Cours particuliers : une épreuve de force budgétaire
Le soutien scolaire n’est plus une option, c’est une épreuve de force budgétaire. Devenus un véritable fardeau pour les familles tunisiennes, les cours particuliers exercent une pression sans précédent sur les économies domestiques, atteignant ces dernières années des tarifs record qui frôlent l’indécence.
Interrogés par la radio Jawhara FM, de nombreux parents dépeignent une réalité amère : le recours aux cours privés est désormais une « fatalité incontournable », un passage obligé pour espérer décrocher le précieux sésame du baccalauréat. Bien que conscients du coût exorbitant de ces prestations, les tuteurs se disent acculés, contraints d’investir massivement pour pallier les lacunes pédagogiques et garantir une mise à niveau à leurs enfants.
Des familles acculées aux sacrifices extrêmes
L’enquête de terrain révèle des situations sociales dramatiques. Une mère de famille a ainsi confié avoir dû se résoudre à vendre ses bijoux personnels pour financer la préparation de son fils aux examens de fin d’année. Dans cette « période critique » où chaque heure de cours compte, elle s’indigne de l’évolution des modes de paiement : les honoraires sont désormais exigés à la semaine et non plus au mois, une dérive qui soulève une question de fond sur l’effectivité de la gratuité de l’enseignement en Tunisie.
Le constat est tout aussi alarmant pour d’autres foyers où la stratégie de survie repose sur le surmenage ou l’endettement. Une intervenante rapporte le cas d’une mère, pourtant en situation précaire, contrainte de cumuler deux emplois — matin et soir — pour subvenir aux besoins académiques de sa fille. Plus inquiétant encore, certains chefs de famille envisagent aujourd’hui de contracter des crédits à la consommation pour honorer les frais de scolarité parallèle de leurs enfants.
Une éducation à deux vitesses
Face à cette inflation, l’inégalité des chances se creuse. Si certains parents s’endettent, d’autres n’ont d’autre choix que de renoncer. C’est le cas d’un lycéen qui, conscient de la fragilité financière de ses parents, a choisi de limiter son soutien scolaire aux seules matières fondamentales.
Ce glissement vers une privatisation de la réussite scolaire transforme le paysage éducatif tunisien, où le diplôme semble de plus en plus dépendre de la capacité des familles à sacrifier leur propre stabilité financière.


