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De plat du “zawwali” à luxe du quotidien : la chakchouka n’est plus accessible

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  • 26 avril 2026
  • 3 min de lecture
De plat du “zawwali” à luxe du quotidien : la chakchouka n’est plus accessible

Longtemps considérée comme le symbole de la cuisine populaire accessible, la chakchouka tunisienne voit aujourd’hui son statut basculer. La hausse continue des prix des légumes de base (tomates, poivrons, oignons…) transforme ce plat emblématique en un mets de plus en plus coûteux pour les ménages tunisiens.

Une inflation qui frappe le cœur de l’assiette

Selon les dernières données de l’Institut national de la statistique, les prix des légumes frais ont enregistré une hausse d’environ +5 à +6 % sur un mois début 2026, tandis que l’inflation alimentaire annuelle se maintient autour de 6 à 7 %. Une évolution qui touche directement les ingrédients clés de la chakchouka.

Sur les marchés, la tomate oscille entre 3,5 et 5 dinars/kg selon les régions et les périodes, les poivrons ou piments dépassent régulièrement 4 à 5 dinars/kg, l’oignon, autre pilier du plat, connaît lui aussi des fluctuations à la hausse.

Résultat : préparer une chakchouka pour une famille de 4 personnes peut aujourd’hui coûter entre 8 et 12 dinars, contre 3 à 5 dinars il y a quelques années, selon les estimations basées sur les prix moyens du marché.

De “plat du pauvre” à indicateur du pouvoir d’achat

Cette évolution dépasse le simple cadre culinaire. La chakchouka, historiquement associée aux foyers modestes, devient un marqueur concret de l’érosion du pouvoir d’achat.

“Même la chakchouka est devenue hors de prix”, alertaient récemment des acteurs de la société civile, pointant une situation où les produits les plus basiques ne sont plus accessibles à tous.

Plusieurs éléments expliquent cette flambée : transition saisonnière affectant l’offre agricole, coûts de production en hausse (énergie, transport, intrants), aléas climatiques impactant les rendements, dysfonctionnements des circuits de distribution, souvent accusés d’alimenter la spéculation

Ces facteurs combinés créent une tension persistante sur les marchés, particulièrement visible sur les produits frais.

Quand la fiction rejoint la réalité

Ce basculement n’est pas sans rappeler une scène culte de la série tunisienne Choufli Hal. Le personnage de Jannet y prépare presque exclusivement de la chakchouka, par souci d’économie et pour éviter de dépenser davantage.

Une anecdote qui, à l’époque, faisait sourire par son exagération… mais qui résonne aujourd’hui différemment. Car ce choix “économique” n’en est plus vraiment un.

La transformation de la chakchouka illustre une réalité plus large : la fragilisation de l’alimentation de base en Tunisie. Ce qui était autrefois un refuge économique devient progressivement inaccessible pour une partie de la population.

Au-delà des chiffres, c’est tout un symbole culturel qui vacille. Quand un plat aussi ancré dans le quotidien change de statut, c’est le signe d’un déséquilibre plus profond entre revenus et coût de la vie.

Une évolution qui pose une question centrale : si même la chakchouka devient un luxe, que reste-t-il des plats “accessibles” ?

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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