées par le ministère de la Santé, 633 consultations et prises en charge sanitaires liées aux effets de la vague de chaleur ont été enregistrées entre le 1er juillet et le 29 août.
De la chaleur aux difficultés du quotidien
Mais la rudesse de cet été ne se mesure pas uniquement au mercure. Elle s’est également traduite par une accumulation de difficultés qui ont pesé lourdement sur la vie quotidienne.
Les coupures d’électricité, particulièrement problématiques durant les épisodes de forte chaleur, ont perturbé les ménages mais aussi certaines activités économiques et unités de production. Elles ont également contribué aux perturbations enregistrées dans l’approvisionnement en eau minérale. Selon les professionnels du secteur, la demande a fortement augmenté sous l’effet de la chaleur, tandis que les interruptions de courant ont affecté la production de plusieurs unités d’embouteillage.
À cela se sont ajoutées les coupures d’eau potable, qui ont touché plusieurs régions du pays au moment même où les besoins en eau atteignaient leur maximum. Face à la situation, les autorités ont dû mobiliser des citernes pour assurer l’approvisionnement de populations confrontées à des perturbations prolongées.
La pénurie ponctuelle d’eau minérale a constitué un autre épisode marquant de cet été. Dans plusieurs régions, les consommateurs ont été confrontés à des rayons vides et à une forte tension sur le marché, phénomène attribué notamment à la conjugaison de la canicule, de l’explosion de la demande et des difficultés de production et de distribution.
La route et la mer, autres visages de l’été
L’été tunisien, c’est aussi celui des départs en vacances, des déplacements massifs et des baignades. Mais derrière les moments de détente se cache une réalité beaucoup plus sombre.
Sur les routes, la mortalité demeure particulièrement préoccupante. Au 26 août 2026, la Tunisie comptait 3.025 accidents ayant fait 878 morts et 3.970 blessés, selon les données de l’Observatoire national de la sécurité routière. Si le nombre d’accidents a diminué de 17,42 % par rapport à la même période de 2025, le nombre de décès a, lui, augmenté de 9,34 %.
Les plages n’ont pas échappé aux drames. Le bilan des noyades était toutefois en baisse de 27 % au début du mois d’août par rapport à la même période de l’année précédente, selon la Protection civile. Une évolution encourageante, mais qui ne doit pas masquer les accidents qui continuent d’endeuiller des familles durant la saison estivale.
Ainsi s’achève un été 2026 qui aura laissé une empreinte particulière : une chaleur exceptionnelle, des alertes sanitaires, des accidents de la route, des noyades, des coupures d’électricité et d’eau, sans oublier les tensions autour de l’eau minérale.
Le calendrier agricole, lui, nous rappelle pourtant que le temps avance. Le 30 août ouvre symboliquement la porte de l’automne. Le 1er septembre en marque l’entrée météorologique.
Reste à savoir si le thermomètre acceptera, lui aussi, de tourner la page.
Car en Tunisie, cette année encore, l’automne arrive sur le calendrier avant d’arriver réellement dans les rues et dans les esprits.


