Cartables sains, poches pleines : l’impossible équation ?
Quand vient septembre, c’est toujours la même musique qui résonne au fond des poches : un refrain qui fait grincer des dents et soupirer les pères de famille. Entre la liste kilométrique des cahiers, le rituel du cartable ressemble souvent à une traversée du désert les yeux bandés. Alors, voir l’État retrousser les manches et battre le pavé pour faire le ménage sur les étals, on ne va pas bouder notre plaisir.
Grand bien nous fasse ! Traquer sans pitié ces gommes parfumées déguisées en friandises que le petit dernier goberait comme une dragée, ou ces colles frelatées aux solvants assassins qui piquent les narines avant même d’avoir collé une image : voilà une œuvre de salubrité publique. La chair de notre chair ne saurait servir de dépotoir à la pacotille toxique ou aux fonds de cales douteux des circuits parallèles. Que nos ministères accordent enfin leurs violons pour monter la garde devant les pupitres, c’est l’évidence même, et cela met du baume au cœur des parents.
Seulement voilà, l’opération coup de poing en fanfare ne vaut rien si le poing reste mou au moment de sévir. Contrôler, inspecter, éplucher les factures au millimètre près, c’est un bel exercice de style. Mais si l’on se contente d’une tape sur les doigts ou d’un simple procès-verbal vite oublié dans un tiroir, autant souffler sur une braise morte. Il faut être intraitable sur les sanctions. Face aux mercenaires du bazar borgne qui empoisonnent sciemment nos mômes pour gratter trois sous de marge.
Mais gardons les pieds sur terre et la main sur le cœur. Aujourd’hui, le porte-monnaie de la classe moyenne ne s’étire plus : il craque de partout. Exiger des fournitures saines, certifiées et impeccables, c’est le minimum, mais si la vertu sanitaire rime avec les prix stratosphériques réservés aux portefeuilles bien garnis, où va-t-on ?



