Culture

Mes Humeurs – La rentrée des idées

  • 12 septembre 2026
  • 4 min de lecture

La Presse — La rentrée scolaire démarre la semaine prochaine (mardi 15), des milliers d’enfants retrouveront les bancs de l’école, les cartables, les cahiers neufs, les emplois du temps, les retrouvailles avec les camarades.

Et si, pour une fois, la rentrée ne se résumait pas à une reprise des cours ? Et si elle était aussi l’occasion d’ouvrir une fenêtre, de faire entrer dans l’école autre chose que des programmes, des horaires et des évaluations ?

L’exemple nous vient d’une expérience en France, il y a des années, le grand violoniste René Capuçon, virtuose reconnu sur les plus grandes scènes internationales, a choisi de faire sa rentrée scolaire avec des élèves d’un lycée. Pas pour donner un concert au sens traditionnel du terme, mais pour partager la musique, raconter son métier, expliquer son instrument, transmettre ce que des années de travail, de voyages et de rencontres lui ont appris.

Il parle de son violon, de son histoire, des compositeurs, de Bach, de Mozart, de Schubert et de tant d’autres. Il explique une partita, évoque La Truite, fait entendre peut-être ce que les élèves n’auraient jamais imaginé entendre dans une salle de classe. Il parle de musique classique, mais surtout il parle de la musique comme d’une manière d’habiter le monde.

L’initiative, diffusée en direct par la chaîne Radio Classique, est simple dans son principe et magnifique dans ce qu’elle dit de l’école : la transmission ne passe pas uniquement par les manuels. Elle passe aussi par les voix, les gestes, les passions, les expériences vécues. Un grand artiste qui pousse la porte d’un lycée ne vient pas seulement transmettre son savoir, il vient dire aux élèves que la culture leur appartient aussi.

Voilà une rentrée qui a quelque chose de réjouissant, et l’on ne peut s’empêcher de se demander : chez nous, parmi nos musiciens, nos artistes, nos « cigales » à peine sorties d’un long été de festivals, si tant est que nous aimions encore ce joli mot, et surtout parmi ceux qui pensent et organisent l’Education et la Culture, quelqu’un a-t-il imaginé pareille rencontre ?

Nos artistes ont pourtant sillonné les scènes de Hammamet à Sousse, de Carthage à tant d’autres lieux de l’été. Ils ont chanté, joué, applaudi, reçu des ovations et, bien sûr, des cachets. Mais, au milieu de cette course estivale aux scènes et à la gloire, quelqu’un, parmi eux, parmi leurs producteurs ou leurs managers, a-t-il songé à pousser la porte d’une école ? A aller à la rencontre des élèves, à leur offrir, non pas un spectacle de plus, mais un peu de ce savoir, de cette passion, de cette expérience accumulée sous les projecteurs ?

La question mérite d’être posée. Car un artiste ne devrait pas seulement être là où on vient l’applaudir, il devrait aussi être là où l’on apprend à écouter.

La question est presque inconvenante tant nous sommes habitués à ce que l’école commence et finisse avec ses murs. Un violoniste (un violoncelliste, une flûtiste…) ou un compositeur dans une école, un écrivain dans une classe, un acteur dans une cour de récréation, un peintre devant des enfants, etc, pourquoi pas… Mais encore faudrait-il y penser.

Il ne s’agit pourtant pas de demander des miracles, il suffirait parfois d’une idée.

Pourquoi ne pas faire entrer la musique dans les établissements autrement que par quelques heures d’enseignement? Pourquoi ne pas inviter nos grands musiciens à raconter leurs parcours, leurs instruments, leurs passions ? Pourquoi ne pas faire entendre du Malouf ou une musique actuelle aux élèves.

La rentrée pourrait être écologique, des spécialistes de l’environnement pourraient inviter les élèves à planter un arbre, à nettoyer un quartier, à comprendre la fragilité d’un paysage. Un scientifique pourrait venir expliquer les changements climatiques, un architecte expliquer la ville et l’urbanisme.

Nous avons peut-être trop pris l’habitude de penser l’école comme un lieu où l’on entre avec des connaissances et d’où l’on sort avec des notes, elle pourrait être davantage : un lieu où l’on rencontre le monde.

Et c’est peut-être là que commence le vrai problème de notre rentrée : ce ne sont pas toujours les moyens qui manquent. Les idées, elles, semblent parfois avoir pris de l’avance sur ceux qui sont chargés de les avoir.

Auteur

Hamma Hannachi

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