Mes humeurs – La«Türkiye» à table
La Presse — Jeudi dernier, en guise de prélude à la Semaine de cuisine turque célébrée chaque année du 21 au 28 mai à travers le pays et dans plusieurs capitales du monde, l’ambassade de Turquie a convié des représentants de plusieurs corps de métier (dont celui des journalistes) à un diner-dégustation pour le lancement de cet événement placé sous l’égide du ministère turc de la Culture et du Tourisme. Cette cinquième édition de Turkish Cuisine Week a choisi un thème à résonance culturelle : « La table du patrimoine». Un titre générique qui a pour but de raconter la terre et les hommes qui l’habitent à travers la nourriture.
J’ai souvenir de mes voyages dans ce vaste pays (dont un qui a duré plus d’un mois) que ses habitants sont généreux et larges dans l’hospitalité, mais pas que, en amateur de bouche, j’ai remarqué le développement vertigineux (tourisme aidant) de la cuisine turque. Désormais, elle apparaît comme une œuvre collective en perpétuelle métamorphose en s’imposant dans les grandes métropoles (particulièrement européennes). Explorer cette riche cuisine, c’est s’aventurer dans un puits sans fond où mijotent les siècles, les peuples et les rêves ; elle naît si loin dans le passé qu’aucun érudit n’oserait lui assigner un commencement ; elle avance à travers les siècles comme une mémoire vivante. Dans une seule assiette semblent se rencontrer les voix méditerranéenne, anatolienne, persane, arabe, balkanique, caucasienne et ottomane, comme si chaque saveur portait en elle la trace d’un voyage immémorial. C’est ce que nous avons constaté en goûtant la cuisine du chef Netget Tunka, venu spécialement de Turquie ; « Nous avons préparé des plats de la plupart des régions », nous confie-t-il. A table, les Köfte, les Manti (ravioli turcs), les dolmas, les poivrons farcis, les Banadhej, la Mhalbia, et les deux plats phares inscrits au patrimoine de l’Unesco: le Keskek, (préparation à base de blé et viande de mouton) et l’incontournable Baklava de la région de Gaziantep. A la lumière des commentaires, les convives ont fortement apprécié. Le thème de cette cinquième édition se déploie autour de trois dimensions essentielles : le dialogue, la transformation et l’archive ; les organisateurs, au premier desquels Son Excellence l’ambassadeur Ahmet Mısbah Demircan (qui a livré un discours raffiné sur la cuisine turque), ont mis les bouchées doubles pour mettre en valeur ces dimensions. Le dialogue : parce que la table demeure l’un des derniers lieux où les cultures se rencontrent sans se heurter ; autour d’un repas, les époques conversent ; les traditions anciennes dialoguent avec les sensibilités contemporaines. La cuisine se mue en langage universel, capable de relier les peuples mieux que de longs discours.
La transformation : celle des recettes transmises de génération en génération, qui changent sans perdre leur âme.
Enfin, l’archive : peut-être la plus originale idée de cette édition. Car les cuisines sont souvent les bibliothèques secrètes des peuples, elles conservent ce que les chroniques oublient: les habitudes des familles, les saisons de l’exil, les récoltes, les fêtes, les douleurs et les joies modestes. Chaque table devient alors une archive vivante, recréée chaque jour dans le parfum des plats chauds, la lenteur des ragoûts savoureux et des desserts parfumés.
En somme, tout dans cette dégustation respirait un air et un esprit de « Türkiye.



