Schengen : ce qui change dès le 7 septembre pour les voyageurs tunisiens, algériens et marocains
À partir du lundi 7 septembre 2026, la Suisse ne pourra plus suspendre temporairement l’enregistrement des voyageurs dans le système européen d’entrée et de sortie (EES), même en cas de forte affluence dans ses aéroports. Cette évolution ne crée pas une nouvelle obligation de visa pour les Tunisiens, Algériens ou Marocains mais s’inscrit dans la généralisation des contrôles numériques et biométriques aux frontières extérieures de l’espace Schengen.
Une nouvelle étape sera franchie lundi 7 septembre aux frontières suisses. La Suisse perdra, à cette date, la possibilité de suspendre temporairement l’enregistrement des voyageurs dans le système européen d’entrée et de sortie, connu sous le sigle EES (Entry/Exit System), en cas de forte affluence dans les aéroports.
L’information, rapportée par l’Agence télégraphique suisse (ATS) et reprise par Blick, fait suite au refus de la Commission européenne de prolonger cette dérogation. La Suisse avait demandé en juillet, avec huit États membres de l’Union européenne, le maintien de cet assouplissement. La Commission européenne a toutefois refusé de modifier la législation en vigueur.
Jusqu’à présent, les autorités suisses pouvaient interrompre temporairement la saisie des données biométriques afin d’éviter des files d’attente trop importantes lorsque le trafic était particulièrement dense. Selon l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), cette possibilité n’a été utilisée que dans de rares cas et pendant de courtes périodes.
Ce qui change concrètement dès le 7 septembre
À compter de lundi, cette possibilité disparaît. Même en cas de forte affluence, l’enregistrement dans l’EES devra donc se poursuivre dans les aéroports suisses.
Cette évolution intervient alors que le système européen est désormais pleinement opérationnel. Lancé progressivement à partir du 12 octobre 2025, l’EES est devenu pleinement opérationnel le 10 avril 2026 dans les pays concernés. Il remplace progressivement le traditionnel tampon apposé sur les passeports par un enregistrement numérique des entrées, des sorties et, le cas échéant, des refus d’entrée.
Le système enregistre notamment les données du document de voyage, la date et le lieu d’entrée et de sortie ainsi que les données biométriques, notamment l’image faciale et les empreintes digitales. Il vise à moderniser les contrôles aux frontières extérieures, à renforcer la sécurité et à faciliter la détection des dépassements de durée de séjour.
Les Tunisiens, Algériens et Marocains sont-ils concernés ?
Oui, mais il est important de préciser de quelle manière. La mesure du 7 septembre ne constitue pas une nouvelle règle spécifiquement destinée aux ressortissants tunisiens. Elle concerne le fonctionnement des contrôles suisses dans le cadre de l’EES.
En revanche, les Tunisiens et leurs voisins qui se rendent dans les pays utilisant l’EES sont concernés par le système, puisqu’ils sont considérés comme des ressortissants d’un pays tiers. Le dispositif s’applique aux ressortissants de pays non membres de l’UE qui voyagent pour un court séjour dans les pays européens utilisant l’EES, qu’ils soient soumis à visa ou exemptés de visa.
Pour un Tunisien, Algérien ou Marocain voyageant avec un visa Schengen de court séjour, les empreintes ont déjà été enregistrées dans le cadre du VIS (Visa Information System) lors de la procédure de visa. La Commission européenne précise que ces empreintes ne sont pas à nouveau stockées dans l’EES, même si les autres éléments prévus par le système sont enregistrés.
Ainsi, le changement du 7 septembre ne signifie pas que les Tunisiens doivent demander un nouveau visa, effectuer une nouvelle démarche administrative ou obtenir une nouvelle autorisation pour voyager vers la Suisse ou l’espace Schengen. Il s’agit avant tout d’une évolution du contrôle effectué au moment du franchissement de la frontière.
Pourquoi l’EES a-t-il été mis en place ?
L’EES constitue l’un des principaux volets de la transformation numérique du contrôle des frontières européennes.
Le système permet aux autorités de disposer d’un enregistrement électronique des entrées et sorties des ressortissants de pays tiers effectuant de courts séjours. Il doit notamment permettre de mieux identifier les personnes ayant dépassé la durée autorisée de séjour, de renforcer la lutte contre la fraude à l’identité et d’améliorer les contrôles de sécurité.
Il enregistre les données du document de voyage ainsi que les données biométriques du voyageur. Le système conserve également les dates et lieux d’entrée et de sortie et les éventuels refus d’entrée.
Le principe du court séjour reste celui des 90 jours maximum sur une période de 180 jours, lorsque les conditions d’entrée applicables sont remplies. L’EES ne modifie pas, en lui-même, cette règle de séjour : il permet surtout de la contrôler de manière automatisée et numérique. Le passeport ne sera donc plus systématiquement tamponné.
L’un des changements les plus visibles pour les voyageurs est la disparition progressive du tampon manuel. La Commission européenne indique que l’EES remplace les cachets apposés sur les passeports par des enregistrements numériques des entrées et sorties. Le système permet ainsi aux autorités de connaître de manière automatisée la durée effective des séjours.
Pour les voyageurs tunisiens, algériens ou marocains, cela signifie que les passages aux frontières extérieures de Schengen sont désormais enregistrés dans une base de données numérique plutôt que simplement matérialisés par un tampon dans le passeport.
EES et ETIAS : deux dispositifs à ne pas confondre
Autre point important pour les voyageurs tunisiens : l’EES ne doit pas être confondu avec l’ETIAS, le futur système européen d’autorisation de voyage.
L’EES concerne l’enregistrement et le contrôle aux frontières des ressortissants de pays tiers effectuant un court séjour. L’ETIAS, lui, concernera les ressortissants des pays dispensés de visa qui souhaitent voyager vers les pays européens concernés.
Cette distinction est particulièrement importante pour la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Les Tunisiens, à titre d’exemple, soumis à l’obligation de visa Schengen ne sont pas concernés par l’ETIAS comme les ressortissants des pays bénéficiant d’une exemption de visa. En revanche, ils sont concernés par l’EES lors du franchissement des frontières extérieures.
La Commission européenne indique que l’ETIAS est prévu pour le dernier trimestre de 2026, mais sa date exacte de lancement doit encore être officiellement annoncée.
La fin de la dérogation accordée à la Suisse intervient donc dans un processus beaucoup plus large de transformation des contrôles aux frontières européennes.
L’Union européenne cherche à passer d’un contrôle largement fondé sur les documents physiques et les tampons à un système davantage automatisé, reposant sur l’enregistrement électronique, la biométrie et l’interconnexion progressive des systèmes d’information.
Pour les voyageurs tunisiens, algériens et marocains, le principal changement à retenir est donc simple : les contrôles à l’entrée de l’espace Schengen deviennent progressivement plus numériques et biométriques, mais la décision suisse du 7 septembre ne modifie pas, à elle seule, les conditions de délivrance du visa Schengen ni le droit d’entrée de ces derniers.
La nouveauté concerne surtout la manière dont le passage à la frontière est enregistré et contrôlé.
R.I



