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Tunisie : 11 millions de touristes… mais seulement 250 dollars par visiteur

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  • 26 juin 2026
  • 3 min de lecture
Tunisie : 11 millions de touristes… mais seulement 250 dollars par visiteur

Un débat de fond s’est intensifié en Tunisie autour de la véritable performance du secteur touristique, après la publication de données et analyses mettant en lumière un écart entre le volume élevé de visiteurs et le niveau des recettes générées par l’activité.

Selon les chiffres évoqués dans le débat public, la Tunisie aurait accueilli environ 11 millions de touristes en 2025, pour des recettes touristiques estimées à 8,09 milliards de dinars. Ces performances, présentées comme un record en termes d’arrivées, relancent toutefois les interrogations sur la rentabilité réelle du secteur.

Au cœur de la controverse figure la question de la dépense moyenne par visiteur. Plusieurs analyses avancent que le dépense moyenne d’un touriste en Tunisie serait d’environ 250 dollars, un niveau jugé relativement faible par rapport à certains pays concurrents de la région. À titre de comparaison, les mêmes analyses évoquent une dépense moyenne d’environ 742 dollars au Maroc et 937 dollars en Égypte.

Ces écarts alimentent le débat sur le modèle touristique tunisien, jugé par certains observateurs davantage orienté vers le volume que vers la valeur ajoutée. Toutefois, plusieurs experts appellent à la prudence dans l’interprétation de ces chiffres, estimant que les méthodes de calcul des arrivées touristiques influencent fortement les résultats.

La controverse porte notamment sur la définition des visiteurs inclus dans les statistiques. Certains spécialistes estiment que l’intégration des Tunisiens résidant à l’étranger ainsi que de certains visiteurs régionaux, notamment algériens et libyens, peut fausser les moyennes de dépenses, ces catégories ayant des comportements de consommation différents des touristes internationaux traditionnels.

D’autres analystes défendent une lecture plus structurelle du problème. Ils estiment que le secteur touristique tunisien reste fortement dépendant de l’hôtellerie balnéaire et des séjours en formule tout compris, limitant ainsi les dépenses hors hébergement et réduisant les retombées économiques globales.

Selon ces mêmes analyses, la faiblesse des activités hors hôtels, notamment les loisirs nocturnes, les excursions et les expériences culturelles diversifiées, contribue également à limiter le panier moyen du touriste.

Certains experts évoquent également l’impact des choix d’investissement postérieurs à 2011, estimant que la Tunisie a accusé un retard par rapport à des destinations concurrentes comme le Maroc ou la Turquie, qui ont renforcé leur montée en gamme et diversifié leur offre touristique.

Le modèle tunisien est ainsi décrit par plusieurs intervenants comme reposant à près de 80 % sur l’hôtellerie de moyenne gamme, ce qui limite l’attractivité pour une clientèle à forte capacité de dépense.

Face à ces constats divergents, plusieurs pistes de réforme sont avancées. Elles incluent la diversification de l’offre touristique vers les segments culturel, saharien, écologique et religieux, le développement des activités hors hébergement, ainsi que la modernisation des infrastructures et des sites touristiques.

D’autres propositions portent sur l’amélioration de la connectivité aérienne, notamment à travers une ouverture accrue du marché du transport aérien, ainsi que sur une montée en gamme globale de la destination afin d’attirer des visiteurs à plus fort pouvoir d’achat.

Enfin, plusieurs intervenants appellent à une révision des méthodes de calcul et de classification des flux touristiques afin de mieux refléter la réalité économique du secteur et d’orienter plus efficacement les politiques publiques.

R.I

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Auteur

La Presse