Atelier national sur l’accès de la Tunisie aux financements climatiques : La diplomatie environnementale au service du financement
La Tunisie a besoin d’environ 55 milliards de dollars (près de 165 milliards de dinars) pour financer la mise en œuvre de sa Contribution déterminée à l’échelle nationale, CDN 3.0, sur la période 2026-2035, dont 74 % devraient être mobilisés à l’international à travers des instruments de la finance climatique établis dans le cadre de l’Accord de Paris. Le temps est à l’identification des mécanismes à même d’accélérer l’accès à des financements climatiques.
La Presse — L’Académie diplomatique internationale de Tunis a abrité hier un atelier national sur le thème « Accès de la Tunisie aux financements climatiques ». Un atelier qui a été organisé par le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, en collaboration avec les ministères de l’Environnement, des Finances et de l’Economie et de la Planification, et ce, avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Ont assisté à cette journée d’études et d’échanges une pléiade d’ambassadeurs, de représentants d’organisations internationales et des partenaires techniques et financiers de plusieurs projets d’envergure nationale dans divers domaines et en relation avec le développement, l’environnement et le climat. Au côté des ministres des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, et de l’Environnement, Habib Abid, l’ouverture de l’atelier a été rehaussée par la présence de Rana Taha, coordonnatrice résidente de l’ONU, et de Céline Moyroud, représentante résidente du Pnud en Tunisie.
Cette journée, alors que les défis et les menaces climatiques se multiplient, vise à renforcer la coordination entre les différents acteurs nationaux et partenaires étrangers à l’image du Pnud, la GIZ, la Jica, l’AFD, la KfW et la Berd, afin d’identifier les mécanismes permettant de mobiliser davantage de ressources financières en faveur des projets et priorités climatiques et de développement résilient de la Tunisie.
La Tunisie a besoin d’environ 55 milliards de dollars (près de 165 milliards de dinars) pour financer la mise en œuvre de sa Contribution déterminée à l’échelle nationale, CDN 3.0, sur la période 2026-2035, dont 74 % devraient être mobilisés à l’international à travers des instruments de la finance climatique établis dans le cadre de l’Accord de Paris.
A l’ouverture de l’atelier, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a insisté sur le rôle important que joue la diplomatie climatique et environnementale pour assurer une meilleure coordination nationale englobant les institutions et les compétences, afin d’identifier les mécanismes à même d’accélérer l’accès de la Tunisie aux financements climatiques disponibles. Il a souligné que le financement climatique «n’est pas une question exclusivement environnementale», mais qu’il constitue également «une question de développement, d’investissement et de transformation économique».
Nafti, tout en évoquant la possibilité de la conversion des dettes en projets de développement avec plusieurs pays partenaires, a mis l’accent sur l’évolution de l’approche tunisienne en matière de mobilisation des financements, et ce, sur instructions du Président de la République, Kaïs Saïed. D’après Nafti, cet atelier est, entre autres, un message aux différents partenaires et bailleurs de fonds valorisant les efforts nationaux en la matière, et ce, selon les priorités nationales en matière de développement. « L’objectif consiste à transformer les ambitions climatiques en investissements concrets, les priorités en projets, et les projets en résultats tangibles pour notre économie, nos territoires et nos populations », a-t-il indiqué. Et de préciser : « Il ne s’agit plus seulement de chercher un financement pour un projet, mais plutôt de construire des projets bancables, capables d’attirer et de combiner plusieurs sources de financement ».
Le chef de la diplomatie a assuré que la Tunisie travaille, entre autres, sur une meilleure mobilisation des finances publiques afin d’atteindre les objectifs climatiques, tout en plaidant pour «un changement d’échelle et d’approche», et appelant à «mobiliser davantage et autrement pour répondre à l’ampleur des besoins» et à explorer davantage les mécanismes de conversion de la dette en projets de développement.
Pour sa part, le ministre de l’Environnement, Habib Abid, a appelé les partenaires étrangers à soutenir le programme de la Ceinture verte, qui devrait, selon lui, permettre d’obtenir des résultats concrets à l’horizon 2030 à travers les gouvernorats de Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa, Gabès et Sfax. Ce programme prévoit notamment la restauration d’environ 260.000 hectares de terres dégradées, la séquestration d’importantes quantités de carbone, ainsi que la création de milliers d’emplois verts dans les zones rurales et l’amélioration des conditions de vie des populations locales.
Abid a rappelé, à cette occasion, les multiples défis qu’imposent les changements climatiques, outre le défi environnemental. C’est qu’ils constituent désormais une menace pour la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique, ainsi que pour le littoral et les ressources naturelles. Il a indiqué que le ministère, dans cette perspective et pour honorer les engagements de la Tunisie, a une quinzaine de programmes en cours de réalisation avec les différents ministères concernés, dont l’énergie, le transport, l’industrie, la gestion et le recyclage des déchets, la valorisation de eaux usées et l’agriculture.
En outre, le ministre a appelé à accélérer la mise en place d’une autorité carbone en Tunisie afin de permettre au pays de tirer parti des mécanismes de financement prévus par l’article 6 de l’Accord de Paris.
Abid a passé en revue les multiples projets en cours avec les différents partenaires techniques et financiers dont, entres autres, les stations photovoltaïques et la protection du littoral.
La Tunisie dispose d’un potentiel attractif
«L’action en matière de financement climatique signifie aussi financer le développement et la croissance en Tunisie. L’accompagnement technique des partenaires internationaux est important, mais la complémentarité entre les différents acteurs est essentielle pour parvenir à un développement juste et inclusif et tirer le meilleur parti de la coopération internationale, en s’inspirant notamment des expériences d’autres pays», a souligné Rana Taha, Coordonnatrice résidente des Nations unies en Tunisie.
Selon elle, cette importance du financement climatique explique l’implication de plusieurs programmes onusiens dans une série de projets dans divers domaines avec une orientation à soutenir le développement résilient en Tunisie. «Il faut connecter l’ensemble des acteurs afin de créer un hub et un cadre de coopération permettant de définir des actions en adéquation avec les priorités nationales. Notre ambition doit dépasser la seule mobilisation de financements climatiques pour soutenir la vision de développement et l’approche intégrée de la Tunisie, car chaque partenaire et chaque institution apporte une partie de la solution», a-t-elle ajouté.
Rana Taha a évoqué le volet technique de l’accès aux financements climatiques ainsi que le volet stratégique dont la coordination des différents projets et plateformes afin de parvenir à un soutien important et tangible au développement de la Tunisie, tenant en compte la vision et les priorités nationales.
Pour sa part, Céline Moyroud, représentante résidente du Pnud en Tunisie, a relevé que le pays dispose d’un grand potentiel attractif pour mobiliser les fonds, et de plusieurs atouts dans les domaines des énergies renouvelables, de l’économie circulaire et de la protection du littoral, ainsi que d’une marge importante pour développer le recours aux instruments de financement climatique. Elle a cité, à cet égard, le programme Prosol thermique comme une référence, soulignant qu’il a permis l’installation d’un million de mètres carrés de capteurs solaires.
«Lorsque les risques sont partagés et que la vision est commune, il devient plus facile d’accéder aux financements. Nous devons faire entendre collectivement une seule voix, car la transition climatique constitue certes un défi, mais également une opportunité en matière de création d’emplois et de développement», a-t-elle déclaré.
La représentante résidente du Pnud a réaffirmé la disponibilité de l’organisation à soutenir la Tunisie et à accompagner sa transition et son ambition climatique afin de contribuer à traduire ses objectifs en résultats concrets.
Dans son engagement en faveur du climat, la Tunisie prévoit une réduction de 31 % de l’intensité carbone de l’économie à l’horizon 2035. Cette nouvelle ambition prévoit également, pour la première fois, une réduction de 34 % des émissions nettes totales de gaz à effet de serre en 2035 par rapport à leur niveau de 2010.
L’accélération de la transition énergétique, à travers le renforcement de l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables, est l’un des piliers majeurs de la transition climatique de la Tunisie. Adoptée en 2023, la politique nationale de transition énergétique vise à porter la part des énergies renouvelables à au moins 50 % du mix électrique à l’horizon 2035.
Pour leur part, Christophe Cottet Directeur de l’AFD en Tunisie et Mme Miyata Mayumi, représentante résidente de la Jica en Tunisie, ont chacun présenté les projets de coopération en cours de réalisation dans divers domaines, outre l’appui technique en matière de facilitation de l’accès de la Tunisie à certains financements.
La journée a été poursuivie par une série de panels traitant les moyens de maximiser l’impact des subventions octroyées à la Tunisie, les financements mixtes, le rôle des institutions nationales dans la mobilisation des financements, et les mécanismes de l’Article 6 de l’Accord de Paris portant sur les marchés carbone.



