La séparation «brusque» avec le cocon familial et le confort maternel, le saut dans l’inconnu vers le monde extérieur et l’aventure promise que vit l’enfant une fois dans la société ne doivent pas être vécus sans préparation psychologique ou sans prévention face aux imprévus… Cris, colère et irritabilité des jeunes enfants donnent le ton du premier jour, si bien que des éducateurs spécialisés et bien formés doivent pouvoir les soulager rapidement…
La Presse — Pour certains enfants, la rentrée n’a rien d’une fête. Elle signifie quitter, parfois pour la première fois, les bras rassurants des parents, découvrir un lieu inconnu et apprendre à vivre quelques heures loin du cocon familial. Entre larmes, cris, silence ou enthousiasme débordant, les premiers jours à la maternelle ou à l’école constituent une étape délicate. Avec quelques repères et beaucoup de douceur, cette séparation peut pourtant devenir une expérience heureuse.
À l’entrée des écoles et des jardins d’enfants, la scène se répète chaque année. Un petit cartable sur le dos, une main fermement accrochée à celle de maman ou de papa, un regard inquiet vers cette porte qui s’ouvre sur l’inconnu. Puis vient le moment de la séparation.
Certains enfants franchissent le portail avec enthousiasme. D’autres refusent catégoriquement d’avancer. Il y a ceux qui pleurent, ceux qui s’accrochent aux vêtements de leurs parents et ceux qui restent silencieux, les yeux remplis de larmes, sans parvenir à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent.
Pour l’enfant, ce n’est pas un simple changement d’emploi du temps. C’est parfois la première véritable séparation avec son univers familial.
Un petit monde qui s’éloigne
Jusqu’ici, l’enfant évoluait dans un environnement connu : sa chambre, ses jouets, ses habitudes, ses parents, ses frères et sœurs, parfois ses grands-parents. À l’école, tout change en même temps. Les visages sont nouveaux, les bruits différents, les règles inconnues et les horaires bouleversés. Même lorsque l’enfant paraît enthousiaste, cette nouvelle étape peut provoquer de l’anxiété. Il peut avoir peur que ses parents ne reviennent pas, se demander qui viendra le chercher ou simplement ressentir un manque difficile à expliquer.
La réaction est d’autant plus forte lorsque l’entrée à l’école constitue une première expérience de séparation prolongée.
Il faut donc éviter de considérer les pleurs comme un caprice ou une mauvaise volonté. Ils sont souvent une manière pour l’enfant d’exprimer une émotion qu’il ne sait pas encore maîtriser.
Ne pas transformer le départ en drame
Pour les parents, le moment de la séparation est souvent difficile également. Et les enfants le ressentent immédiatement. Un parent inquiet, hésitant, qui revient plusieurs fois embrasser son enfant ou qui reste longuement devant la porte peut, sans le vouloir, renforcer son inquiétude. Comme si l’enfant allait subir mille maux. D’ailleurs, une vidéo postée en ligne en septembre 2024 avait suscité l’émoi en y voyant une mère de famille inciter ses tout petits à la riposte en cas de sévices ou de violence physique ou verbale. Chose qu’il ne faut pas entendre.
Le meilleur réflexe consiste à préparer l’enfant en amont et à lui donner un discours simple, rassurant et surtout constant : «Tu vas à l’école, tu vas rencontrer ta maîtresse, jouer avec les autres enfants et je reviendrai te chercher après».
Nul besoin de longues explications. À cet âge, les enfants ont davantage besoin de repères concrets que de grands discours.
Le départ doit également être clair. Un bisou, une phrase rassurante, puis on s’en va. Revenir après quelques secondes parce que l’enfant qui pleure peut donner le sentiment que la séparation est effectivement dangereuse ou exceptionnelle.
Préparer l’enfant avant le premier jour
Une rentrée paisible commence plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant la rentrée.
Parler de l’école, raconter ce qui va s’y passer, montrer le chemin, préparer ensemble le cartable ou choisir quelques affaires peut permettre à l’enfant de se familiariser progressivement avec cette nouvelle réalité.
On peut également jouer à «l’école» à la maison. Le parent devient l’enseignant, l’enfant l’élève. À travers le jeu, les gestes et les situations nouvelles deviennent moins impressionnants.
Il est aussi utile de rétablir progressivement un rythme régulier de sommeil et de repas. Un enfant fatigué ou brusquement privé de ses habitudes aura davantage de difficultés à gérer le stress de la rentrée.
Le doudou, petit morceau de la maison
Pour certains enfants, un doudou ou un objet familier joue un rôle important dans cette transition. Il représente un lien concret avec la maison et peut procurer un sentiment de sécurité lorsque l’enfant se retrouve dans un environnement nouveau.
Lorsque le règlement de l’établissement le permet, cet objet peut accompagner l’enfant durant les premiers jours.
L’objectif n’est pas de rendre l’enfant dépendant de son doudou, mais de lui offrir un repère pendant une période où beaucoup de choses changent autour de lui.
Des séparations courtes et rassurantes
L’adaptation ne se fait pas nécessairement en une journée.
Lorsque l’organisation de l’établissement le permet, une période d’intégration progressive peut être bénéfique : quelques heures au départ, puis des journées plus longues. L’enfant découvre ainsi que le parent part… mais revient toujours.
Cette répétition est essentielle. Elle construit progressivement une nouvelle confiance. Avec le temps, l’enfant comprend que la séparation n’est pas un abandon. L’enfant ne maîtrise pas encore la notion du temps comme un adulte. Il peut être plus facile de lui donner des repères liés aux activités de la journée plutôt qu’une heure précise. Pour les pleurs, c’est une autre paire de manches.
Un enfant qui pleure au moment du départ mais retrouve rapidement le sourire une fois en classe ne vit pas nécessairement une situation inquiétante. En revanche, une détresse persistante qui s’accompagne de troubles importants du sommeil, de l’alimentation, de régressions marquées ou d’un refus durable de l’école mérite une attention particulière et, si nécessaire, l’avis d’un professionnel.
L’école aussi a son rôle à jouer
La réussite de cette première séparation ne repose pas uniquement sur les épaules des parents. L’accueil réservé à l’enfant joue un rôle considérable. Un adulte qui se met à sa hauteur, l’appelle par son prénom, lui parle calmement et lui propose immédiatement une activité peut détourner son attention et l’aider à franchir les premières minutes difficiles.
Les établissements ont également intérêt à maintenir un dialogue régulier avec les familles. Les parents ont besoin de savoir comment leur enfant a vécu sa journée, mais sans transformer chaque sortie d’école en interrogatoire.
La première rentrée scolaire restera longtemps gravée dans la mémoire de l’enfant. Elle ne doit donc pas être vécue comme une épreuve à surmonter à tout prix, mais comme une nouvelle aventure à apprivoiser. L’enfant apprend progressivement à quitter ses parents, à faire confiance à d’autres adultes, à rencontrer de nouveaux camarades, à attendre son tour, à participer à des activités collectives et surtout à découvrir qu’il peut vivre de belles choses en dehors de la maison.
Derrière les petits yeux embués de larmes au portail de l’école se joue donc quelque chose de beaucoup plus important qu’une simple rentrée : la première conquête de l’autonomie. Et pour que cette conquête soit douce, les adultes doivent accepter une réalité simple : il ne s’agit pas d’empêcher l’enfant d’avoir peur, mais de lui montrer qu’il peut avoir peur et avancer quand même.



