Le coût de la rentrée scolaire augmente d’année en année et pèse de plus en plus lourd sur les budgets des familles tunisiennes, aussi bien dans l’enseignement public que privé. Au-delà des fournitures scolaires, les dépenses liées aux cours particuliers et à l’ensemble des frais de scolarisation constituent désormais une charge importante, particulièrement pour les ménages à revenus modestes et ceux ayant plusieurs enfants scolarisés, a alerté le président de l’Association tunisienne des parents et des élèves, Ridha Zahrouni.
Selon son estimation, le coût de la rentrée peut varier entre 150 et 700 ou 800 dinars, voire davantage, en fonction des moyens de chaque famille. Cette facture peut notamment augmenter lorsque les parents optent pour des cartables et fournitures scolaires coûteux ou des produits importés.
À ces dépenses s’ajoutent les autres charges du ménage, notamment les factures d’eau et d’électricité, le loyer, le transport, l’alimentation et l’habillement. Cette accumulation rend la rentrée particulièrement difficile pour les familles disposant de revenus limités, surtout lorsqu’elles doivent prendre en charge plusieurs enfants en âge scolaire.
Environ 10% des élèves dans le privé
Ridha Zahrouni a estimé à environ 10% la proportion des élèves scolarisés dans le secteur privé. Il considère que l’enseignement privé joue désormais un rôle aux côtés de l’enseignement public.
Selon lui, l’augmentation du recours aux établissements privés s’explique notamment par la perception, chez certaines familles, de meilleures conditions en matière de vie scolaire, d’organisation, de suivi et de services.
Toutefois, le principal problème concerne, selon le président de l’association, les familles qui n’ont pas les moyens de recourir à l’enseignement privé ou d’assurer des cours particuliers à leurs enfants.
Il estime que plus de 80% de la population ne dispose pas de ressources suffisantes pour supporter ces charges supplémentaires.
Les cours particuliers, une charge de plus en plus lourde
La hausse du coût des cours particuliers constitue également un facteur de plus en plus déterminant dans le parcours scolaire des élèves, a souligné Ridha Zahrouni.
Il a évoqué un chiffre d’affaires estimé à près de 3 milliards de dinars pour les cours particuliers, soit l’équivalent d’environ 40% du budget de l’éducation, selon les données sur lesquelles il s’est appuyé.
Cette charge est encore plus lourde pour les familles ayant plusieurs enfants scolarisés, le paiement de plusieurs centaines de dinars par mois pour les cours particuliers de chaque élève dépassant les capacités financières d’un grand nombre de ménages.
Le président de l’Association tunisienne des parents et des élèves estime ainsi que le lien entre les moyens financiers des familles et la réussite scolaire s’est considérablement renforcé. Un élève qui ne bénéficie pas du soutien et de l’accompagnement nécessaires peut, selon lui, se retrouver dans une situation plus difficile qu’un autre dont la famille dispose de moyens financiers plus importants.
Renforcer l’accompagnement dès la première année du primaire
Pour Ridha Zahrouni, la réponse ne doit toutefois pas se limiter à la question du coût des fournitures scolaires. Elle doit également porter sur la qualité de l’enseignement et l’accompagnement des élèves dès les premières années du primaire.
Il considère que permettre à l’élève de construire ses capacités et de consolider son niveau dès la première année pourrait progressivement réduire son recours aux cours particuliers.
Une telle approche permettrait, selon lui, de créer un cercle vertueux d’une année à l’autre, en améliorant les chances de réussite scolaire tout en réduisant les dépenses supportées par les familles.
Une réforme qui doit intégrer les dimensions économique, sociale et pédagogique
Le président de l’association a appelé, dans ce contexte, à une réforme globale du système éducatif, intégrant simultanément les dimensions économique, sociale et pédagogique, plutôt que de traiter chaque difficulté de manière isolée.
L’objectif principal de cette réforme devrait être de redonner à l’école publique son rôle de levier social, en garantissant l’égalité des chances entre les élèves, indépendamment des capacités financières de leurs familles.
Ridha Zahrouni a également plaidé pour la mise à disposition de données précises sur la situation de l’enseignement et des cours particuliers, afin qu’elles puissent servir de base à l’élaboration des politiques et des mesures publiques.
Selon lui, une réponse efficace au phénomène des cours particuliers et aux inégalités scolaires passe nécessairement par une compréhension globale des interactions entre la situation économique de la famille, les conditions de vie de l’élève, la qualité de l’enseignement et les résultats scolaires.
R.I



