Menée conjointement par la Fondation Office de l’urbanisme et l’Association Intersection pour les Droits et les Libertés, une note de recherche s’est penchée sur les cas tunisien et égyptien. Elle examine comment les écarts de salaire entre femmes et hommes limitent l’accès des femmes à un logement adéquat. Voici les résultats et les recommandations pour la Tunisie.
Intitulée « Les villes comme facteur de production des inégalités : l’écart salarial entre les femmes et les hommes et son incidence sur la capacité des femmes à accéder au droit au logement adéquat », l’étude analyse la relation structurelle entre les inégalités économiques sur le marché du travail et la réalisation du droit au logement dans les contextes urbains égyptien et tunisien. Les résultats présentés ci-dessous concernent spécifiquement la Tunisie.
Selon la note, le taux de participation des femmes tunisiennes à la population active atteint 55,48 %, contre 72,87 % pour les hommes. L’écart salarial global s’élève à 10,4 % en faveur des hommes. Le salaire mensuel moyen géométrique s’établit à 643,3 dinars tunisiens pour les hommes et à 582,7 dinars pour les femmes. Environ 13,9 % de cet écart salarial demeure inexpliqué par les facteurs de niveau d’éducation ou d’expérience et est attribué à la discrimination fondée sur le genre. La discrimination apparaît particulièrement marquée dans le secteur public.
Parallèlement, les prix de l’immobilier ont fortement augmenté. L’indice des prix de l’habitat et des services a atteint un record historique de 163,90 points en décembre 2025, contre 97,70 points en janvier 2015. L’indice des prix des appartements résidentiels est passé de 160,7 points au deuxième trimestre 2022 à 178,5 points au premier trimestre 2024, tandis que celui des maisons individuelles est monté de 151,7 à 175,1 points sur la même période. Les prix des terrains ont dépassé les 180 points au quatrième trimestre 2023.
Ces écarts salariaux conjugués à la hausse des coûts du logement se traduisent par une capacité relative des femmes à supporter les dépenses de logement qui ne représente que 90,6 % de celle des hommes.
Face à ce constat, la note recommande d’adopter une approche fondée sur les droits reliant justice économique et droit au logement. Elle préconise de renforcer les mécanismes de contrôle pour garantir l’égalité salariale et réduire la précarité des contrats de travail des femmes. Elle appelle également à adapter les politiques de logement, les programmes d’habitat social et le financement immobilier aux disparités de revenus liées au genre, à mettre en place des mécanismes alternatifs d’évaluation du crédit, et à assouplir les conditions de garanties qui excluent souvent les femmes.
La note insiste en outre sur la protection des locataires et des femmes chefs de ménage contre les expulsions arbitraires, sur la connexion des programmes de logement à des réseaux de transport urbain efficaces, sur le développement de bases de données gouvernementales ventilées par sexe, et sur l’harmonisation de la législation nationale avec les engagements internationaux en matière d’urbanisme inclusif.
En croisant données d’emploi, indices immobiliers et analyse des discriminations salariales, l’étude met en évidence un mécanisme structurel : les inégalités de genre sur le marché du travail se traduisent concrètement par une moindre capacité des femmes à accéder à un logement adéquat en Tunisie. Les recommandations appellent à une action coordonnée, mêlant politique salariale, réforme du crédit immobilier et protection sociale.



