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65 % des Tunisiens suivent l’actualité économique : un potentiel encore sous-exploité

  • 15 avril 2026
  • 4 min de lecture
65 % des Tunisiens suivent l’actualité économique : un potentiel encore sous-exploité

La Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ), en partenariat avec Expertise France, a organisé ce mercredi dans le cadre du programme « Passerelles Médias »,  un colloque consacré à la transformation des travaux de recherche en visibilité médiatique et en impact réel. Intitulé « De la recherche à l’influence : comment transformer vos travaux en visibilité médiatique et en impact réel », l’événement a réuni des acteurs économiques, des responsables de médias, des experts ainsi que des représentants d’Expertise France.

Ce colloque intervient dans un contexte où l’information économique est de plus en plus consommée en Tunisie, mais demeure insuffisamment valorisée dans les circuits médiatiques traditionnels. L’objectif affiché est de combler l’écart entre production de connaissances, diffusion médiatique et appropriation par le public.

Une étude présentée lors de la rencontre, réalisée dans le cadre du programme PAMT 2, met en évidence une évolution notable des habitudes d’information des Tunisiens. L’information économique et sociale se classe désormais en troisième position des centres d’intérêt, derrière le sport et la santé. Cette progression traduit une sensibilité accrue aux enjeux économiques dans un contexte marqué par l’inflation, le chômage et la pression sur le pouvoir d’achat. Près de 65 % des Tunisiens déclarent suivre l’actualité économique de manière régulière ou occasionnelle.

Toutefois, cet intérêt global masque de fortes disparités. Chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans, l’attention portée à l’économie chute à moins de 5 %, révélant une fracture générationnelle préoccupante dans l’accès et l’appropriation de la culture économique.

L’étude souligne aussi une transformation profonde des modes de consommation de l’information. Les réseaux sociaux dominent désormais largement avec 61 % des Tunisiens qui s’y informent, tandis que les médias traditionnels reculent fortement. Un tiers des jeunes interrogés déclarent ne consulter aucun média classique, ce qui accentue les interrogations sur la qualité et la fiabilité de l’information reçue.

Cette mutation s’accompagne d’une crise de confiance marquée. Les données indiquent que 70 % des Tunisiens se disent insatisfaits des contenus médiatiques, 87 % estiment que les sujets traités ne reflètent pas leur réalité quotidienne et 64 % considèrent l’information comme trop complexe et insuffisamment accessible. Ce décalage est notamment attribué à un usage persistant d’un langage technique peu vulgarisé.

Dans ce paysage en recomposition, un phénomène nouveau émerge avec la montée en puissance des « experts » et influenceurs spécialisés en économie et en questions sociales. Environ 15 % des Tunisiens déclarent suivre ces profils sur les réseaux sociaux, illustrant un transfert progressif de la confiance vers des acteurs individuels capables de simplifier les contenus, mais dont la fiabilité peut parfois être discutée.

Au terme des échanges, plusieurs constats se dégagent. L’intérêt pour l’économie est réel mais encore mal exploité. Le lien entre les médias et leur public apparaît fragilisé. Enfin, la transition numérique s’accélère, en particulier chez les jeunes, sans toujours s’accompagner d’une structuration adéquate de l’offre d’information.

Les pistes de réforme évoquées lors du colloque insistent sur la nécessité de simplifier l’information économique en adoptant un langage clair et des exemples concrets liés au quotidien. Elles recommandent également d’accélérer la transition numérique à travers des formats courts adaptés aux usages actuels, de renforcer les contenus destinés aux jeunes et d’introduire davantage d’éducation économique. La restauration de la confiance passe, selon les intervenants, par un journalisme explicatif plus accessible et une amélioration de la qualité analytique. Enfin, un encadrement des influenceurs est envisagé à travers des standards de fiabilité et des collaborations avec les journalistes.

Au-delà des constats, le colloque met en lumière un enjeu central. Le défi de l’information économique en Tunisie ne réside plus uniquement dans sa production, mais dans sa transmission et sa capacité à toucher efficacement les citoyens, notamment les jeunes générations.

Auteur

R. I

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