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Société

Près de 72 % des Tunisiens vivent en milieu urbain

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  • 18 mai 2026
  • 4 min de lecture
Près de 72 % des Tunisiens vivent en milieu urbain

Le taux d’urbanisation a atteint près de 72 % en Tunisie en 2025, tandis que la consommation de terres urbaines est estimée à environ 4 000 hectares par an, dont près de 40 % sont exploités dans le cadre d’une « expansion urbaine anarchique ». De plus, environ la moitié des ménages tunisiens ne sont toujours pas raccordés au réseau de l’Office National de l’Assainissement (ONAS), selon les données confirmées par le Dr Asma El Gharbi, enseignante-chercheuse et experte en développement territorial.

Lors d’une intervention portant sur les défis de la ville durable et les perspectives de la construction durable en Tunisie — présentée ce lundi lors d’une table ronde intitulée « Quelle vision stratégique et quelles innovations pour une construction durable de demain ? », organisée par la Chambre Tunisienne-Française de Commerce et d’Industrie (CTFCI) —, Asma El Gharbi a indiqué que ces indicateurs reflètent l’ampleur des défis urbanistiques et environnementaux auxquels le pays est confronté, en particulier face aux mutations démographiques, climatiques et sociales accélérées. Elle a estimé que l’ensemble du territoire tunisien a désormais acquis, en pratique, un caractère urbain, soulignant que cela impose de repenser le concept de construction durable dans le cadre d’une vision globale qui dépasse le bâtiment en soi pour englober tout l’espace urbain et territorial.

L’experte a insisté sur la nécessité de passer d’une logique de « bâtiment » à une logique de « ville résiliente » et de « connectivité territoriale », et ce, à travers l’intégration des principes environnementaux dans la planification urbaine et les politiques de la ville, afin de concilier les exigences du développement avec les enjeux écologiques.

Elle a estimé que le problème fondamental en Tunisie ne réside pas dans l’absence de lois ou d’institutions, affirmant que le pays dispose d’un cadre législatif et institutionnel solide et flexible. Le problème découle principalement, selon elle, du modèle actuel de gouvernance sectorielle, où « les différents secteurs fonctionnent de manière cloisonnée, sans coordination horizontale ou verticale, ce qui limite l’efficacité des politiques publiques et affaiblit la communication entre les institutions et les citoyens ».

L’enseignante chercheuse a également critiqué ce qu’elle a qualifié d’« absence » de plans opérationnels clairs malgré la multiplicité des études et des schémas directeurs, indiquant que la Tunisie a besoin de mécanismes d’exécution pratiques et de mesures applicables et mesurables.

Elle a souligné que le Plan national de développement 2026-2030 s’inscrit dans la continuité des engagements internationaux de la Tunisie, notamment les conclusions de la conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable de 2016 (Habitat III) et les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 (ODD). Elle a expliqué que ce plan adopte une approche participative et intégrée qui englobe la maîtrise de l’étalement urbain, l’intégration des centres historiques et des médinas, le soutien à la transition énergétique et à l’adaptation aux changements climatiques, ainsi que le renforcement de la transition numérique et de l’intelligence artificielle.

Concernant les solutions proposées, Mme El Gharbi a mis l’accent sur l’importance d’instaurer une gouvernance territoriale ouverte, basée sur la publication des indicateurs et des résultats ainsi que sur l’adoption de tableaux de bord stratégiques. Elle a également appelé à élargir la participation pour inclure les secteurs public et privé, la société civile et les citoyens, tout en améliorant la communication avec les habitants et les acteurs locaux. Elle a insisté sur la nécessité de passer de la phase des recommandations à celle de l’obligation légale en promulguant des lois claires qui imposent les normes de la construction durable tout en garantissant leur applicabilité et leur acceptabilité sociale.

Dans le même contexte, elle a suggéré d’adopter une politique de densification urbaine basée sur l’encouragement des formes urbaines compactes, l’optimisation de l’utilisation des sols et la réalisation de la mixité sociale et spatiale. Elle a aussi préconisé de soutenir les transports publics, d’encourager les villes cyclables et de réduire la dépendance à la voiture.

Enfin, l’experte a souligné l’importance de renforcer l’écologie urbaine en intégrant la nature au cœur des villes et en recherchant des solutions environnementales adaptées aux spécificités locales, en plus de fournir un cadre législatif permettant de généraliser les expériences innovantes et d’étendre l’impact des pratiques durables.

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Auteur

La Presse

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