À chaque épisode pluvieux, le même scénario se répète dans plusieurs quartiers urbains en Tunisie: des rues transformées en mares temporaires, des bouches d’égout à ciel ouvert, et une odeur persistante d’eaux stagnantes qui incommode les riverains. Derrière ces désagréments visibles et olfactifs, une question revient avec insistance : à qui incombe la responsabilité de cette gestion défaillante des eaux pluviales ?
La Presse —Au cœur du dispositif, l’Office national de l’assainissement (Onas) est chargé de la gestion des réseaux d’assainissement, notamment l’évacuation des eaux usées et, dans certains cas, des eaux pluviales. Mais sur le terrain, la réalité apparaît plus complexe. Dans plusieurs zones, les infrastructures semblent sous-dimensionnées ou mal entretenues.
Des avaloirs obstrués, parfois laissés ouverts, deviennent des pièges dangereux pour les piétons et un point de stagnation pour des eaux chargées d’impuretés. «Quand il pleut, on ne peut plus ouvrir les fenêtres», confie Mounira, habitante d’un quartier populaire du Grand Tunis. «L’odeur est insupportable, et on voit apparaître des moustiques quelques jours après».
Comme elle, de nombreux citoyens s’inquiètent des conséquences sanitaires de ces stagnations prolongées : prolifération de moustiques, risques d’infections, dégradation du cadre de vie. La municipalité de Tunis a bien entrepris ces dernières années la réhabilitation de certaines canalisations en les bétonnant contre la prolifération des moustiques comme au quartier de Ksar Saïd (Tunis) avec des résultats tangibles, mais sans aller plus loin dans les grands ouvrages. En travaillant de concert avec l’Onas pour des villes plus propres et une meilleure qualité de l’environnement, les municipalités gagneraient au change.
Une responsabilité partagée
Car l’Onas n’est pas seul en cause. La municipalité joue également un rôle clé dans l’entretien de la voirie, le nettoyage des caniveaux et la gestion des déchets solides.
Or, ces derniers sont souvent à l’origine du blocage des réseaux d’évacuation. Plastiques, sacs et détritus s’accumulent, empêchant l’écoulement normal des eaux. Une responsabilité partagée qui s’ajoute à moult dysfonctionnements.
Du côté des institutions, chacun se décharge et renvoie la balle dans un autre camp. L’Onas évoque des usages inappropriés du réseau et un manque de civisme, tandis que certaines municipalités pointent du doigt des retards dans les interventions ou un manque de coordination. Entre les deux, les habitants subissent.
Moderniser les réseaux
Au-delà du constat, des solutions existent pourtant. Une meilleure coordination entre les services, des campagnes de sensibilisation citoyenne, et surtout un entretien régulier des infrastructures pourraient atténuer ces problèmes récurr ents. Certains experts plaident également pour une modernisation des réseaux afin de mieux faire face aux épisodes climatiques de plus en plus intenses.
En attendant, sur le terrain, les habitants continuent de composer avec des trottoirs impraticables, des odeurs nauséabondes et la crainte de voir leur environnement se dégrader davantage. Car au-delà des compétences administratives, c’est bien la qualité de vie en ville qui est en jeu.



