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Mobilités aériennes avancées : Oman partage à Tunis sa stratégie pour bâtir une nouvelle économie de basse altitude

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  • 18 octobre 2026
  • 13 min de lecture
Mobilités aériennes avancées : Oman partage à Tunis sa stratégie pour bâtir une nouvelle économie de basse altitude

À l’occasion de Bigtech Africa 2026, organisé à Tunis les 12 et 13 octobre, les Mobilités aériennes avancées (Advanced Air Mobility – AAM) se sont invitées au cœur des débats sur les nouvelles frontières de l’innovation, de l’industrie et du développement économique. 

La Pesse — Réunissant des représentants institutionnels et des experts venus du Sultanat d’Oman, de France, du Canada et de Tunisie, un panel international consacré au thème «Advanced Air Mobility : utopie ou réalité?» a permis d’explorer les conditions d’émergence d’une nouvelle économie de basse altitude.

La participation du Sultanat d’Oman a particulièrement marqué cette rencontre, à travers la présentation de sa stratégie nationale de développement des Mobilités aériennes avancées par l’ingénieur Mohamed bin Rached Al Jahwari, représentant du ministère omanais des Transports, des Communications et des Technologies de l’information, ainsi que l’intervention de Son Excellence le Dr Helal bin Abdallah Al Sinani, ambassadeur du Sultanat d’Oman en Tunisie.

Au-delà de la présentation des innovations technologiques, cette rencontre a mis en évidence une transformation économique majeure : l’émergence progressive d’un secteur associant aéronautique, intelligence artificielle, robotique, infrastructures intelligentes, logistique et services numériques.

Une nouvelle économie qui dépasse largement les drones

Modéré par Borhene Dhaouadi, architecte-urbaniste et Team Lead de la Stratégie nationale des Mobilités aériennes avancées du Sultanat d’Oman au sein du consortium GUAMobility, le panel a proposé une lecture comparative de quatre modèles de développement.

L’enjeu central consistait à dépasser une approche exclusivement technologique des drones et des futurs aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux (eVTOL), pour examiner les conditions de structuration d’une véritable filière économique.

Cette nouvelle économie de basse altitude, désignée sous le terme Low-Altitude Economy, englobe un ensemble d’activités complémentaires : transport et logistique aérienne, services publics par drones, inspection des infrastructures, agriculture intelligente, sécurité civile, gestion numérique de l’espace aérien, plateformes de supervision, infrastructures au sol et systèmes autonomes.

Sa réussite dépend autant des capacités technologiques que de la gouvernance institutionnelle, de la réglementation, de l’investissement et de l’identification de marchés économiquement viables.

Une expertise internationale au service de la structuration des nouvelles mobilités aériennes

Le panel international a été conçu et modéré par Borhene Dhaouadi, architecte-urbaniste, CEO de GUAMobility et Team Lead de la Stratégie nationale des Mobilités aériennes avancées du Sultanat d’Oman, une mission conduite par le consortium GUAMobility pour le compte des institutions omanaises compétentes.

Fort de son expérience à l’interface de l’aménagement du territoire, des infrastructures, des politiques publiques et de l’innovation, Borhene Dhaouadi défend une approche intégrée des Mobilités aériennes avancées, considérées non comme une simple évolution technologique du transport aérien, mais comme l’émergence d’un nouveau secteur économique et industriel.

Dans le cadre de la mission nationale engagée à Oman, il dirige les travaux du consortium international mobilisé pour accompagner la structuration de cette filière, en coordination avec le ministère des Transports, des Communications et des Technologies de l’information, l’Autorité de l’aviation civile et Oman Logistics Center. Cette démarche associe notamment la définition des orientations stratégiques, l’identification des cas d’usage prioritaires, la mobilisation des parties prenantes, la planification des infrastructures et la préparation des conditions de déploiement.

À Bigtech Africa 2026, son rôle a consisté à mettre en perspective quatre échelles de développement de l’AAM (nationale à Oman, régionale en France, métropolitaine au Canada et émergente en Tunisie) afin d’en dégager les enseignements utiles pour les économies africaines.

Il a particulièrement insisté sur la nécessité de dépasser les expérimentations isolées pour construire de véritables chaînes de valeur associant acteurs publics, industriels, centres de recherche, startups et investisseurs.

Son intervention a également ouvert la réflexion sur le potentiel de la Tunisie dans cette nouvelle économie, en proposant de fédérer les compétences nationales autour d’une filière émergente de Drobotique – Dronautique + Robotique, à la convergence des drones, de l’intelligence artificielle, des systèmes autonomes et des technologies numériques. Cette vision vise à positionner progressivement la Tunisie comme un acteur potentiel de l’innovation et de l’industrie des systèmes autonomes, capable de développer des solutions adaptées aux besoins des marchés africains et internationaux.

Oman : une stratégie nationale pour construire une chaîne de valeur complète

L’intervention de Mohamed bin Rached Al Jahwari, chef de projet Advanced Air Mobility à Oman Logistics Center, relevant de l’écosystème du ministère des Transports, des Communications et des Technologies de l’information, a constitué l’un des temps forts du panel.

Le représentant omanais a présenté les fondements de la démarche engagée par le Sultanat pour structurer un secteur national des Mobilités aériennes avancées, dans le prolongement des objectifs de diversification économique d’Oman Vision 2040.

La particularité de l’approche omanaise réside dans sa volonté de ne pas limiter le développement de l’AAM à des démonstrations technologiques ponctuelles, mais de construire progressivement un écosystème économique national et une chaîne de valeur intégrée.

Cette ambition mobilise plusieurs composantes : gouvernance, réglementation, gestion de l’espace aérien, infrastructures physiques et numériques, compétences, formation, innovation, industrie et investissement.

La présentation a notamment permis de mettre en lumière l’organisation institutionnelle de la stratégie nationale, articulée autour du ministère des Transports, des Communications et des Technologies de l’Information (Mtcit), de l’Autorité de l’aviation civile (CAA) et d’Oman Logistics Center (OLC).

L’objectif est d’identifier des cas d’usage répondant aux besoins de l’économie omanaise, particulièrement dans les domaines de la logistique, de la santé, de l’agriculture, du tourisme, des services publics et de l’inspection des infrastructures.

Cette orientation traduit une conviction stratégique : les Mobilités aériennes avancées ne constituent pas seulement un nouveau mode de transport, mais peuvent devenir un secteur économique générateur d’investissements, d’entreprises, de compétences et d’emplois qualifiés.

La réglementation et les infrastructures au cœur du modèle omanais

Cette présentation a été complétée par l’intervention d’Issam Bouzid, Senior Advisor & Expert en sécurité et réglementation aéronautiques, stratégie AAM/UTM et politiques publiques, et coordinateur de projet auprès de la Civil Aviation Authority du Sultanat d’Oman.

Son intervention a porté sur le rôle déterminant de l’autorité aéronautique dans l’accompagnement de cette transformation.

Deux dimensions structurantes ont été mises en avant : d’une part, la gestion et la sécurisation de l’espace aérien à basse altitude, notamment à travers les futurs systèmes UTM ; d’autre part, l’encadrement réglementaire des nouvelles infrastructures aéronautiques au sol.

Vertiports, vertipads, plateformes logistiques aériennes et installations urbaines dédiées aux drones constituent ainsi une nouvelle génération d’équipements dont l’intégration devra être anticipée dans les politiques d’aménagement et de développement territorial.

Cette articulation entre réglementation aéronautique, urbanisme et infrastructures représente l’un des principaux défis du déploiement opérationnel de l’AAM.

L’une des initiatives majeures présentées dans le cadre de cette participation concerne l’organisation du Oman National AAM Sandbox 2026, programmé du 6 au 13 décembre 2026. Ce dispositif national d’expérimentation constitue une étape importante dans la mise en œuvre de la stratégie omanaise.

Il vise à permettre aux entreprises, opérateurs et fournisseurs technologiques de tester des solutions innovantes dans un environnement encadré, en collaboration avec les institutions publiques et les partenaires économiques concernés.

Au-delà des démonstrations, le Sandbox doit contribuer à l’évaluation des conditions réglementaires, techniques, opérationnelles et économiques nécessaires à de futurs déploiements.

Il représente également une opportunité de coopération internationale pour les entreprises spécialisées dans les drones, les systèmes autonomes, la logistique, les infrastructures aéronautiques et les services numériques.

Les perspectives de coopération avec la Tunisie et l’Afrique

La dimension diplomatique et économique de cette participation a été particulièrement soulignée par Son Excellence le Dr Helal bin Abdallah Al Sinani, ambassadeur du Sultanat d’Oman en Tunisie.

Dans son discours prononcé à l’occasion de Bigtech Africa 2026, l’ambassadeur a salué la qualité de la participation et des échanges réunissant experts, spécialistes et acteurs de l’innovation.

Il a notamment exprimé sa satisfaction de voir le Sultanat d’Oman prendre part à cette rencontre internationale, considérée comme une occasion privilégiée de partager les expériences et d’explorer de nouvelles perspectives de coopération avec la Tunisie et les pays africains.

Son Excellence a rappelé que le développement technologique et l’innovation occupent une place centrale dans Oman Vision 2040, dont l’ambition est de construire une économie diversifiée, durable et fondée sur la connaissance.

L’ambassadeur a également mis en valeur la présentation de l’ingénieur Mohamed Al Jahwari, consacrée à la stratégie nationale des Mobilités aériennes avancées et à la coopération entre le ministère des Transports et l’Autorité de l’aviation civile.

Il a souligné l’importance des perspectives ouvertes par les Mobilités aériennes avancées et les villes intelligentes pour améliorer les services, renforcer la qualité de vie et favoriser des environnements urbains plus durables et résilients.

Évoquant le Oman National AAM Sandbox 2026, Son Excellence a insisté sur la portée de cette initiative, qui dépasse le simple test de technologies pour contribuer à la construction de cadres réglementaires adaptés et à la préparation de futures applications opérationnelles.

Enfin, il a rappelé que la valeur de ces rencontres réside également dans leur capacité à rapprocher les gouvernements, les institutions, les entreprises, les experts et les investisseurs.

Cette intervention a donné une dimension supplémentaire au panel, en inscrivant les Mobilités aériennes avancées dans une perspective de coopération économique, technologique et institutionnelle entre le Sultanat d’Oman, la Tunisie et l’Afrique.

France et Canada : deux autres échelles de développement de l’AAM

La dimension internationale du panel a permis de confronter la démarche nationale omanaise à deux autres expériences complémentaires.

Jean-François Benon, directeur général du Comité d’expansion économique du Val-d’Oise (Ceevo), a abordé les Mobilités aériennes avancées sous l’angle du développement économique territorial.

L’expérience française met en évidence le rôle des régions dans l’attractivité des investissements, l’implantation des entreprises, le développement des infrastructures et l’accompagnement des expérimentations, en tenant compte des enjeux d’acceptabilité sociale et d’intégration aux systèmes de mobilité existants.

Pour sa part, Sofiane BenYouci, président-directeur général d’Innovitech au Canada, a apporté un éclairage sur les écosystèmes métropolitains d’innovation, notamment sur les passerelles à développer entre entreprises technologiques, universités, centres de recherche, industriels et collectivités.

Ces contributions ont permis de souligner qu’il n’existe pas de modèle unique de développement des Mobilités aériennes avancées. Chaque territoire doit construire une trajectoire adaptée à ses besoins, à ses ressources, à son environnement réglementaire et à ses priorités économiques.

Tunisie et Afrique : transformer les besoins en opportunités industrielles

La dernière partie du panel a ouvert la réflexion sur les perspectives offertes à la Tunisie et au continent africain.

Pour Borhene Dhaouadi, l’enjeu ne consiste pas à reproduire mécaniquement les expériences internationales, mais à identifier les conditions permettant de fédérer progressivement les compétences nationales autour d’un écosystème AAM cohérent.

La Tunisie dispose d’atouts significatifs dans l’ingénierie, les technologies numériques, l’intelligence artificielle, la robotique, les systèmes embarqués et la recherche.

Ces compétences peuvent être mobilisées pour répondre à des besoins opérationnels dans l’agriculture, la gestion des ressources naturelles, l’énergie, les infrastructures, les ports, la logistique, la santé et la sécurité civile.

À l’échelle africaine, la diversité des territoires, les distances à parcourir, les besoins de connectivité et les enjeux d’accès aux services constituent autant de domaines d’application potentiels pour ces nouvelles technologies.

La «drobotique», une nouvelle filière à construire

Le panel a également introduit une réflexion sur l’émergence d’une filière technologique proposée sous le terme drobotique, contraction de dronautique et robotique.

Cette notion traduit la convergence entre drones aériens, robots terrestres, systèmes autonomes maritimes, intelligence artificielle, capteurs, plateformes de supervision et systèmes numériques de commandement et de contrôle.

L’intérêt de cette approche réside dans la possibilité de mobiliser des startups qui ne sont pas nécessairement issues de l’aéronautique, mais qui disposent de compétences directement valorisables dans la nouvelle économie de basse altitude.

Le défi consiste désormais à transformer les besoins opérationnels des administrations et des opérateurs en challenges technologiques, puis en projets de recherche, prototypes, expérimentations, démonstrateurs et solutions industrialisables.

Pour la Tunisie, cette démarche pourrait ouvrir la voie à une spécialisation progressive dans les systèmes autonomes et la drobotique, avec des débouchés potentiels sur les marchés africains, européens et du Golfe.

En réunissant des expériences issues d’Oman, de France, du Canada et de Tunisie, ce panel a permis de replacer les Mobilités aériennes avancées dans une perspective économique et industrielle dépassant la seule innovation aéronautique.

Pour Bigtech Africa, l’enjeu pourrait désormais être de prolonger ces échanges par des initiatives concrètes associant institutions publiques, startups, universités, industriels et investisseurs.

Car la véritable révolution des Mobilités aériennes avancées ne résidera pas uniquement dans la capacité à faire voler de nouveaux aéronefs, mais dans celle de construire autour d’eux de nouveaux services, de nouvelles entreprises et de véritables filières industrielles.

Une perspective qui ouvre, pour la Tunisie et l’Afrique, la possibilité de devenir des acteurs de cette nouvelle économie plutôt que de simples marchés de consommation technologique.

Meriem KHDIMALLAH

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Meriem KHDIMALLAH

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