Le terme ESG est longtemps resté cantonné aux engagements déclaratifs. Aujourd’hui, il s’impose désormais comme un levier concret de performance et de transformation des modèles d’affaires. En Tunisie, cette mutation s’inscrit dans un contexte de fortes contraintes énergétiques et de recherche accrue de compétitivité. Selon Jalel Ben Romdhane, cette évolution reflète un tournant majeur : l’ESG n’est plus un simple cadre de référence, mais un levier stratégique au cœur de la performance économique.
La Presse — Depuis des années, l’ESG est resté essentiellement déclaratif dans les rapports et des engagements futiles. Cette phase a été nécessaire, mais il faut structurer le débat et sensibiliser les acteurs.
« Aujourd’hui, nous sortons d’une logique d’affichage pour entrer dans une logique de transformation réelle », a déclaré Jalel Ben Romdhane, expert en ingénierie financière. Une évolution qu’il considère comme « inévitable au regard des mutations économiques et énergétiques actuelles ».
Le frein est moins stratégique qu’opérationnel…
Désormais, ce qui est attendu, ce sont des résultats concrets et des gains mesurables. Une entreprise entre véritablement dans une démarche ESG le jour où elle commence à modifier ses décisions stratégiques et opérationnelles : ses investissements, son organisation industrielle, ses choix d’approvisionnement ou encore de recrutement. Tant que ces arbitrages restent inchangés, on demeure dans le registre du discours.
Le frein est moins stratégique qu’opérationnel. « Les dirigeants ont globalement intégré les enjeux », a-t-il expliqué, précisant toutefois que « le véritable défi réside dans l’exécution et la capacité à transformer les intentions en actions concrètes ». En effet, la mise en œuvre de l’ESG touche à des équilibres sensibles: coûts immédiats, investissements et organisation du travail.
En Tunisie, où la dépendance énergétique dépasse les 60 %, chaque décision liée à l’énergie devient immédiatement un enjeu de compétitivité et de souveraineté nationale. A ce propos, l’expert a souligné que « la question énergétique est aujourd’hui au cœur de la performance économique des entreprises ».
Intégrer l’ESG, ce n’est pas ajouter une contrainte, mais accepter de revisiter, avec lucidité et courage, des choix économiques fondamentaux. « Il ne s’agit pas d’une charge supplémentaire, mais d’un changement de paradigme », a-t-il insisté.
L’ESG est ainsi devenu un levier de performance. « C’est même son essence », a affirmé Jalel Ben Romdhane, à condition qu’il soit piloté. Une amélioration de l’efficacité énergétique peut générer, dans certains secteurs, des gains de 15 à 20 % sur les coûts opérationnels. L’amélioration des flux permet de réduire les pertes et les rebuts.
Sur le volet social, une approche ESG rigoureuse renforce également la rétention des talents. « Les entreprises qui s’engagent réellement observent des effets rapides et mesurables », a-t-il fait remarquer, évoquant qu’une réduction peut atteindre 30 %. Cela se traduit par une plus grande stabilité des équipes, une baisse sensible des coûts de recrutement et de formation, ainsi qu’une accélération de la montée en compétences collective.
Le principal obstacle reste que l’ESG est encore trop souvent perçu comme un coût ou une exigence réglementaire. « C’est une lecture réductrice », a-t-il estimé, rappelant qu’il s’agit avant tout « d ’un investissement à fort rendement». Toute la différence réside dans son intégration aux décisions opérationnelles, et non plus uniquement dans un chapitre du rapport annuel.
Cette transformation passe par des chantiers concrets et visibles, capables de produire des résultats rapides. L’énergie demeure le point d’entrée le plus efficace, à travers des audits énergétiques, le remplacement d’équipements et l’amélioration des processus. Viennent ensuite la gestion des déchets, la circularité des matières et l’optimisation des opérations.
Sur le plan des talents, des initiatives simples et efficaces font déjà la différence: programmes de formation continue sur la transition écologique, politiques de bien-être au travail (horaires flexibles, espaces verts, engagement communautaire) ou encore une gouvernance plus inclusive donnant réellement la parole aux jeunes talents. « Ces démarches renforcent l’adhésion interne et créent une dynamique collective », a-t-il ajouté.
Ces mesures renforcent le sentiment d’appartenance et de fierté, et fidélisent durablement les collaborateurs, en particulier les nouvelles générations très attachées à ces valeurs.
L’objectif n’est pas de tout transformer d’un seul coup, mais d’enclencher une dynamique, de remporter des victoires rapides et, surtout, de bâtir une crédibilité interne. « La crédibilité est la clé pour embarquer l’ensemble des parties prenantes », a-t-il conclu. En précisant : « Nous devons passer d’un ESG de promesse à un ESG de preuve. La question n’est plus : Quelle est votre stratégie ESG?, mais surtout : Qu’avez-vous réellement transformé dans votre manière de produire, d’investir et de décider ? ».



