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Pénurie de scientifiques et fuite des compétences : les mathématiques au bord de la rupture

  • 1 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Pénurie de scientifiques et fuite des compétences : les mathématiques au bord de la rupture

La part de la section Mathématiques parmi les candidats au baccalauréat est passée de 18 % sur la période 2001-2005 à 6 % sur la période 2021-2025, indique une note stratégique intitulée « La relève scientifique : un maillon stratégique » de la compétitivité nationale de l’IACE.

L’institut y analyse la difficulté croissante à renouveler les enseignants de mathématiques comme le signe d’une fragilisation de la capacité du pays à produire, transmettre et renouveler les compétences scientifiques nécessaires à son développement économique. Il recommande de dépasser une logique de gestion de l’urgence et propose trois orientations stratégiques.

Selon l’IACE, cette évolution intervient dès les premières étapes du parcours scolaire. La note s’appuie sur les données de son étude « Les mathématiques au cœur du développement de la Tunisie : diagnostic, enjeux et stratégie de réforme ». La part de la section Mathématiques est passée de 18 % en 2001-2005 à 11 % entre 2011-2015, puis à 6 % en 2021-2025.

En valeur absolue, le nombre de candidats issus de cette section est passé de 16537 en 2012 à un peu plus de 8000 en 2026. L’accès à la filière se contracte aussi sur le plan territorial : en 2026, seuls 277 des 600 lycées publics du pays ont présenté des candidats en section Mathématiques.

La note relève que cette dynamique est également à l’œuvre dans l’enseignement supérieur. Dans plusieurs facultés des sciences tunisiennes, certains parcours ne reçoivent plus de candidatures depuis plusieurs années, ce qui a entraîné la fermeture de certaines formations. Selon les données d’orientation universitaire pour la période 2023-2025, les seuils d’admission en licence de Mathématiques et de Mathématiques Appliquées se sont situés entre 95 et 145 points.

Ils dépassaient 170, voire 180 points et plus, pour les filières de santé et les grandes écoles d’ingénieurs les plus demandées. L’IACE indique que le vivier destiné à alimenter les masters, les doctorats, puis les métiers de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’éducation se réduit ainsi à la fois en volume et en attractivité.

L’institut souligne que les difficultés de recrutement ne sont que la manifestation la plus visible de cette évolution. Selon la note, la formation d’un enseignant de mathématiques résulte d’un parcours long, qui commence avec l’orientation au lycée, se poursuit par la formation universitaire, la spécialisation progressive et l’acquisition d’une expertise scientifique.

Les tensions observées aujourd’hui refléteraient donc des évolutions engagées plusieurs années auparavant. L’IACE décrit un cycle dont les étapes sont étroitement liées, de l’acquisition des fondamentaux scientifiques à l’enseignement, à la recherche, à l’innovation et aux secteurs économiques fortement intensifs en compétences scientifiques.

Selon l’institut, une rupture ne se manifeste jamais immédiatement : la diminution du nombre d’étudiants dans une formation universitaire ne provoque pas, à court terme, une pénurie d’enseignants, mais elle réduit progressivement le nombre de profils susceptibles d’alimenter les métiers qui nécessitent une maîtrise avancée des mathématiques.

Sur le plan économique, la note qualifie les mathématiques d’« infrastructure immatérielle » essentielle au développement. Elles forment, selon l’IACE, un socle transversal sur lequel reposent l’ingénierie, les sciences, les technologies numériques, l’intelligence artificielle, la finance quantitative et de nombreux secteurs à forte intensité de connaissances.

L’institut estime qu’une évolution de l’ampleur de celle observée au baccalauréat ne peut être corrigée par des mesures ponctuelles de recrutement et qu’elle traduit une transformation structurelle. Il relève que les conséquences apparaissent généralement lorsque les besoins en compétences deviennent supérieurs à la capacité du système de formation à les produire.

Selon l’IACE, les décisions prises aujourd’hui en matière d’orientation, d’attractivité des filières ou de formation scientifique ne produiront leurs effets que plusieurs années plus tard, et l’absence d’action ne se traduit pas immédiatement par une crise visible.

Cette note constitue le deuxième volet d’une série de l’IACE consacrée aux mathématiques, au capital humain et à la compétitivité de la Tunisie. Le troisième volet doit analyser les mécanismes par lesquels le pays perd une partie de ses talents scientifiques avant leur éventuelle émigration.

Au regard de ces constats, l’IACE formule trois recommandations. La première est de renforcer durablement l’attractivité des parcours scientifiques, notamment en revalorisant l’image des carrières scientifiques auprès des jeunes générations, en renforçant l’orientation vers les filières scientifiques dès le secondaire, en améliorant les conditions d’évolution des chercheurs et enseignants-chercheurs et en développant des passerelles entre recherche, industrie et innovation.

La deuxième est de mettre en place un dispositif national d’anticipation des besoins en compétences scientifiques, avec notamment un observatoire national du capital scientifique et une planification prospective des formations scientifiques. La troisième est d’inscrire la relève scientifique dans une stratégie nationale de développement du capital scientifique, en faisant du capital scientifique un axe explicite des stratégies nationales de développement et en renforçant les liens entre universités, centres de recherche et entreprises.

L’IACE présente ces trois orientations comme des propositions, dont il attend respectivement une attractivité accrue des parcours scientifiques, une meilleure adéquation entre la formation scientifique nationale et les besoins futurs de l’économie et de la société, ainsi que la consolidation d’un écosystème scientifique capable de soutenir durablement la transformation économique du pays.

Auteur

S. M.

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