Officiels, experts ès qualité et autres techniciens et responsables s’efforcent d’expliquer la dérive inédite des prix. Chacun y va de sa façon en avançant des arguments les uns plus distordus que les autres.
La Presse — Mais ces exercices acrobatiques n’arrivent à convaincre personne. Le consommateur étant le dernier souci de ces spécialistes.
Des explications, sans plus !
Dans sa récente intervention devant l’ARP, le ministre du Commerce en personne a justifié l’incroyable augmentation des prix de la plupart des produits, agricoles en particulier.
En apparence, ces justifications semblent tenir la route. Mais à bien y voir, elles n’ont rien de tellement persuasif..
C’est vrai que les conditions climatiques y sont pour beaucoup et que la conjoncture n’a pas contribué à améliorer les choses. Or, il faut se rendre à l’amère évidence que c’est tout le système économique qui est en cause.
Tout le monde pointe du doigt les spéculateurs sans, pour le moins, qu’on nous précise qui ils sont vraiment et comment ils opèrent. Du coup, on a l’impression d’avoir affaire à des aliens ou à des fantômes.
Sont-ils, à ce point, insaisissables ?
That’s the question.
Pourtant, cela fait des années qu’on nous dit qu’on les traque et qu’on lutte de façon incessante contre leurs pratiques.
Honnêtement, le simple citoyen ne constate quasiment rien, n’en déplaise aux services de contrôle économique et aux différentes parties engagées dans cette lutte. Malgré tous leurs efforts et malgré tous les moyens mobilisés, les résultats ne sont pas, toujours, au rendez-vous.
Alors, que faire ? Faut-il s’avouer vaincu et jeter l’éponge ?
Bien sûr que non. l’État est là pour imposer ses règles et rappeler tous les hors-la-loi aux impératifs de la bonne conduite. Ni plus ni moins.
Quant à l’incapacité de faire face à ce fléau de la spéculation, les conclusions sont simples à tirer.
Les trois maillons de la chaîne
Les contours du “champ de bataille” sont clairs.
Les trois maillons essentiels de la chaîne de distribution sont nettement définis. Il faut les maîtriser et ne laisser aucune faille dans la traçabilité de n’importe quel produit. Et, cela, du point de départ au point de chute.
Autrement dit du producteur au vendeur en passant par l’intermédiaire.
Ces circuits sont “court-circuités” et se caractérisent par une grande opacité. Les circuits officiels, si tant est qu’ils existent, ne parviennent pas à s’acquitter de leur tâche par manque de moyens. Par contre, les clandestins ont réussi à mettre sur pied une véritable logistique qui leur confère une nette supériorité pour agir. Des dizaines de camionnettes et d’utilitaires sillonnent les campagnes et les exploitations agricoles pour prendre directement possession de la marchandise convoitée.
En matière de produits maraîchers ou de fruits, la voie est, totalement, libre devant eux.
Avec des véhicules chargés à ras bord de produits, ils se postent dans les ronds-points, devant les grandes surfaces et autour des axes stratégiques.
Cela arrange la majorité des agriculteurs qui n’ont pas de quoi se plaindre puisque cette connivence leur évite bien des formalités. La marchandise est, rapidement, enlevée sans la moindre paperasse ou tracasseries administratives. De plus, les prix proposés par les intermédiaires clandestins sont plus alléchants.
C’est ce qui motive un grand nombre d’agriculteurs et les incite à se débarrasser de leurs produits de cette manière expéditive.
De là à dire qu’il y a une certaine complicité entre ces intermédiaires clandestins et ces agriculteurs il n’y a qu’un pas que nous n’hésiterons pas à franchir.
Voilà ce qui semble être le début de l’hémorragie. Car tant que les agriculteurs ne s’inscrivent pas dans des structures organisées, on ne pourra pas retracer le chemin parcouru par la marchandise cédée à des individus qui ne sont pas des collecteurs reconnus et patentés.
On peut les arrêter en cours de route, lors d’un contrôle. Mais cela reste aléatoire et insuffisant.
Où sont les GI ?
C’est pourquoi il est impératif d’organiser les agriculteurs pour leur permettre d’effectuer des transactions transparentes avec des vis-à-vis sans reproche. Dans ce contexte, les groupements professionnels sont parmi les mieux indiqués pour aider à réaliser cet objectif.
Les GIF (groupements interprofessionnels des fruits), les Gil (groupements interprofessionnels des légumes), les GiD (groupements interprofessionnels des dattes) ainsi que d’autres organisations apparentées sont appelés à se doter des outils nécessaires et à s’investir davantage dans les efforts de lutte contre la spéculation.
Passons, maintenant, au deuxième maillon de la chaîne que forment les intermédiaires-spéculateurs. Il s’agit de les traquer sans relâche de manière à les contraindre à emprunter les circuits de distribution légaux.
Venons-en, maintenant, au point de chute de tout le trafic. On veut parler des vendeurs ou des commerçants. C’est là que tout se joue et que tout se scelle. Le produit, parti à un prix donné, se voit multiplié par trois et même davantage.
Ce sont ces vendeurs clandestins qui dictent leur loi et imposent les prix qui les arrangent. Ils sont gagnants sur toute la ligne : aucune taxe à payer. Les bénéfices sont donc, nets d’impôt. C’est, justement, ce qui favorise la prolifération de ces commerces illicites. Tout le monde s’y met. Il suffit d’avoir un pick-up ou un véhicule similaire et dénicher un emplacement approprié pour s’adonner à ce commerce fort lucratif et qui ne demande rien de particulier. Excepté le non-respect des règles et des lois !



