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Du blé cultivé en plein désert : la Tunisie teste une révolution agricole à Tataouine

  • 25 avril 2026
  • 3 min de lecture
Du blé cultivé en plein désert : la Tunisie teste une révolution agricole à Tataouine
Image : illustration IA

Dans les zones arides du sud tunisien, l’agriculture céréalière irriguée commence à livrer des résultats jugés encourageants. À Dhiba et Remada, dans le gouvernorat de Tataouine, des essais menés sur plusieurs campagnes ont permis d’atteindre des rendements allant jusqu’à 40 quintaux à l’hectare, ouvrant la voie à une possible extension de ce modèle agricole dans des régions jusque-là peu exploitées pour ce type de culture.

Lancée sur une superficie initiale de 6 hectares, l’expérimentation a été progressivement étendue pour atteindre près de 40 hectares. Face à ces performances, les autorités envisagent désormais de porter les surfaces irriguées à 1 000 hectares à court terme, avec une ambition pouvant atteindre 100 000 hectares à plus long terme.

Une réponse à la dépendance céréalière

Ce projet s’inscrit dans un contexte de forte dépendance de la Tunisie aux importations de céréales. En 2024, le pays a importé environ 2,6 millions de tonnes pour une valeur proche de 2,3 milliards de dinars, selon l’Office des céréales. Le blé tendre, en particulier, couvre jusqu’à 80 % des besoins nationaux via les marchés extérieurs.

Cette dépendance pèse lourdement sur les finances publiques. Les subventions aux produits céréaliers ont dépassé 3 milliards de dinars en 2022, tandis que le budget 2025 prévoit près de 3,8 milliards de dinars pour les produits de base, dont 2,67 milliards consacrés aux céréales. Dans un contexte de déficit commercial estimé à 21,8 milliards de dinars et de volatilité des prix internationaux, la sécurité alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique majeur.

Eau, énergie solaire et recherche : les piliers du projet

Portée par un partenariat entre le Commissariat régional au développement agricole de Tataouine, l’Institut national des grandes cultures et l’Institut de recherche dans les zones arides, l’initiative repose sur l’exploitation des nappes profondes et l’utilisation de technologies adaptées. Les cultures sont irriguées grâce à sept puits équipés de systèmes de pompage alimentés par énergie solaire, permettant de réduire les coûts d’exploitation.

Selon le commissaire régional au développement agricole, Mongi Chniter, l’objectif n’est pas de concurrencer les régions céréalières du nord, mais de compléter la production nationale tout en valorisant des semences locales adaptées aux conditions climatiques du sud. Une douzaine de variétés sont actuellement testées, avec des rendements variant entre 30 et 40 quintaux à l’hectare, et un potentiel pouvant atteindre 80 quintaux à terme.

Face aux aléas climatiques croissants, notamment après la sécheresse de 2023, le recours à l’irrigation apparaît comme une nécessité pour maintenir l’activité agricole. Le projet bénéficie également de l’appui d’instituts de recherche, dont l’ICARDA, afin d’évaluer sa viabilité technique, notamment en matière de gestion de l’eau et d’adaptation aux conditions extrêmes.

Si les résultats sont prometteurs, une évaluation globale est attendue à l’issue de la saison agricole. Elle devra mesurer l’impact sur les nappes phréatiques, les risques de salinisation des sols et la rentabilité à grande échelle. Dans un contexte économique et climatique incertain, cette initiative pourrait constituer une réponse partielle mais stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire du pays.

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Auteur

R. I

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