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Huile d’olive tunisienne : Convertir le record quantitatif en montée en gamme durable

  • 11 octobre 2026
  • 6 min de lecture
Huile d’olive tunisienne : Convertir le record quantitatif en montée en gamme durable

La filière oléicole demeure une composante fondamentale du secteur agricole en Tunisie. De nombreuses avancées ont été réalisées, notamment en termes d’augmentation des superficies et de modernisation de la filière. En même temps, de nombreuses opportunités restent encore à saisir, particulièrement en ce qui concerne la commercialisation.

La Presse — D’importants programmes d’appui  à la filière oléicole ont été mis en place en vue de créer un marché dynamique, ouvert et de privilégier la valeur ajoutée tout le long de la chaîne de la production à la commercialisation. Les objectifs d’augmentation de la production, de la consommation et des exportations ainsi que de modernisation de la filière ont été appuyés par de nombreux investissements et politiques adéquates.

La mise en œuvre de la stratégie agricole a permis à la filière d’avancer sur de nombreux fronts. De nombreuses opportunités existent par ailleurs pour renforcer sa compétitivité et développer son potentiel commercial.

1,6 milliard de dollars de recettes

Pour répondre à une forte demande internationale, la Tunisie a exporté 368 000 tonnes d’huile d’olive durant les neuf premiers mois de la campagne 2025/2026, enregistrant une hausse de 55,3 % par rapport à la même période de la campagne précédente. Cette progression spectaculaire conforte la Tunisie parmi les grandes puissances oléicoles mondiales.

Elle révèle aussi un défi persistant : transformer cette performance en davantage de valeur ajoutée nationale. Selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture, ces ventes ont généré environ 1,6 milliard de dollars de recettes, moyennant une hausse de 44,4 %.

La qualité des huiles commercialisées constitue un autre indicateur favorable. L’huile d’olive vierge extra a représenté 83,6 % des expéditions tunisiennes durant les neuf premiers mois de la campagne.

Ce résultat confirme la capacité des oliveraies et des huileries tunisiennes à alimenter les marchés internationaux avec des volumes importants dans la catégorie commerciale la plus recherchée. L’Europe demeure le principal débouché. En effet, l’Union européenne a absorbé 57,1 % des exportations tunisiennes sur la période.

L’Espagne et l’Italie figurent traditionnellement parmi les premiers acheteurs. Ces deux pays importent notamment de l’huile en vrac destinée à compléter leurs disponibilités, à être assemblée ou conditionnée avant sa commercialisation.

L’Amérique du Nord a représenté 24 % des volumes exportés. La Tunisie bénéficie ainsi d’une présence désormais structurelle sur le marché américain, l’un des plus importants au monde. La diversification géographique a progressé également: plus de 70 pays ont importé de l’huile tunisienne durant les neuf premiers mois de 2025/2026.

Le conditionnement progresse, le vrac domine toujours

Les exportations tunisiennes d’huile conditionnée ont atteint 51.500 tonnes, en hausse de 50,8 %. Elles ne représentent néanmoins qu’environ 14 % du volume total exporté. L’essentiel de l’huile continue donc de quitter le pays en vrac, sans marque tunisienne visible auprès du consommateur final. Et c’est le principal paradoxe de la filière.

La Tunisie dispose d’une huile vierge extra reconnue, d’un important patrimoine oléicole et d’une place majeure dans les échanges mondiaux, mais une partie substantielle de la valeur liée au conditionnement, au marketing et à la distribution reste captée sur les marchés de destination.

Selon les professionnels du secteur, « la prochaine étape consistera à convertir le record quantitatif en montée en gamme durable, grâce au stockage, à la traçabilité, au conditionnement et au développement de marques tunisiennes capables de s’imposer directement auprès des consommateurs ». C’est cette question qui se pose toujours : pourquoi l’huile d’olive tunisienne reconnue pour sa qualité peine-t-elle encore à s’imposer sous de grandes marques tunisiennes sur les marchés internationaux ?

« Le problème ne se trouve pas uniquement dans la production. Il se situe surtout dans la manière dont cette production est valorisée, présentée et commercialisée », précisent les professionnels. Et d’ajouter que « près de 86 % des volumes exportés sont partis en vrac, contre seulement 14 % sous forme conditionnée ».

Cette situation montre que le pays reste encore fortement positionné comme fournisseur de matière première, alors qu’une partie beaucoup plus importante de la valeur pourrait être créée autour d’un produit fini et identifiable. L’obstacle reste donc la forte dépendance au vrac qui limite la capacité du producteur tunisien à contrôler l’image de son produit jusqu’au consommateur final. « Une huile qui quitte la Tunisie dans une citerne n’emporte pas avec elle la même visibilité qu’une bouteille portant clairement son origine, son terroir, son histoire et le nom de son producteur ».

Le défi est d’évoluer progressivement vers davantage de conditionnement et de produits à plus forte valeur ajoutée, sans remettre en cause les marchés traditionnels du vrac. Pour les investisseurs, « construire une marque internationale demande du temps et des investissements colossaux. Il faut participer aux salons professionnels, développer des réseaux de distribution, travailler avec des importateurs, communiquer, créer des contenus adaptés aux différents marchés et maintenir une présence régulière auprès des consommateurs ».

Pour de nombreux producteurs tunisiens, notamment les petites exploitations et les entreprises familiales, ces investissements peuvent être difficiles à supporter seuls. Ils proposent par ailleurs une solution qui consiste à « renforcer les regroupements entre producteurs et entreprises afin de mutualiser certaines dépenses et de construire des marques collectives ou régionales capables d’atteindre une dimension internationale ».

De l’avis des professionnels du secteur agricole, «la valeur d’une huile ne se trouve pas uniquement dans l’huile elle-même. Elle peut aussi se trouver dans le conditionnement, le design, la traçabilité, la recherche, l’innovation et les produits dérivés ».

La transformation permettrait également de créer davantage d’emplois autour de la filière et de faire travailler ensemble agriculteurs, industriels, designers, spécialistes du marketing et professionnels du commerce international. L’objectif ne serait donc pas de remplacer le vrac aussi vite. Il serait de « construire progressivement un modèle plus équilibré dans lequel la Tunisie continuerait à exporter des volumes importants tout en augmentant la part des produits conditionnés, transformés et porteurs d’une identité nationale ».

Auteur

Najoua Hizaoui

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