Walid Ben Amor, président du cluster des industries électroniques Elentica, à La Presse : « Faire de notre secteur un levier majeur de contribution au PIB »
Rencontré en marge de la cérémonie de signature du pacte pour la compétitivité des industries électroniques, tenue récemment au siège du ministère de l’Industrie, le président du cluster Elentica, Walid Ben Amor, revient sur les atouts, les ambitions et les perspectives de structuration d’un secteur technologique à fort potentiel, appelé à jouer un rôle croissant dans l’économie tunisienne.
La Presse —Lors de cette cérémonie de signature du pacte, les industries électroniques ont été présentées comme un secteur d’excellence en Tunisie, grâce à leurs performances, mais aussi à leur attractivité pour des leaders internationaux. Pouvez-vous en dresser un bref état des lieux ?
Depuis 2017, le secteur électronique a entamé sa structuration après avoir été identifié comme un des quatre secteurs prioritaires en Tunisie. On a, donc, mis en place Elentica, le groupement des industries électroniques. Et à partir de là, on a engagé une démarche avec la coopération de notre bailleur de fonds ( GIZ) pour mettre en place le pacte de compétitivité auquel l’Etat s’est engagé, de manière pragmatique et opérationnelle. Au cours des 13 derniers mois, des commissions et des travaux de concertation ont été menés entre les différentes parties prenantes et ministères concernés. La signature de ce pacte, aujourd’hui, concrétise ainsi l’engagement des secteurs public et privé. Et l’électronique, rappelons-le, s’impose désormais dans notre quotidien. C’est dans ce contexte que l’on parle aujourd’hui de souveraineté électronique nationale. Nous œuvrons ainsi à mettre en place les bases et les infrastructures nécessaires pour faire de ce secteur un levier majeur de contribution au PIB national.
L’objectif principal de ce pacte sera, donc, d’améliorer l’attractivité de la Tunisie dans ce secteur…
Absolument. L’objectif est de drainer des investissements directs étrangers (IDE), qui constituent un levier essentiel de développement. Toutefois, l’enjeu ne se limite pas aux IDE. Le marché national est également une priorité : aujourd’hui, la majorité des intrants électroniques est importée, notamment depuis les pays asiatiques. Parmi les objectifs clés figurent, donc, l’ouverture des marchés publics, l’amélioration du taux d’intégration locale, ainsi que l’incitation des investisseurs et des promoteurs à s’intéresser davantage à ce secteur. La création d’entreprises tunisiennes est également cruciale, parce qu’il faut savoir aujourd’hui que le tissu est majoritairement composé de multinationales installées en Tunisie. L’un des enjeux majeurs consiste donc à encourager les investisseurs tunisiens à s’engager dans ce secteur, afin de créer une dynamique locale, stimuler la recherche et développement et générer des emplois qualifiés. C’est d’ailleurs pourquoi on a approché, lors de l’élaboration de ce pacte, les centres de recherche, les pôles technologiques, les instituts de formation technique, tels que les Iset, ainsi que les facultés. L’objectif est de faire de la formation académique une dynamique globale et un gage de confiance pour les investisseurs étrangers dans ce secteur.
On parle d’un pacte pour la compétitivité, donc d’un cadre de dialogue entre secteur public et secteur privé. Quels sont les engagements respectifs des deux parties ?
La dynamique de ce pacte repose sur des engagements réciproques entre les secteurs public et privé. Le secteur privé est appelé à accroître les investissements et à impulser la recherche et développement. De son côté, le secteur public s’engage à faciliter les procédures administratives et à accompagner les entreprises tout au long de leur cycle d’implantation en Tunisie, aussi bien pour les nouveaux IDE que pour les entreprises déjà installées. L’objectif est également d’améliorer l’employabilité et de garantir la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée. Car au-delà des objectifs mentionnés, il y a aussi cette ambition de créer un ancrage pour les jeunes diplômés, qui sont en train de partir à l’étranger et de mettre en place un marketing pour le site Tunisie et pour les Tunisiens, en mettant en valeur les secteurs technologiques qui sont construits en Tunisie avec des cadres tunisiens et des structures tunisiennes.
Y aura-t-il un renouvellement une fois que ce pacte aura atteint ses objectifs, fixés à l’horizon 2030 ?
Le pacte s’inscrit dans une logique d’engagement continu. Dans le secteur électronique, les cycles technologiques sont très rapides : des composants développés, il y a seulement trois ans, peuvent déjà être obsolètes aujourd’hui. Ainsi, le pacte est appelé à évoluer de manière permanente. Des commissions seront mises en place pour assurer un suivi continu, adapter les orientations aux évolutions technologiques et rester à l’écoute des besoins des investisseurs étrangers ainsi que du marché tunisien. Et la dynamique engagée ne s’arrêtera pas et se poursuivra.

