Tribune : Quand les équilibres vacillent… le budget 2026 est-il encore viable ?
Par Halim BOUSSEMA*
Ce que traversent aujourd’hui les finances publiques tunisiennes dépasse largement un simple ajustement technique entre prévisions et exécution. Il s’agit désormais d’une rupture réelle entre les hypothèses initiales et les contraintes imposées par un environnement international en mutation rapide.
Élaboré dans un contexte relativement stable, le budget de l’État pour 2026 se trouve aujourd’hui exposé à des pressions économiques multiples, confirmées par les indicateurs publiés par l’Institut national de la statistique et la Banque centrale de Tunisie.
Des hypothèses déjà dépassées
Le budget 2026 a été construit sur une enveloppe avoisinant les 79,6 milliards de dinars, avec une prévision de croissance de 3,3 %, selon les données du ministère des Finances tunisien. Or, les dernières tendances indiquent un ralentissement plus marqué, avec une croissance qui pourrait difficilement dépasser les 2 %. Cet écart, en apparence limité, se traduit en réalité par une perte de plusieurs milliards de dinars en recettes fiscales.
Des ressources fiscales sous pression
L’État tablait sur environ 48 milliards de dinars de recettes fiscales. Toutefois, les indicateurs récents de la Banque centrale de Tunisie mettent en évidence un ralentissement de l’activité économique, une baisse de la consommation et un recul de l’investissement, rendant cet objectif de plus en plus difficile à atteindre et creusant mécaniquement le déficit budgétaire.
Le choc énergétique rebat les cartes
Le facteur le plus déstabilisant demeure l’évolution des prix de l’énergie. Le budget reposait sur une hypothèse d’environ 60 dollars le baril, alors que les prix internationaux dépassent désormais largement ce seuil. Ce différentiel pourrait engendrer un surcoût supérieur à 5 milliards de dinars, notamment en raison du poids des subventions énergétiques et de l’augmentation des coûts de production.
Un déséquilibre structurel qui s’accentue
La situation actuelle se caractérise par une double contrainte : des ressources inférieures aux prévisions et des dépenses supérieures aux engagements initiaux. Dans ce contexte, le déficit budgétaire pourrait atteindre des niveaux plus élevés que prévu, tandis que les dépenses globales pourraient dépasser les 82, voire 83 milliards de dinars si la tendance se poursuivait.
L’ajustement n’est plus technique, il est politique
Les ajustements marginaux ne suffisent plus. Une révision en profondeur s’impose à travers une loi de finances complémentaire, permettant de redéfinir les priorités et d’aligner les projections sur la réalité économique.
Vers une gestion par scénarios
Face à une incertitude internationale persistante, notamment sur les marchés énergétiques, une nouvelle approche devient indispensable. Elle doit reposer sur l’élaboration de scénarios multiples selon l’évolution des prix internationaux, la définition de mesures anticipées pour chaque hypothèse, ainsi que la mise en place d’une cellule de pilotage économique en veille permanente. Il ne s’agit plus d’un luxe de gouvernance, mais d’une exigence de stabilité.
Des choix difficiles en perspective
Les contraintes actuelles pourraient imposer des décisions délicates : la révision de la politique salariale ou le report de certaines augmentations, la maîtrise des recrutements dans la fonction publique, la reprogrammation des investissements publics, voire une hausse des prix de l’énergie, avec ses effets inflationnistes. Dans ce contexte, la question d’un retour aux négociations avec le Fonds monétaire international pourrait également se poser, avec toutes les implications économiques et sociales que cela comporte.
Conclusion : l’heure de vérité
Le débat ne porte plus sur des hypothèses théoriques, mais sur la capacité de l’État à s’adapter à une réalité mouvante. Les données issues de l’Institut national de la statistique, de la Banque centrale de Tunisie et du ministère des Finances tunisien confirment que les marges de manœuvre se réduisent rapidement.
Le choix est désormais clair : engager une révision lucide et courageuse, ou s’exposer à une dérive des équilibres difficilement maîtrisable.
H.B.
*Député indépendant




