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Élevage : Ce cheptel à reconstituer

  • 10 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Élevage : Ce cheptel à reconstituer

Tout ce qui est entrepris pour reconstituer le cheptel bovin ou ovin est positif. Mais toute initiative est sujette à réflexion et devrait nécessairement tenir compte de ce qui a été fait dans ce contexte pour en tirer les conclusions, avant de décider quoi que ce soit.

La Presse — Il nous semble que saucissonner la remise à niveau, en mettant à contribution différentes parties prenantes, dilue la responsabilité.

La Tunisie a déjà mis à exécution deux plans de reconstitution du cheptel. L’un avait échoué parce que ceux qui veillaient sur son exécution ont choisi une race venant de Roumanie, qui ne correspondait pas aux caractéristiques de la race locale. Les brebis locales étaient dans l’impossibilité de mettre bas et on a été dans l’obligation de les soumettre à des… césariennes avant de les sacrifier. Un  revers total pour tous ceux qui ont préparé, étudié et appliqué ce projet qui a coûté de l’argent sans en tirer un seul profit.

La seconde a été confiée à l’ex-Stil qui avait établi un plan de reconstitution en important des brebis et des béliers reproducteurs du Maroc. Parce que c’était la Tunisie, ce pays  a consenti la cession de moutons et de  brebis de la race « béniguil», qui est interdite  à l’exportation. Une race habituée à la sécheresse, qui mange tout comme les chèvres, qui n’a pas de graisse et dont la saveur est exceptionnelle. On avait réparti cet important arrivage dans les gouvernorats de Gafsa, Kasserine et Sidi Bouzid. Et cela a très bien marché. Nous ignorons si la race a été préservée ou si elle a été livrée à elle-même et s’est mélangée aux races qui sont sur les lieux.

Le cheptel a été reconstitué d’une manière très acceptable, mais sans compter l’intervention des spéculateurs qui se sont organisés pour faire traverser les frontières à une bonne partie de ces bêtes, qui commençaient à souffrir de la sécheresse  et  du renchérissement du fourrage. Comme quoi, ce sont  toujours les mêmes problèmes.

Le reste nous le connaissons. Un véritable cartel a pris en main le milieu, multiplié les boucheries pour fixer d’autorité et bloquer les prix au point d’atteindre ces sommets qui font que de nos jours, le kilo de mouton dépasse les soixante dinars.

Les futures initiatives risquent d’enregistrer les mêmes déboires. S’il y a sécheresse, les éleveurs ne pouvant supporter le coût du fourrage ou autres aliments pour bétail finiront par s’en débarrasser. Le « gang spéculation » est là pour tout racheter comptant, et tout ce beau monde reviendra au point zéro.

C’est la raison pour laquelle il faudrait, avant toute initiative, reprendre en main en amont le circuit de distribution, encadrer les points de vente, mettre un terme  au sacrifice des moutons ou autres bêtes sur le seuil de la boucherie (une loi existe) et surtout revoir encore une fois cette question de fourrage et d’aliments pour bétail, qui fausse toutes les données.

L’Aïd est à quelques mois  et nous n’avons pas vu de réelles décisions stratégiques pour l’accueillir sans avoir à revenir aux problèmes qui s’étaient posés l’an dernier. Les quelques bêtes distribuées ou confiées à des éleveurs ne résoudront rien.

Sur le papier, ce qui a été imaginé est acceptable. Mais en pratique, il ne garantit pas la réussite, faute de précautions à prendre pour réamorcer le démarrage de cette reconstitution du cheptel que ce soit bovin ou ovin. Est-il osé de croire que l’on fait le nid de la spéculation ? Car ce ne serait pas de l’exagération de croire que  les quelques centaines de bêtes destinées à l’Aïd seront raflées en un tour de main par ce cartel capable de tout et disposant de larges moyens.

Il faut absolument apurer le milieu, circonscrire son rayon d’action en mettant en place des conditions strictes pour l’exploitation des boucheries et la mobilité des bêtes disponibles à travers le territoire. Et surtout revoir de fond en comble cette question de fourrage et autres aliments, assurer la stricte traçabilité de sa distribution et vente, qui conditionne la pérennité de ce secteur.

Pour éviter de réécouter le même disque en vogue depuis pas moins d’une décennie.

Auteur

Kamel GHATTAS

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