Lieu multiséculaire, le cimetière d’El Jellaz, qui offre une vue imprenable sur Tunis, abrite les tombes de milliers de Tunisiens, dont celles d’ illustres figures nationales et celles de citoyens anonymes.
Aujourd’hui, c’est une image de désolation sidérante qui choque visiteur. Là où devraient régner l’ordre et la sérénité, la nature a repris ses droits de manière anarchique. Nourries par les dernières pluies, herbes sauvages, chardons, liserons… ont proliféré rapidement, envahissant et recouvrant totalement les sépultures à plusieurs endroits.
Pour de nombreuses familles, le rituel du recueillement est devenu de plus en plus difficile : « Nous ne retrouvons même plus l’emplacement exact de nos parents. Tout se ressemble sous ce tapis de mauvaises herbes », déplore Lamia. Au-delà de l’aspect esthétique, c’est l’accessibilité et la sécurité du site qui sont remises en cause. Recouvertes par une végétation sauvage et luxuriante, les allées sont devenues, par endroits, infranchissables.
A cause des herbes épineuses et des ronces, les visiteurs, pour qui la visite s’apparente au parcours du combattant, et qui craignent de faire de mauvaises rencontres, sachant que ces herbes et plantes sauvages offrent un abri idéal pour divers nuisibles comme les insectes, les serpents et les rats_ n’arrivent plus à retrouver les tombes de leurs proches et finissent par rentrer bredouilles.
Par ailleurs, si certaines familles s’efforcent d’entretenir les sépultures de leurs proches, beaucoup d’autres tombent dans l’oubli.
Or, le respect dû aux morts est un principe fondamental de la culture tunisienne. Entretenir ces lieux, c’est honorer la mémoire collective et préserver le lien entre les générations. Le manque de travaux de jardinage et de maintenance interroge sur le problème de la gestion des cimetières municipaux.
Est-ce un manque de moyens humains, un défaut de budget ou une défaillance dans la coordination des services ? Aujourd’hui, l’urgence est de lancer une vaste campagne de désherbage et de réhabilitation car il ne s’agit pas seulement d’élaguer des plantes, mais de redonner à El Jellaz son statut de lieu sacré.
