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Culture

A la galerie Selma Feriani : Corps, matière, perception

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  • 2 mai 2026
  • 4 min de lecture
A la galerie Selma Feriani : Corps, matière, perception

Deux propositions personnelles qui explorent, chacune selon des modalités distinctes, les relations entre corps, image et transformation. Déployées entre espace principal et mezzanine, Steel Genetics et A Never-Ending Masquerade mettent en jeu des processus où se croisent technologie, perception et matérialité.

La Presse — A Tunis, une double exposition s’est ouverte au public depuis le jeudi 30 avril 2026 réunissant deux expositions personnelles qui occupent des espaces distincts. Dans l’espace principal, Jessica Boubetra présente Steel Genetics. En mezzanine, Dora Dalila Cheffi propose A Never-Ending Masquerade, une exposition commissariée par Racha Khemiri.

Au cœur de la pratique de Jessica Boubetra se trouve la science-fiction, envisagée à la fois comme méthode et comme cadre conceptuel. Les œuvres de Steel Genetics sont générées par modélisation 3D paramétrique, à l’aide de logiciels reposant sur des paramètres mathématiques plutôt que sur une approche visuelle directe. Des algorithmes produisent ainsi des formes organiques selon une logique computationnelle. Ces structures numériques sont ensuite matérialisées par impression céramique 3D.

Une fois produites, ces formes entrent dans une phase de transformation manuelle. L’artiste procède à une déconstruction des éléments imprimés, qu’elle traite comme des fragments. Ceux-ci sont ensuite retravaillés selon une méthodologie artisanale et tactile : chaque composant est modelé, lissé et ajusté à la main. Les éléments en céramique sont cuits en biscuit, puis émaillés, les couleurs étant développées individuellement. L’ensemble est recomposé par collage sculptural, donnant lieu à des formes hybrides issues d’un processus qui articule calcul numérique et intervention manuelle.

Née en 1989, Jessica Boubetra vit et travaille à Paris. Sa pratique se situe à l’intersection de l’artisanat et du numérique, notamment à travers l’usage de la céramique imprimée en 3D. Ses œuvres entrent en résonance avec des thématiques présentes dans la science-fiction, où la technologie agit comme un prolongement du monde naturel. Elles interrogent la matérialité, la mémoire et le corps dans des contextes où les avancées technologiques redéfinissent ces notions. Ses sculptures peuvent être perçues comme des artefacts issus d’environnements spéculatifs, où la croissance naturelle est médiatisée par des procédés numériques, soulevant des questions sur ce qui constitue le « naturel » dans un contexte post-numérique.

En mezzanine, A Never-Ending Masquerade de Dora Dalila Cheffi se déploie comme un ensemble d’œuvres où peinture, vidéo et installation sont mobilisées. L’exposition s’organise autour d’une atmosphère où les formes et les corps se détachent de structures fixes et de certitudes anatomiques. Les compositions privilégient le ressenti et introduisent des espaces légèrement désaxés, parfois comprimés, comme si les éléments avaient été ajustés pour coexister dans un même champ.

Les images se construisent par superposition de couches chromatiques. Les arrière-plans apparaissent denses, parfois difficilement lisibles, avec des combinaisons de couleurs qui tendent vers une accumulation avant de trouver un point d’équilibre. Les figures semblent traversées par une temporalité diffuse, comme recouvertes d’une fine pellicule, tout en maintenant la persistance de leur empreinte.

Née en 1990 à Helsinki, Dora Dalila Cheffi vit et travaille entre Helsinki et Tunis. Sa pratique englobe la peinture, la vidéo et l’installation. Formée en éducation artistique à l’Aalto University School of Art, Design and Architecture, où elle a également étudié la sculpture et la peinture, elle a progressivement développé une approche centrée sur la traduction de l’observation et de l’expérience immédiate en images. Son travail se caractérise par l’usage de couleurs et de formes qui structurent des compositions issues de perceptions directes.

L’exposition en mezzanine est commissariée par Racha Khemiri, dont la pratique s’inscrit dans une approche de recherche portant sur les questions d’histoire, de représentation et de mémoire critique. Issue d’une formation en langue, littérature et civilisation anglaises à la faculté des Sciences humaines et sociales de Tunis, elle développe un travail influencé par des perspectives féministes et critiques, mobilisant la littérature, la philosophie et les archives comme cadres de réflexion.

Cette double exposition réunit deux démarches distinctes qui engagent des processus de transformation — qu’ils soient liés à la matérialité, à l’image ou à la perception — et propose une mise en relation entre des pratiques qui interrogent les conditions de production et de lecture des formes contemporaines.

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Auteur

Asma DRISSI

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