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3e édition de l’Articréa : Quand l’artisanat tunisien se transforme en vitrine internationale

  • 7 octobre 2026
  • 5 min de lecture
3e édition de l’Articréa : Quand l’artisanat tunisien se transforme en vitrine internationale

Plus de 200 artisans et artisanes ont exposé leur savoir-faire alliant finesse et charme pour certains, chacun dans sa discipline artisanale. Un détour furtif dans un seul hall inspiré vaut le coup pour de nombreux visiteurs friands de nouveautés et découvertes.

La Presse — Au Parc des Expositions du Kram, la troisième édition du Salon professionnel de l’artisanat d’art ‘‘ArtiCrea’’ met en scène un artisanat tunisien qui cherche désormais à dépasser la simple vitrine pour conquérir de nouveaux marchés. Un air de «oud» résonne dans les halls du Parc des Expositions du Kram comme pour rajouter du charme à l’ambiance joviale. Les notes de l’instrument traditionnel accompagnent les premiers visiteurs et donnent au salon une atmosphère à la fois chaleureuse et authentique. Ouvert officiellement lundi 5 octobre 2026 par le ministre du Tourisme, Sofiene Tekaya, le Salon ‘‘ArtiCrea’’ se poursuit jusqu’au 11 octobre, avec la participation de plus de 220 artisans et entreprises artisanales venus de plusieurs régions du pays.

Dès les premières allées, la diversité saute aux yeux. Babouches, tapis, objets en bois et en céramique, senteurs pour la maison et le corps, miel, articles en paille et en osier ou encore luminaires composent un véritable inventaire du savoir-faire tunisien. Sur un stand, le bois et la céramique sont associés pour donner naissance à des porte-lunettes, porte-stylos et autres objets du quotidien. Ailleurs, un artisan a fait le choix, encore peu courant dans les foires, d’afficher clairement ses prix : une chaise longue en osier à 450 dinars, tandis que certains tapis en laine sont proposés à partir de 20 dinars.

L’ambition d’’’ArtiCrea’’ est toutefois plus large que celle d’un simple marché. Organisé par l’Office national de l’artisanat tunisien (Onat), en partenariat avec la Fédération nationale de l’artisanat et la Société de la Foire internationale de Tunis, le salon entend rapprocher artisans, acheteurs, structures d’appui et partenaires étrangers, afin de donner davantage de visibilité au produit tunisien et de faciliter son accès aux marchés internationaux.

De l’exposition aux affaires

La directrice générale de l’Onat, Leïla Msellati, insiste sur cette orientation professionnelle. L’objectif, explique-t-elle, est de faire d’‘‘ArtiCrea’’ «un salon davantage professionnel que purement commercial», capable d’attirer des acheteurs internationaux et de devenir une véritable plateforme de promotion de l’artisanat tunisien. Pour y parvenir, plusieurs structures d’appui sont présentes, dont le Cepex, l’Ontt, la Poste tunisienne, la Cotunace et Packtec. Des ateliers abordent les procédures douanières, le financement de l’exportation à travers notamment Foprodex et Easy Export, l’emballage, la protection des dessins et modèles, le design, l’innovation et même l’intelligence artificielle appliquée à l’artisanat.

Un espace «Idées cadeaux» propose par ailleurs des créations destinées aux entreprises et institutions souhaitant offrir des présents portant l’identité tunisienne. Une journée spéciale est également consacrée aux missions diplomatiques étrangères, avec une visite du salon et une réception destinée à favoriser les contacts commerciaux.

Quand patrimoine et design se rencontrent

L’ouverture internationale constitue l’une des nouveautés fortes de cette édition. Le Canada, Malte et la Suède disposent d’espaces dédiés, tandis que des collaborations internationales donnent naissance à de nouvelles créations.

La poterie de Sejnane en fournit un bel exemple. Des créations réalisées par l’artisane tunisienne Lamia Saïdani, en collaboration avec la designer suédoise Ulrika Elmberg, revisitent ce patrimoine ancestral à travers une approche contemporaine. Une coopération qui prend une dimension particulière dans le cadre du 70e anniversaire des relations tuniso-suédoises.

Le projet Geweet, consacré à l’économie verte et à l’autonomisation économique des femmes, met également à l’honneur quatre artisanes de Kairouan, Tataouine et Médenine, spécialisées dans la laine, le bois et le tissage. Une manière de relier artisanat, économie locale, entrepreneuriat féminin et développement durable.

Des artisans qui racontent la Tunisie

Sur les stands, derrière les objets, il y a surtout des parcours. Fondatrice du laboratoire Herbalya Nature Care, Dr Ibtihel Mbarek ep. Fredj défend un artisanat à forte valeur ajoutée, fondé sur le patrimoine végétal tunisien. Huiles essentielles, huile de pépins de figue de Barbarie et produits biologiques sont développés selon des normes internationales. Fondée en 2019, son entreprise a déjà obtenu plusieurs médailles d’or au concours national des produits du terroir et a réussi à placer ses produits sur les marchés européens et canadien.

Chez Dor’Art, Dorra Mselmani travaille autrement le patrimoine. Après plusieurs stages auprès de sculpteurs tunisiens, elle restaure et revisite des pièces anciennes parfois centenaires. «Je le valorise, je le revisite», explique-t-elle. Ses créations, toutes uniques, ont déjà voyagé à Osaka, Tokyo, Madrid, Paris ou encore au Brésil. Elle revendique son rôle d’«ambassadrice du savoir-faire» tunisien.

Cette volonté de porter l’artisanat au-delà des frontières résume finalement l’esprit d’ArtiCrea. Dans les halls du Kram, le patrimoine n’est pas figé. Il se transforme, se réinvente et cherche désormais à trouver sa place dans les boutiques, les entreprises et les marchés internationaux. Entre tradition et innovation, le pari est clair : faire de l’artisanat tunisien non seulement une mémoire vivante, mais aussi un véritable secteur économique tourné vers l’avenir.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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