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Commentaire – Lutte contre la drogue : de la riposte sécuritaire au changement de paradigme législatif

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  • 19 mai 2026
  • 4 min de lecture
Commentaire – Lutte contre la drogue : de la riposte sécuritaire au changement de paradigme législatif

Le trafic de stupéfiants prend, désormais, des dimensions dantesques. Il devient impératif d’adopter une approche plus globale, sans se limiter aux seules réponses sécuritaires, aujourd’hui mises en avant.

Plus les réseaux sont démantelés, plus d’autres émergent, au point de soulever de nombreuses interrogations sur l’ampleur du trafic de drogue en Tunisie, ses circuits et ses ramifications internationales. D’autant plus qu’il ne s’agit plus aujourd’hui d’un seul type de stupéfiants. Cannabis, cocaïne, comprimés psychotropes et drogues de synthèse circulent désormais partout, aussi bien dans les quartiers huppés que dans les quartiers populaires, dans les stades de football, les cafés ou encore les établissements scolaires.

Le phénomène semble ainsi gagner l’ensemble des espaces et des catégories sociaux. La drogue se popularise en quelque sorte et sa consommation se banalise. Plus inquiétant encore, certains réseaux impliquent des familles entières, où père, mère et enfants participent conjointement aux activités de trafic.

La prison, elle-même, ne semble plus constituer un véritable facteur de dissuasion. Nombre de trafiquants arrêtés récidivent dès leur libération. Plus grave encore, certains continuent à piloter leurs activités depuis leur cellule, transmettant consignes et recommandations aux membres de leurs réseaux à l’extérieur.

Le représentant de la Direction générale de la Sécurité nationale au ministère tunisien de l’Intérieur, Mohamed Ali Chaïbi, a dejà  sonné l’alerte en mai de l’année dernière en affirmant que « la Tunisie n’est pas un pays producteur de drogues, mais qu’elle se trouve en première ligne des routes internationales du trafic de stupéfiants en raison de sa position géographique entre l’Afrique et l’Europe ».

Il a indiqué que « la Tunisie n’est plus seulement une zone de transit, mais devient progressivement un marché de consommation, notamment pour la cocaïne, dont les quantités saisies ont fortement augmenté ces dernières années ». Il a par ailleurs souligné la complexification des réseaux de trafic, impliquant notamment des circuits passant par la France et l’Espagne, ainsi qu’une implication de membres de la diaspora tunisienne en Europe.

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, a dénoncé en avril dernier lors d’une séance plénière à l’Assemblée des représentants du peuple, « l’existence de complots extérieurs utilisant la drogue pour affaiblir la population », sans donner d’autres informations. Érigée en enjeu de souveraineté nationale, il a ajouté que « la lutte anti-drogue cible désormais prioritairement les grands trafiquants et les réseaux transfrontaliers, plutôt que de pénaliser systématiquement les consommateurs ».

Cette stratégie sécuritaire, qui implique une surveillance accrue des frontières et une coopération internationale, doit s’accompagner de mesures préventives, éducatives et sanitaires pour être pleinement efficaces. Nouri a appelé par la même occasion à intensifier la lutte contre la drogue et la violence, estimant qu’une mise à jour de la législation anti-drogue est désormais nécessaire pour mieux protéger la jeunesse tunisienne.

Aujourd’hui, il est question beaucoup plus de mieux légiférer pour serrer davantage l’étau autour des narcotrafiquants. Dans ce contexte, un projet de loi modifiant la loi n° 1992-52 relative à la lutte contre les infractions en matière de stupéfiants en Tunisie est en cours d’examen à l’Assemblée des représentants du peuple.

En combinant une fermeté inflexible face aux réseaux criminels transfrontaliers et une approche préventive à l’égard des consommateurs, cette réforme amorce indubitablement un véritable changement de paradigme. La Commission de législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple s’est déjà attelée à cette tâche en tenant deux séances d’audition sur cette proposition de loi : la première avec les professionnels de la pharmacie le 7 mai dernier, et la seconde pas plus tard qu’hier, lundi 18 mai.

Frapper le haut de la pyramide (les barons de la drogue et dealers) et soigner la base (les consommateurs), c’est là, le grand virage que tente aujourd’hui le pays. Plus qu’un simple texte de loi, c’est un espoir pour des milliers de familles qui réclamaient qu’on protège leurs enfants plutôt que les enfermer. Les députés ont désormais les cartes en main, mais sur le terrain, le compte à rebours est déjà lancé.

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Auteur

Samir DRIDI

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