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Pas de hausse, mais plus de beurre : que se passe-t-il ?

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  • 29 avril 2026
  • 4 min de lecture
Pas de hausse, mais plus de beurre : que se passe-t-il ?

Les prix du beurre n’ont pas officiellement augmenté, mais le produit se fait de plus en plus rare sur les étals, alimentant interrogations et inquiétudes chez les consommateurs.

Selon le président de la Chambre des grandes surfaces commerciales, Hédi Bakkour, le prix du beurre reste autour de 3 900 millimes pour 100 grammes et environ 7 700 millimes pour 200 grammes et non pas 8 200 millimes, démentant ainsi les hausses largement relayées sur les réseaux sociaux. Pourtant, dans la réalité du marché, l’accès à ce produit devient de plus en plus difficile.

“Un manque de quantités a été constaté, ce qui a provoqué un engouement chez les consommateurs. Par ailleurs, toute éventuelle hausse des prix serait imputable aux fournisseurs ou aux industriels”, a-t-il ajouté, rappelant par ailleurs que les prix du beurre sont libres et non réglementés.

En effet, derrière cette situation, c’est toute la filière laitière tunisienne qui vacille. La pénurie de beurre n’est pas un phénomène isolé, mais la conséquence directe d’un recul structurel de la production de lait. Moins de lait signifie mécaniquement moins de crème, et donc moins de beurre. Cette baisse est aggravée par une diminution du taux de matières grasses dans le lait, élément indispensable à la fabrication du beurre.

À cette contrainte de production s’ajoute un déséquilibre industriel. Les transformateurs privilégient aujourd’hui des produits plus rentables, comme les yaourts ou certaines dérivations à forte valeur ajoutée, souvent soutenues par des mécanismes de subvention. Résultat : le beurre, moins rentable, devient marginal dans les chaînes de production.

Sur le terrain, cette raréfaction se traduit par des rayons parfois vides et des ruptures de stock récurrentes, confirmées par plusieurs plateformes de distribution où certains formats de beurre sont indisponibles. Cette tension sur l’offre crée un phénomène bien connu : la ruée des consommateurs dès que le produit apparaît, accentuant encore davantage la sensation de pénurie.

Le contexte économique global n’arrange rien. La filière laitière est confrontée à une hausse des coûts de production, notamment l’alimentation animale, ainsi qu’à une diminution du cheptel. Ce cocktail fragilise les éleveurs, dont certains produisent désormais à perte, compromettant la pérennité de toute la chaîne.

Face à cette situation, les autorités ont tenté d’intervenir ponctuellement en injectant des quantités supplémentaires sur le marché, notamment lors des périodes de forte consommation. Mais ces mesures restent temporaires et ne traitent pas les causes profondes du problème.

Autre facteur aggravant, le beurre est un produit dont les prix ne sont pas réglementés. Cela laisse une marge de manœuvre aux fournisseurs et distributeurs, ouvrant la porte à des pratiques spéculatives ou à des variations importantes selon les circuits. Dans un marché sous tension, cette liberté peut accentuer le sentiment d’injustice chez les consommateurs.

Ceci pour dire que la question n’est plus seulement celle du prix, mais bien celle de la disponibilité. Dans les foyers, le beurre, produit du quotidien, devient progressivement une denrée que l’on cherche, que l’on attend, parfois même que l’on guette. Derrière cette situation, c’est un déséquilibre profond entre production, transformation et distribution qui apparaît, révélant les limites d’un système sous pression.

Et sans réforme structurelle de la filière laitière, la pénurie de beurre pourrait bien s’installer durablement dans le paysage, transformant une difficulté passagère en crise chronique.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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