Editorial

Gaza : Trump dépêche Kushner, Netanyahu résiste

  • 19 août 2026
  • 4 min de lecture
Gaza : Trump dépêche Kushner,  Netanyahu résiste

La diplomatie américaine retourne à la case Gaza. Jared Kushner, émissaire et gendre de Donald Trump, a rencontré Netanyahu pour tenter de débloquer un plan de paix auquel ce dernier a opposé une fin de non-recevoir. La rencontre pouvait sembler n’être qu’une nouvelle donne de l’interminable ballet diplomatique autour de Gaza. Elle se voulait décisive et avait pour intention de franchir le cap des déclarations de principe pour entrer dans celui, autrement plus difficile, de sa mise en œuvre.

Le paradoxe est saisissant, le Hamas a accepté, fin juillet, la feuille de route américaine censée ouvrir la deuxième étape du plan. Celle-ci prévoit notamment le désarmement du mouvement et le retrait des forces occupantes du territoire palestinien. Or l’accord de l’un ne vaut pas l’acceptation de l’autre. Le boucher de Gaza a rejeté le texte, exigeant un désarmement «véritable» du Hamas. On aimerait bien savoir ce que «véritable» veut dire.

Voilà donc la diplomatie américaine confrontée à son propre dilemme, Washington doit convaincre son allié sans perdre le Hamas, obtenir le désarmement du mouvement palestinien sans donner à celui-ci le sentiment d’une capitulation imposée, et organiser un retrait de l’armée tout en garantissant que Gaza ne pourra plus servir de base à des attaques contre l’Etat sioniste.

Jared Kushner n’est pas arrivé les mains vides, après avoir rencontré dimanche des responsables du Hamas en Égypte, il aurait insisté sur la nécessité d’un désarmement assorti de mesures «vérifiables».

L’émissaire américain a clôturé lundi deux jours de rencontres avec les dirigeants des deux camps mais aucun signe d’une avancée imminente n’est apparu, les deux parties campant chacune sur sa position. Principale pomme de discorde : le désarmement du mouvement palestinien, Washington et l’État sioniste sont convenus de confier ce processus à un général américain.

Car Gaza n’est pas seulement un problème de sécurité, c’est principalement un territoire ravagé, une population déplacée, une société meurtrie et une politique presque entièrement bouchée. Désarmer le Hamas ne suffira pas à construire la paix si le vide ainsi créé n’est pas aussitôt occupé par une autorité légitime, capable d’administrer Gaza, de reconstruire ses infrastructures et de redonner à ses habitants une perspective politique.

C’est là que se trouve la faiblesse de toute diplomatie réduite au seul impératif sécuritaire, on peut faire taire les armes sans faire disparaître les causes du conflit, on peut neutraliser une organisation sans effacer le désespoir qui nourrit son influence. Et l’on peut exiger des garanties de sécurité sans offrir en retour une ouverture réelle d’horizon aux Palestiniens; Netanyahu, retors comme il est, le sait sûrement mieux que quiconque. Son refus ne peut être interprété que comme une volonté de préserver les intérêts sécuritaires, il peut aussi apparaître comme une manière de retarder le moment où il devra répondre à une question autrement plus politique : que veut-il faire de Gaza une fois la guerre terminée donc convaincre son partenaire que le plan n’est pas une concession faite au Hamas, mais une tentative de transformer une victoire militaire hypothétique en règlement politique durable. Quant au Hamas, il a déjà démontré que son acceptation de la feuille de route n’est pas une manœuvre tactique destinée à gagner du temps. Le mouvement palestinien a souligné auprès de l’émissaire qu’il souhaitait que des pressions soient exercées sur Netanyahu pour débloquer la mise en œuvre de la deuxième phase du plan américain.

A Gaza, la paix ne se décrétera pas : elle devra être vérifiée, garantie et, surtout, rendue vivable. Si c’est cela que Jared Kushner venait rappeler à Netanyahu, alors cette mission, comme celles qui l’ont précédée, est déjà un échec.

Auteur

Hamma Hannachi

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