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Editorial

Au-delà du protocole, nous organisons la dignité

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  • 19 juin 2026
  • 3 min de lecture
Au-delà du protocole, nous organisons la dignité

Les mots prononcés hier par le chef du service de médecine légale à l’hôpital Charles-Nicolle viennent de briser une glace épaisse, celle d’un tabou honteux: la moitié des victimes de violences sexuelles demeurent, aujourd’hui encore, des ombres errant dans le non-dit.

L’annonce de ce nouveau protocole national de prise en charge médico-légale est, à n’en point douter, une avancée capitale. En autorisant une prise en charge d’urgence dans les vingt-quatre heures et en décentralisant l’expertise vers les gynécologues et urgentistes formés — palliant ainsi le vide médical de certains gouvernorats —, nous ne nous contentons plus de constater les dégâts.

Nous organisons la dignité. Harmoniser les mécanismes, conserver les preuves génétiques, offrir un soutien psychologique immédiat: voilà l’armature technique, la structure nécessaire pour que la douleur de la victime ne soit plus synonyme d’errance judiciaire. C’est une main tendue par l’État, un rempart médical contre le traumatisme.

Pourtant, malgré l’excellence de cette architecture clinique, une question demeure, lancinante, impitoyable. À quoi servira le plus précis des protocoles si le poids du regard social continue d’écraser celles qui osent franchir la porte des urgences ? Le véritable scandale, la blessure la plus profonde, ne réside pas dans nos procédures, mais dans nos mentalités.

Nous vivons dans une société où la honte, ce poison insidieux, a pris l’habitude de changer de camp, délaissant l’agresseur pour se loger dans la chair de la victime. Nous avons érigé des tribunaux invisibles où le jugement social, plus expéditif que la justice des hommes, condamne les femmes au silence, à la culpabilité, au repli. La honte, cette crainte dévorante de la stigmatisation, est le verrou principal qui maintient le crime dans l’obscurité.

Ce protocole est une prouesse médicale, mais il ne sera qu’une prouesse vaine s’il n’est accompagné d’une révolution culturelle. Tant que nous regarderons la victime comme un paria plutôt que comme une survivante, tant que le poids du qu’en-dira-t-on sera plus lourd que le droit à la vérité, nous ne soignerons que la surface de la plaie. Il nous faut déconstruire, pierre par pierre, ce mur de préjugés. Car la médecine, aussi savante soit-elle, ne pourra jamais suturer la fracture d’une société qui préfère encore fermer les yeux pour ne pas avoir à affronter son propre reflet.

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Auteur

Salem Trabelsi

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