Editorial

Gaza : la paix sous conditions

  • 12 août 2026
  • 4 min de lecture
Gaza : la paix sous conditions

Il y a, parfois, des mots qui en disent davantage que de longs discours. En deux mots, «On rejette le plan» Netanyahu, vient de rappeler une vieille règle de la diplomatie au Proche-Orient : la paix peut être proposée, négociée, acceptée, paraphée même ; il suffit que l’Etat sioniste dise non pour qu’elle retourne au tiroir des illusions.

Le scénario aurait pourtant pu sembler encourageant. Le Hamas a accepté la dernière feuille de route américaine, un document en quinze points présenté fin juillet par le «Conseil de la paix» de Donald Trump et censé ouvrir la deuxième étape du plan pour Gaza. Les signataires du document pouvaient donc se féliciter d’avoir obtenu un premier accord de principe. Restait à convaincre le boucher de Gaza. C’est précisément là que la mécanique s’est grippée.

Netanyahu, toujours aussi arrogant et retors, n’a pas tardé à rappeler qui, à ses yeux, détenait la clé : son gouvernement «rejette» le document et son armée d’occupation n’effectuera «aucun retrait» du territoire palestinien tant que le Hamas ne sera pas «véritablement désarmé». La condition est posée. Et avec elle, une question presque naïve : que reste-t-il à négocier lorsque l’une des parties fixe elle-même le résultat à atteindre avant d’accepter de commencer ?

Le désarmement du Hamas serait-il une question centrale pour toute paix durable ? L’exiger comme préalable absolu à tout retrait revient à placer la négociation devant un étrange paradoxe : le retrait, qui devrait être l’une des composantes de l’accord, devient la récompense hypothétique d’un désarmement dont les modalités restent précisément à négocier.

Ainsi va la diplomatie, selon Netanyahu : la paix, oui, mais après. Après le désarmement, après les garanties, après les vérifications, après toutes les conditions que l’on pourra encore ajouter. Le problème est que cet «après» a cette curieuse propriété de ne jamais arriver.

Et Washington ? Il présente son plan comme une étape décisive vers la paix, mais découvre une fois encore que la puissance américaine n’est pas nécessairement synonyme d’autorité politique. Donald Trump peut élaborer des plans, créer des «conseils de la paix», proclamer des échéances et multiplier les déclarations solennelles. Encore faut-il que son principal allié accepte de les appliquer.

Le plus troublant est peut-être là : un plan américain accepté par le Hamas se trouve rejeté par l’Etat sioniste, et Washington semble devoir désormais convaincre son protégé d’accepter ce qu’il a lui-même proposé. La diplomatie américaine aurait-elle donc inventé une nouvelle forme de médiation : négocier avec celui que l’on est censé soutenir ?

Pendant ce temps, Gaza attend. Gaza n’a pas le luxe des subtilités diplomatiques ; elle compte ses morts, ses ruines, ses déplacés et ses enfants privés d’avenir. Pour ses habitants, la paix n’est ni une «feuille de route», ni un document en quinze points, ni une promesse présidentielle. Elle est la possibilité très concrète de vivre encore demain.

Le véritable enjeu est donc moins de savoir si le Hamas acceptera les termes du plan américain que de savoir si l’occupant acceptera, lui aussi, de renoncer à certaines de ses certitudes. Car une paix imposée à l’un et négociée avec l’autre ne serait pas une paix, mais une suspension provisoire de la guerre.

À force de conditions, de veto et de lignes rouges, Netanyahu risque de transformer la paix en objectif perpétuellement repoussé (ce qui n’est point étonnant de sa part). Et l’Amérique de Trump, si elle veut éviter que son grand projet ne devienne une nouvelle promesse sans lendemain, devra répondre à une question simple : qui, à Washington, aura le courage de dire non à celui qui vient de dire non à la paix ?

Auteur

Hamma Hannachi

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