La figue de Barbarie en péril : la production chute de 60% à cause de la cochenille
Face à la progression fulgurante de la cochenille asiatique, les agriculteurs et producteurs de figues de Barbarie du bassin de Zelfane — qui s’étend sur les délégations de Thala, Foussana et El Ayoun, dans le gouvernorat de Kasserine — ont lancé un appel d’urgence aux autorités régionales et centrales. Ils réclament une intervention immédiate afin de sauver ce qui reste des plantations, le « sultan des fruits » constituant la principale source de revenus pour des dizaines de milliers de familles, ainsi qu’un patrimoine national menacé d’extinction.
Dans une déclaration accordée à l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP), Mohamed Rochdi Bennani, président de l’Association nationale pour le développement de la figue de Barbarie et investisseur dans la transformation industrielle du fruit, a révélé que la récolte de l’année 2026 accuse une chute drastique. La production est ainsi passée d’environ 250 000 tonnes lors de la saison écoulée à près de 100 000 tonnes actuellement, sous l’effet des ravages causés par le parasite. Il a exprimé ses vives craintes quant à l’absence totale de production pour la saison prochaine si la situation demeure en l’état.
Le responsable a précisé que les dégâts enregistrés au bassin de Zelfane — premier pôle de production du pays — varient de moyens à sévères. Il a toutefois souligné qu’une partie des vergers, notamment ceux moyennement touchés, reste sauvable. Cela conditionne une action urgente visant à enrayer la propagation de l’insecte, protéger les cultures saines ou secourues, et permettre la régénération des parcelles détruites une fois le fléau éradiqué.
Bennani s’est montré critique envers la lenteur de la réaction du ministère de l’Agriculture, estimant que les efforts déployés ne sont pas à la hauteur de la catastrophe. Il a pointé du doigt les retards dans la passation des marchés publics destinés aux opérations de traitement et d’arrachage des raquettes infectées. Selon lui, cette crise aux allures de « pandémie » exigeait des mesures d’exception et d’urgence plutôt que des procédures administratives classiques, ce retard ayant grandement favorisé la contagion au cœur de la zone de production.
Malgré la mobilisation des agriculteurs locaux, les initiatives individuelles restent insuffisantes. Le président de l’association appelle donc à intensifier les interventions collectives, à fournir les produits phytosanitaires adéquats et à renforcer l’encadrement technique. Rappelant la spécificité socio-économique vitale de la figue de Barbarie à Kasserine, il avertit que le maintien du statu quo conduira à l’effondrement définitif d’un secteur faisant vivre des dizaines de milliers de foyers. À ce titre, il lance un appel pressant au ministre de l’Agriculture, au ministre de l’Intérieur et au président de la République afin que ce dossier soit traité avec toute l’importance qu’il requiert.
Sur le plan technique, le Président de l’association a indiqué que des essais menés par des membres de l’association ont révélé une certaine efficacité des huiles minérales dans la lutte contre la cochenille. Il a préconisé l’adoption de méthodes de lutte encadrées par les services spécialisés et l’homologation stricte des insecticides utilisés afin d’en garantir l’innocuité pour le consommateur et la culture.
De son côté, Khmaies Hichri, agriculteur originaire de la localité Henchir El Ouerghi (délégation de Thala), a appuyé la nécessité d’une prise en charge rapide par le ministère. Il a indiqué que les producteurs ont sollicité à maintes reprises les services agricoles régionaux pour l’organisation d’une campagne de traitement collectif, sans obtenir à ce jour une réponse à la hauteur des enjeux. Bien que certains traitements individuels aient apporté de légers résultats, seule une action collective permettra d’endiguer le parasite.
Concernant la lutte biologique, M. Hichri a déploré que la zone d’Henchir El Ouerghi n’ait pas encore bénéficié du lâcher de coccinelles — prédateurs naturels de la cochenille —, contrairement à des essais menés dans la localité de Zelfane El Bennana (Foussana). Il exhorte les autorités à généraliser cette méthode sur l’ensemble du bassin de Zelfane, avertissant que le manque de fermeté et de globalité dans l’action risque d’entraîner la disparition définitive du fruit dans la région.
Pour rappel, le gouvernorat de Kasserine, et tout particulièrement le bassin de Zelfane, figure parmi les plus grands bassins phares de production de la figue de Barbarie en Tunisie. La région compte près de 100 000 hectares de cultures, dont environ 3 000 hectares en mode biologique. En période normale, Kasserine fournit environ 250 000 tonnes par an, soit près de la moitié de la production nationale. Véritable pilier économique et social, la filière génère près de 40 000 emplois (principalement féminins) et injecte environ 80 millions de dinars par an dans l’économie. Sa sauvegarde constitue désormais une priorité économique, sociale et environnementale absolue pour la région et le pays tout entier.



