Editorial

Contre le «deux poids, deux mesures» : l’appel de Tunis à Genève

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  • 12 septembre 2026
  • 3 min de lecture
Contre le «deux poids, deux mesures» : l’appel de Tunis à Genève

A Genève, la voix de la Tunisie a une fois de plus résonné sans fausse note avec son histoire. La prise de parole du 9 septembre devant le Conseil des droits de l’homme ne traduit aucune inflexion : elle réactive les grands horizons d’une politique étrangère constante et souveraine depuis près de soixante-dix ans.

Dès les années Bourguiba, la diplomatie tunisienne s’est construite autour de quelques constantes, dont notamment le refus des blocs et de l’alignement automatique, l’attachement à la souveraineté nationale et à la non-ingérence, le recours privilégié au droit international et au cadre onusien pour régler les différends, le soutien indéfectible à la cause palestinienne et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ainsi qu’une solidarité de principe avec les pays du Sud face aux déséquilibres du système international.

Ce refus du «deux poids, deux mesures» s’illustre dans le contraste des réponses internationales, où certaines crises suscitent en quelques semaines sanctions massives, livraisons d’armes et mobilisation diplomatique occidentale continue, tandis que la situation dans les territoires palestiniens occupés, marquée par près de deux ans de guerre à Gaza puis par un cessez-le-feu conclu en octobre 2025 mais violé des milliers de fois depuis, n’a entraîné ni sanctions, ni suspension de la coopération militaire, ni mise en œuvre des avis de la Cour internationale de justice ou des mandats de la Cour pénale internationale. Selon le dernier bilan communiqué par le ministère palestinien de la Santé à Gaza, le nombre total des martyrs s’élève à 73.670 morts et 174.682 blessés depuis le 7 octobre 2023.

Cette justice à géométrie variable nourrit, dans une large partie du Sud global, le sentiment que le droit international s’applique moins selon des principes universels que selon les alliances stratégiques des grandes puissances, constat que la Tunisie a encore rappelé en mai 2026 à Nairobi (sommet Afrique-France) en dénonçant cette sélectivité comme une atteinte à la crédibilité de la légitimité internationale.

Sous la présidence de Kaïs Saïed, cette grille de lecture est frontalement revendiquée. Le Chef de l’État y revient régulièrement dans ses discours, rappelant l’ancrage souverainiste du pays, son refus de toute tutelle extérieure. La Déclaration de Genève peut ainsi se lire comme la confirmation, dans le contexte actuel de crises multiples, d’une orientation diplomatique que la Tunisie revendique comme immuable, ancrée dans une continuité historique plutôt que dictée par les circonstances du moment.

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Auteur

Samir DRIDI

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