Ils ont dit

« L’activité du commerce électronique en Tunisie séduit de plus en plus de Tunisiens, qui ont pris conscience de ses avantages. Notre plateforme a joué un rôle important dans la démocratisation du e-commerce en Tunisie. Pour ma part, j’estime que le commerce en ligne a doublé en l’espace d’une année, notamment en raison de la mesure du confinement total de l’année dernière. Selon une étude menée récemment, deux raisons principales sont à l’origine du développement du e-commerce dans le pays. Il s’agit d’abord de la facilité de l’opération à travers une disponibilité de l’offre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ensuite, il est question de la mise à disposition de choix plus larges de marchandises, ainsi que des prix plus compétitifs que ceux proposés dans le commerce classique. Le e-commerce n’est encore qu’à ses débuts en Tunisie et, selon des estimations, il ne réalise qu’à peine 1,5% du PIB, soit 1,5 milliard de dinars seulement, et ce, tous secteurs confondus. Cela n’a pas pour autant empêché que le commerce en ligne soit une tendance de fond, ce qui a été à même de pousser de grandes marques locales et internationales à investir à leur tour ce marché virtuel. Cette nouvelle intégration permettra à ces opérateurs économiques d’accroître leur chiffre d’affaires, ainsi que leur part de marché. Sur le plan de l’employabilité, notre plateforme a créé en totalité pas moins de 2.000 postes d’emplois directs et indirects, notamment par le biais de partenaires logistiques. De même, au niveau du management, la plateforme a réussi à réaliser une parité parfaite avec un comité directeur composé de trois hommes et trois femmes ».

« Tout ce que connaît de travers le pays aujourd’hui est représenté dans ses détails dans le Port de Radès. Toutes les lois erronées, toute la corruption, toute la malversation, tous les coups tordus, etc. Et aujourd’hui, les Tunisiens n’ont toujours pas compris que la logistique est le nerf de la guerre. Le coût supplémentaire enregistré au Port de Radès, et estimé à 1.000 millions de dinars, est un chiffre bien en dessous de la réalité. Ce coût sera le double de ce qui est annoncé, et cela impactera de manière directe et indirecte le pouvoir d’achat du Tunisien. Les ports tunisiens sont de petite taille par comparaison avec d’autres ports dans le monde. La taille de nos ports ne permet pas l’accostage de grands navires et la réalisation des économies d’échelle au niveau des conteneurs embarqués. Au niveau du port de Sfax, il y a la Stam, en plus d’une entreprise privée opérant dans le même domaine d’activité. Une situation qui a fait que la Stam est très performante à Sfax. La seule explication plausible est que la concurrence créée entre les deux entreprises a fait que la Stam fonctionne de manière normale, contrairement à ce qui est le cas dans le port de Radès où tout va de travers. J’estime que le port de Radès est une zone colonisée, non pas par un autre Etat, mais par tous les dépassements qui y règnent. Nous devons, je pense, faire appel à l’Armée afin de libérer cette zone ! Il existe quelques dizaines de personnes qui profitent de la situation de blocage au niveau du port de Radès et qui n’ont pas intérêt à ce que cela soit résolu ».

« Parmi les causes de l’actuelle crise économique, figurent les faux diagnostics, ainsi que les fausses pistes. Je dirais qu’au cours des dix dernières années, aussi bien l’Etat que le FMI, partagent les erreurs de diagnostic. Aussi, l’on est en droit de se demander pourquoi les grandes réformes n’ont pas été mises en place ? Peut-être que la conception de celles-ci est fausse. Le diagnostic suppose que l’un des problèmes majeurs des entreprises publiques soit relatif à la lourdeur des procédures administratives. Or, c’est complètement faux. Cela ne veut pas dire que la bureaucratie n’existe pas dans ces entreprises, mais si je dois illustrer à travers un exemple concret, je citerais celui de la Compagnie des Phosphates de Gafsa. En effet, avant 2011, elle fournissait à l’État des dividendes de 1.000 millions de dinars par an. Aujourd’hui, la CPG perd des centaines de millions de dinars. Est-ce que le problème de la CPG est lié à la configuration de ses procédures, où est-ce en raison de la multiplication de son effectif, ainsi que des nombreux sit-in tenus tout au long des dernières années ? Il est question d’un tsunami qui a frappé les entreprises publiques et qui n’a rien à voir avec la bureaucratie et les procédures administratives. Partant d’un faux constat et diagnostic, les réformes ne seront donc pas appropriées. La situation actuelle est catastrophique et est à deux doigts de l’enfer. Je crains que la Tunisie ne soit pas loin des scénarios libanais et grec. Il n’y a pas de doute que nous nous en approchons de manière dangereuse. Et pour ce qui est des solutions, il en existe deux : la solution douce, et la solution brutale. D’après moi, si nous souhaitons nous orienter vers la solution douce, nous devons améliorer les conditions de négociation avec le FMI et les institutions internationales. D’ailleurs, je lance un appel aux experts du FMI pour qu’ils soient plus modestes dans leur propre critique, car ils sont aussi responsables que nous de la crise en Tunisie, par les faux diagnostics et les fausses pistes suivies ».



