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Société

Caravane de santé anticancer à Douar Hicher : Entre dépistage précoce et soins tardifs…

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  • 27 avril 2026
  • 6 min de lecture
Caravane de santé anticancer à Douar Hicher : Entre dépistage précoce et soins tardifs…

La Presse — Œuvrant toujours pour la lutte contre le cancer à travers la prévention, le dépistage précoce et le traitement opportun des tumeurs malignes, l’Association des malades du cancer (AMC) a organisé, samedi dernier au Complexe de l’enfance à Douar Hicher, à La Manouba, sa première caravane sanitaire multidisciplinaire pour la présente année.

Cet évènement vient en réponse favorable à la demande signifiée par le délégué de la commune. Certes, la vocation de l’établissement est essentiellement de venir en aide aux enfants en difficultés socioéconomiques, ceux sans soutien familial ou encore en situation de danger. Cela dit, des actions tout aussi sociales y sont menées couramment. Mme Hajer Hajji, directrice dudit complexe, souligne à La Presse l’importance de faciliter l’accès aux prestations sanitaires en faveur des catégories vulnérables. « Nous collaborons souvent avec d’autres institutions relevant d’autres ministères ainsi qu’avec des ONG pour répondre aux besoins de la communauté en prestations sanitaires, en actions sociales mais aussi en activités culturelles. Aussi, avions-nous ouvert les portes de l’établissement à d’autres caravanes de santé, notamment une caravane ophtalmique et autre, pédo-dentaire », indique-t-elle.

Cancers féminins et masculins

Cette fois-ci, une équipe médicale et paramédicale multidisciplinaire s’était alors déplacée pour convertir certaines salles de l’établissement en des salles de consultations en faveur des habitants de Douar Hicher. « Nous focalisons d’abord l’intérêt sur les deux premiers cancers féminins, à savoir le cancer du sein et celui du col de l’utérus. Pour ce, nous nous chargeons de l’examen des seins ainsi que des analyses de HPV et des frottis. Notre caravane, poursuit Mme Raoudha Zarrouk, présidente de l’AMC, compte en outre d’autres spécialités, notamment l’urologie et la pneumologie. L’objectif étant de dépister d’éventuels cancers touchant l’appareil urinaire comme le cancer de la prostate chez l’homme ainsi que le cancer de la vessie.

Des tests PSA sont pris en charge par l’association ». Quant au volet accordé à la pneumologie, il consiste surtout en l’information sur le cancer des poumons et en la sensibilisation sur la prévention. Pour les cas suspectés, l’association prend en charge les éventuels examens par scanner.

Des dizaines de femmes ont pris place à l’accueil de l’établissement, d’autres patientent au-devant de la salle de consultation. La plupart d’entre elles sont venues pour bénéficier d’un dépistage du cancer du sein ou du col de l’utérus. D’autres tentent leur chance dans l’espoir de décrocher une aide médico-sociale. Cohabitant avec l’ennemi dans un même corps, ces femmes mènent un combat sans merci contre la maladie. Pourtant, elles sont mal armées car ne disposant que de peu, voire très peu, de moyens…

La guérison est-elle une question de moyens ?

H.T. et F.B.O. en font partie. Deux quadragénaires, deux mamans, deux femmes vivant dans des conditions précaires sont venues, non pas pour se faire examiner, mais plutôt pour trouver un appui financier. « Les moyens financiers sont fondamentaux pour la réussite du traitement.  Dans le secteur public, un cancéreux doit patienter une année afin de décrocher un rendez-vous pour une radiographie.

Or, il risque de mourir entre-temps. En revanche, pour ceux qui ont les moyens, il est facile de recourir au secteur privé et gagner du temps dans cette course contre cet adversaire impitoyable qu’est le cancer », indique F.B.O. Cette ouvrière agricole est veuve et maman de deux adolescents. Elle est atteinte du cancer du sein depuis 2020.

Son parcours pour la guérison avait démarré par une intervention chirurgicale pour se poursuivre à travers des séances de chimiothérapie et de radiothérapie. Quant à H.T., sa lutte contre le cancer date d’une année. Pour elle, la chasse aux médicaments constitue le deuxième parcours du combattant « L’hôpital nous accorde les médicaments nécessaires pour une quinzaine de jours de traitement. Nous devons, cependant, nous débrouiller pour recevoir le traitement indispensable à une cure de six mois. C’est le dispensaire qui devrait nous le garantir. Mais en réalité, nous n’en recevons rien », indique-t-elle, frustrée.

Un système pro-métastasique !

Le calvaire que vivent les malades cancéreux pour recevoir leurs traitements respectifs et bénéficier de leur droit à la santé intrigue et le citoyen et la société civile. Mme Zarrouk montre du doigt les innombrables défaillances du système au détriment des malades du cancer. « Les hics ne manquent pas. Nous en citerons, à titre indicatif, l’encombrement des hôpitaux, les explorations tardives des cancers, surtout à l’hôpital Salah-Azaiez.

Les médicaments manquent, les appareillages aussi. Quant aux rendez-vous, ils peuvent prendre des mois, voire un an. Or, si l’on interrompt le traitement, le cancer, lui, continue à avancer à grands pas. Le système de santé, souligne-t-elle, doit trouver tout son sens dans la lutte pour la guérison. Or, ce n’est point le cas, puisqu’il ne fait que préparer le terrain à la métastase ».

Renforcer le budget et anticiper sur les imprévus

Participant à la caravane, le Dr Tarak Ben Dhiab, chef du service de chirurgie à l’hôpital Salah-Azaiez, a rappelé à La Presse que ledit établissement est le seul à assurer la prise en charge des malades du cancer dans le secteur public, et ce, depuis sa création en 1969. « La prévalence du cancer va crescendo. Les dépenses allouées à la lutte contre cette maladie augmentent continuellement, d’où l’impératif de renforcer le budget à cet effet.

En Europe par exemple, l’on tend à hisser le budget accordé à la santé de 27% et de 30% à l’horizon 2030. C’est en quelque sorte le résultat de la leçon assimilée suite à la pandémie de covid-19. Rappelons que suite au coût de la lutte contre le covid-19, le traitement de bon nombre de malades avait été relégué au second plan.

Ce virus avait même provoqué de redoutables complications chez les malades du cancer. Aussi est-il temps d’anticiper sur les éventuels imprévus épidémiques », recommande-t-il. Il appelle, par ailleurs, à l’élaboration d’un registre national du cancer ainsi que d’un plan d’action national pour lutter plus pertinemment contre cette maladie et améliorer la prise en charge des malades.

« Certes, des lacunes persistent encore, au détriment des malades, dont le manque de médicaments et d’équipements. Mais en dépit de cette réalité, la situation en Tunisie demeure nettement meilleure que dans d’autres pays classés pourtant comme développés », ajoute-t-il.

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Auteur

Dorra BEN SALEM

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