Dans les ruelles bétonnées des cités populaires tunisiennes, la jeunesse cherche son espace mais elle ne le trouve pas. Elle finit par se l’accaparer de force en l’insuffisance d’espaces récréatifs et sportifs dédiés à cette tranche d’âge. En effet, le constat est sans appel à quiconque arpente ces zones urbaines à forte densité : dans les quartiers populaires, les infrastructures de loisirs et d’équipements sportifs de proximité destinés aux enfants et aux jeunes sont insuffisants, hormis de rares maisons de jeunes qui n’attirent presque personne, en raison d’un programme qui séduit peu cette tranche d’âge.
Ce vide récréatif façonne le quotidien de centaines d’enfants et d’adolescents, qui faute de parcs verdoyants, de pistes cyclables sécurisées ou d’aires de jeux aménagées….. passent leurs journées confinés au domicile, le regard rivé sur l’écran de leur téléphone portable.. Une sédentarité forcée qui représente un risque pour leur santé.
Pour les plus grands, l’oisiveté prend la forme de regroupements informels au bas des immeubles. Sans alternatives culturelles, éducatives ou sportives pour canaliser leur énergie, ces adolescents deviennent une cible vulnérable face aux comportements à risque, de la consommation de tabac et d’alcool à l’engrenage de la toxicomanie.
Face à cet enjeu de bien-être et de cohésion sociale, l’expérience municipale européenne offre un modèle à suivre. Depuis plusieurs décennies, les politiques de la ville ont intégré des équipements sportifs et ludiques ultramodernes au cœur des quartiers prioritaires et des cités HLM. Piscines collectives, terrains synthétiques de football et de basket-ball, clubs de boxe, salles de gymnastique et parcours de santé y sont rendus accessibles au plus grand nombre. Grâce à des mécanismes de gratuité ou des tarifs préférentiels, les familles à revenus modestes bénéficient de programmes de loisirs et sportifs pour leurs enfants.
L’importation adaptative d’un tel modèle en Tunisie répond à des besoins devenus urgents, accentués par les défis climatiques contemporains. Avec la multiplication des vagues de chaleur estivales, l’aménagement de piscines municipales et d’espaces verts rafraîchissants dans les cités de la périphérie tunisienne ne relève plus du simple confort, mais d’une nécessité d’aménagement du territoire. Terrains de proximité, parcours de glisse urbaine ou clubs sportifs gérés par des associations de quartier permettraient de transformer en profondeur le cadre de vie local.
Pour concrétiser cette ambition sans alourdir des finances communales déjà sous tension, le Partenariat Public-Privé (PPP) s’impose comme un levier stratégique. En confiant la gestion et l’animation de ces infrastructures à de jeunes entrepreneurs ou au tissu associatif local, les municipalités stimuleraient l’entrepreneuriat social tout en créant des emplois pérennes dans le secteur de l’animation urbaine.
Ce modèle garantirait ainsi aux jeunes des quartiers populaires un accès permanent et abordable à des activités sportives et récréatives au cœur même de leur quartier ou cité. Une démarche doublement vertueuse : elle préserverait la jeunesse des comportements à risque, tout en constituant un formidable tremplin pour révéler de nouveaux talents sportifs ou artistiques.



