Editorial

Le drapeau contre le mensonge

  • 8 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Le drapeau contre le mensonge

Il est des mensonges qui ne se contentent pas de travestir la réalité : ils cherchent à la fabriquer. En affirmant sur la chaîne américaine Fox News que «certains villages chrétiens du Sud-Liban ont demandé à être annexés» à son Etat, Netanyahu n’a pas seulement lancé une déclaration spectaculaire destinée à son opinion publique et à ses alliés occidentaux. Il a tenté d’installer un récit politique dont chacun devine les objectifs : présenter son Etat non comme une puissance occupante, mais comme un protecteur ; non comme un belligérant envahisseur mais comme le refuge naturel des minorités chrétiennes du Proche-Orient.

Cette affirmation n’a pourtant résisté que quelques heures à l’épreuve des faits. Les maires des localités concernées, à commencer par celui de Rmeish, Hanna al-Amil, l’ont catégoriquement démentie. Quinze villages chrétiens ont publié un communiqué réaffirmant leur fidélité à leur identité nationale et leur attachement indéfectible au drapeau libanais. Plus qu’un démenti, c’est un rappel d’évidence : on peut refuser la domination d’un mouvement, sans pour autant souhaiter devenir sujet de l’Etat sioniste. Entre les deux, il n’existe qu’une seule voie, la vraie, celle de l’appartenance au Liban. Cette mise au point mérite d’être entendue.

Depuis le début de l’occupation, les villages chrétiens du Sud ont payé un lourd tribut, plusieurs d’entre eux ont été bombardés, des maisons détruites, des centaines de familles déplacées, des églises endommagées. Ceux qui sont restés sur leurs terres l’ont fait au prix d’une résistance silencieuse, refusant l’exil, comme ils refusent aujourd’hui qu’on parle en leur nom. Ils savent que leur survie dépend avant tout de leur enracinement dans cette terre libanaise où leurs ancêtres vivent depuis des siècles.

Les chrétiens du Liban ne sont pas une population flottante à la recherche d’un protecteur étranger. L’histoire leur a appris à se méfier des puissances qui prétendent les sauver, tout en poursuivant leurs propres desseins géopolitiques. Depuis l’époque des mandats coloniaux, des interventions régionales aux rivalités internationales, ils savent que les promesses de protection cachent souvent des ambitions de domination.

Les propos de Netanyahu ne relèvent donc pas de la simple maladresse diplomatique ; ses mensonges participent d’une stratégie plus vaste visant à fragmenter les sociétés arabes selon des lignes confessionnelles. Faire croire que les chrétiens souhaiteraient rejoindre l’Etat sioniste revient à opposer les Libanais entre eux, à nourrir la suspicion et à affaiblir davantage un pays déjà meurtri par les crises politiques, économiques et militaires.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. En affirmant que l’occupant protège les chrétiens «partout», Netanyahu tente d’accréditer l’image d’un État défenseur des minorités, alors même que ses bombardements n’ont épargné ni villages chrétiens, ni églises, ni infrastructures civiles. On voit clairement que la réalité des destructions contredit le discours de la protection.

Le Liban traverse une période tragique où chaque communauté est éprouvée. Les chrétiens du Sud ne demandent ni tutelle ni annexion, ils réclament simplement le droit élémentaire de vivre en paix sur leur terre, sous leur propre drapeau. Leur réponse aux déclarations sionistes est, à cet égard, d’une remarquable dignité. Elle rappelle que le patriotisme ne se mesure pas à la proximité d’une frontière, mais à la fidélité à une histoire commune.

Auteur

Hamma Hannachi

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