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« Route des Andalous »: quand Tebourba et El Battan ressuscitent l’âme andalouse

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  • 26 avril 2026
  • 4 min de lecture
« Route des Andalous »: quand Tebourba et El Battan ressuscitent l’âme andalouse

Le gouvernorat de la Manouba vient de franchir une étape majeure dans la valorisation de son patrimoine. Samedi dernier, le coup d’envoi officiel du projet « La Route des Andalous » a été donné à Tebourba et El Battan. Plus qu’un simple circuit touristique, cette initiative ambitionne de ressusciter l’âme d’une civilisation dont les traces, entre architecture de pierre et savoir-vivre, continuent de façonner l’identité tunisienne.

Tebourba et El Battan ne sont pas de simples cités de la banlieue de Tunis ; elles sont les témoins vivants d’une épopée débutée il y a plusieurs siècles. Ce nouveau projet culturel s’appuie sur un inventaire monumental d’une richesse exceptionnelle. Au cœur de ce dispositif, le pont d’El Battan, érigé en 1620, s’impose comme un chef-d’œuvre de génie civil, figurant comme le premier barrage de dérivation de la région. Ce colosse de pierre a permis d’irriguer ce qui fut historiquement la plus vaste oliveraie du pays, la célèbre forêt de Tebourba, qui abritait autrefois plus de 3 500 oliviers séculaires.

Un urbanisme unique et un pôle industriel avant-gardiste
L’influence andalouse se lit d’abord dans le tracé même des rues. Tebourba demeure l’unique médina de la région à arborer un plan en damier, un modèle d’urbanisme importé de la péninsule Ibérique. Ici, les artères perpendiculaires s’organisent avec une rigueur géométrique autour du marché central, contrastant avec les méandres habituels des cités médiévales.

Mais l’apport des exilés andalous ne fut pas qu’esthétique ; il fut aussi industriel. Dès le XVIIe siècle, la région s’est transformée en un véritable pôle technologique. On y trouvait une dizaine d’huileries ainsi que la première unité spécialisée dans le foulage de la Chéchia, sans oublier les manufactures de drap, de soieries et de tissage. Aujourd’hui encore, le Palais Ben Ayed conserve les vestiges de cette ère manufacturière, protégeant des équipements traditionnels datant de 1842.

La mémoire des pierres et des hommes
Mohamed Ben Khelfa, chercheur en histoire des civilisations au ministère des Affaires culturelles, rappelle que Tebourba a atteint son apogée sous l’influence andalouse. Les nouveaux arrivants ont su réemployer les matériaux antiques du site romain de Thuburbo Minus pour restaurer et bâtir des édifices prestigieux. La Grande Mosquée de Tebourba, érigée en 1050, en est l’exemple le plus frappant : troisième plus ancien sanctuaire de Tunisie, elle fut réaménagée par les Andalous dans le respect de son caractère originel.

Le parcours de la « Route des Andalous » serpente ainsi entre les zaouïas de Sidi Ben Aïssa ou de Sidi Ali Azouz, véritables vitrines de l’art décoratif andalou avec leurs coupoles élégantes et leurs stucs finement ciselés. Mais l’héritage est tout aussi vibrant dans l’immatériel. Le projet souligne l’omniprésence de cette culture dans les patronymes des familles locales, dans la pratique du Malouf ou encore dans l’art de porter le Sefsari et la Jebba.

Un pacte pour l’avenir
Au-delà de la célébration nostalgique, ce projet porte une vision de développement local durable. En marge du lancement, les acteurs de la société civile et les autorités ont signé une charte pour la préservation des sites archéologiques de la Manouba. Ce pacte vise à garantir que ce legs, qui lie l’agriculture, l’artisanat et l’architecture, ne soit pas seulement un souvenir du passé, mais un moteur économique et culturel pour les générations futures. « La Route des Andalous » est désormais ouverte, invitant les visiteurs à une déambulation où l’histoire se raconte à chaque coin de rue.

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Auteur

La Presse

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