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Tribune – La Tunisie au cœur de la tempête : Le dossier de la migration irrégulière au bord d’une explosion régionale

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  • 28 avril 2026
  • 5 min de lecture
Tribune – La Tunisie au cœur de la tempête : Le dossier de la migration irrégulière au bord d’une explosion régionale

Par Halim BOUSSEMA*

Dans un contexte de tensions croissantes au Sahel, notamment au Mali, la menace n’est plus théorique ni lointaine. Elle est désormais une réalité immédiate qui exerce une pression directe sur les pays d’Afrique du Nord, en particulier la Tunisie. Nous faisons face aujourd’hui à l’une des crises les plus complexes et les plus dangereuses : l’imbrication de l’insécurité avec des flux migratoires irréguliers, dans un environnement régional fragile, susceptible de basculer à tout moment.

Les chiffres, à eux seuls, tirent la sonnette d’alarme. Selon des rapports internationaux récents, le nombre de personnes déplacées de force dans la région du Sahel dépasse les 4 millions. Par ailleurs, les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) indiquent que des dizaines de milliers de migrants empruntent chaque année les routes désertiques en direction de l’Afrique du Nord. En Méditerranée, l’année 2024 a enregistré plus de 250.000 tentatives de traversées irrégulières vers l’Europe, soit un niveau record depuis plusieurs années, avec des projections à la hausse pour 2026 si la situation perdure.

Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles traduisent une pression humaine massive qui converge progressivement vers les pays de transit, au premier rang desquels figure la Tunisie.

Le défi auquel est confrontée la sécurité nationale tunisienne ne se limite pas à la protection des frontières. Il s’agit de gérer des flux humains hétérogènes, pouvant inclure des éléments aux profils à risque, qu’ils soient liés à des réseaux de trafic organisés ou à des groupes extrémistes actifs dans la profondeur sahélienne. Le véritable danger réside moins dans le nombre que dans la nature de ces flux.

Face à cette réalité, les approches classiques montrent leurs limites. La Tunisie est appelée à adopter une vision proactive et structurée, fondée notamment sur :

• La réactivation d’un modèle de gestion de crise inspiré de l’expérience de 2011 avec le camp de Choucha, mais dans un cadre plus rigoureux et mieux encadré

• La mise en place de centres de regroupement sécurisés dans le sud, permettant une identification précise des individus et de leurs nationalités

• L’accélération des procédures de retour, en coordination avec les organisations internationales et les pays d’origine

• Le renforcement strict du contrôle des frontières terrestres, qui s’étendent sur des centaines de kilomètres en zones désertiques ouvertes

Cependant, malgré ces mesures, la Tunisie ne peut porter seule un tel fardeau.

La réponse à cette crise dépasse le cadre national : elle est fondamentalement régionale et internationale. À ce titre, l’Algérie et la Libye ont une responsabilité directe dans la sécurisation de leurs frontières et dans la coordination opérationnelle, car toute faille dans l’un de ces pays se traduira immédiatement par une pression accrue sur les autres.

Quant à l’Union européenne, elle doit prendre pleinement la mesure de la situation :

la Tunisie n’est pas seulement un pays de transit, elle constitue la première ligne de défense de la rive sud de la Méditerranée.

Si l’Europe souhaite contenir les flux migratoires, elle doit s’engager de manière concrète à travers :

• Un soutien financier direct, à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros, pour appuyer l’effort tunisien

• La mise à disposition d’équipements de surveillance avancés (drones, systèmes de détection thermique, centres de commandement intelligents)

• Un appui aux dispositifs d’accueil temporaire et de retour, dans des conditions humaines et organisées

• L’activation urgente des accords de réadmission avec les pays d’Afrique subsaharienne

Le temps presse. À l’approche de la saison estivale, marquée par des conditions maritimes plus favorables et une recrudescence des tentatives de traversée, tout retard dans l’action conduira inévitablement à un scénario critique :

convergeront vers les côtes tunisiennes, puis vers l’Europe, dans une dynamique que la Tunisie, seule, ne pourra contenir, quel que soit son niveau de mobilisation.

La position doit être claire :

la Tunisie n’est pas un garde-frontières par procuration et ne peut assumer seule les conséquences d’une crise d’une telle ampleur.

Défendre la Tunisie aujourd’hui, c’est défendre la stabilité de toute une région.

Ceux qui veulent protéger l’Europe demain doivent soutenir la Tunisie aujourd’hui — un soutien réel, immédiat, et sans calculs étroits.

Ce n’est pas une exagération… c’est un avertissement avant la crise.

H.B.
* Député indépendant

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Auteur

La Presse

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