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Culture

On nous écrit – À l’espace d’art Sadika : Une rencontre d’artistes à la hauteur de l’art

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  • 21 avril 2026
  • 5 min de lecture
On nous écrit – À l’espace d’art Sadika : Une rencontre d’artistes  à la hauteur de l’art

J’y ai retrouvé des artistes que j’aime, réuni(e)s autour d’un projet commun: celui d’exprimer leur désir de liberté et la foi en l’humain, Rachida Amara, Mouna Jmel, Najet Dhahbi, Sadika Keskes, Mohamed Ghassem et une belle surprise en la personne de l’artiste irakien Faek Rasul.

Ma visite, jeudi dernier à la résidence d’artistes de l’espace d’art Sadika (Gammarth), m’a été d’un grand réconfort, en ces temps où l’on peut perdre confiance dans l’engagement sincère et la passion qui président aux œuvres d’art. J’y ai retrouvé des artistes que j’aime, réuni(e)s autour d’un projet commun : celui d’exprimer leur désir de liberté et la foi en l’humain, Rachida Amara, Mouna Jmel, Najet Dhahbi, Sadika Keskes, Mohamed Ghassem et une belle surprise en la personne de l’artiste irakien Faek Rasul.     

Au milieu d’œuvres achevées et d’œuvres en cours,régnait une atmosphère de complicité et de bonheur, probablement celle de partager le plaisir de créer selon son désir et une sorte d’éthique de fidélité à soi. Si correspondance il y a entre les œuvres que j’ai pu voir, c’est celle de raviver l’intensité de vie contre les épreuves négatives d’où qu’elles viennent,pour puiser au fond de soi et de la mémoire commune la force de transcender les anéantissements,toujours d’actualité.

On y retrouve l’élan chorégraphique et l’allégement spirituel des anges de Rachida Amara, gravés,cette fois, à même le bois d’une vieille table métamorphosée ou sur des plats en verre soufflé, recueillis des ateliers de Sadika et devenus tondos transparents. Il y a aussi les deux personnages en suspension qui donnent à penser le destin individuel ou collectif ; d’abord celui de Sadika Keskes :sculpture au corps et membres mobiles, conçue de tubes de verre, de pâte d’argile, de pierres fossiles et qui nous interpelle par la présence archaïque de ce qui demeure humain en nous.

Ensuite, celui de Najet Dhahbi, personnage janussien imposant sa dualité sur les deux faces d’une grande peinture sur toile destinée à être suspendue : figure mythologique de tout artiste luttant entre sa force animale et sa vulnérabilité. L’énergie vitale de l’aigle humain permettrait elle, aujourd’hui, de retrouver la source naturelle de la création ?

En tout cas, le questionnement semble être au cœur de cette résidence d’artistes ; il se continue dans l’installation de Mouna Jmel qui, ayant récupéré une vieille porte d’atelier, se demande ce qu’il est advenu de la destination africaine de la Tunisie. La porte close, usée par l’Histoire et encerclée,reste refermée sur l’image d’une carte d’Afrique elle-même grillagée.

Cette fermeture de la Tunisie à son émancipation,l’artiste la reconduit dans la série en petit format qu’elle partage avec Najet Dhahbi. Dans une complicité toute esthétique,les deux amies alternent leurs œuvres dans une série hybride, à l’encadrement manifestement brut :mêlant dessin,lavis, aquarelle et peinture acrylique, elles y font apparaître des visages quasi muselés par un grillage ou d’anciens éléments de fer forgé,qui font obstruction symbolique à la liberté d’exister.

Cette démarche entre en correspondance avec les gravures imprimées, envoyées par l’artiste égyptienne Weaam El Masry, empêchée de venir ; ses images sont aussi celles de l’empêchement à exister qui se manifeste par la torsion et la tension de corps entremêlés. Cette quête du désir de vie et tout simplement d’humanité que l’on retrouve dans l’ensemble des œuvres pourrait se concentrer dans la création singulière de Faek Rasul, artiste irakien vivant à Vienne et portant en lui la mémoire des guerres et des exils.

A le voir travailler sur son papier-toile avec la mine de plomb, d’un geste répétitif et rapide qu’on croirait interminable, on a en tête l’image du tailleur de pierre ancestral (l’Homo habilis) qui lutte pour sa survie. Mais ce n’est pas de pierre qu’il s’agit, ici, mais de l’épaisseur du noir à la forme d’amibe que l’artiste allège au fur et à mesure par des traits de plus en plus fins. De cette transparence progressive pour dégager le poids de la mémoire des violences subies,naissent des êtres picturaux quasi organiques, émergés du seul potentiel de la couleur noire.

L’idée qui se dégage du procès créateur de ces artistes, unis dans une même sensibilité, est encore une fois celle de l’art comme acte de résistance à l’inhumain qui nous guette.

Rachida TRIKI

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Auteur

La Presse

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