De plus en plus de Tunisiens installés à l’étranger envisagent de prendre le chemin du retour. Fatigués du racisme, des regards hostiles ou d’une vie sans sens, ils rêvent d’une existence plus paisible en Tunisie. Entre attachement viscéral au pays et projets d’investissement, leur hésitation révèle l’urgence d’une politique claire pour les accueillir.
La Presse — « Une fois que j’aurai assez d’argent, je préférerais lancer un petit projet en Tunisie plutôt que de continuer à contribuer à un système où ma présence n’est, pour le dire poliment, pas appréciée », explique un Tunisien résidant en Allemagne.
Il y a quelques années, nous donnions la parole à des Tunisiens qui choisissent de quitter la Tunisie avec leurs familles, en quête d’un avenir meilleur, d’une qualité de vie imaginée ou réelle. Ces derniers temps, un certain nombre d’entre eux réfléchissent au chemin inverse, celui de revenir en Tunisie, avec une autre quête, celle d’une vie plus paisible, moins stressante, et favorable à l’équilibre des enfants.
Sur les plateformes communautaires de discussion en ligne, notamment Reddit, plusieurs Tunisiens résidant à l’étranger posent des questions pour préparer un éventuel retour au pays.
Le sentiment de ne pas être le bienvenu
« J’ai un passeport canadien et je pense à rentrer car mes parents prennent de l’âge et, de plus, j’en ai marre des regards racistes et de leurs commentaires », explique un internaute, en demandant à la communauté de lui suggérer des projets d’investissement rentables en Tunisie. Pour sa part, une autre internaute vivant en Allemagne s’interroge, et hésite : « J’habite en Allemagne depuis six ans et j’envisageais sérieusement de rentrer vivre en Tunisie l’année prochaine, mais j’hésite à rentrer en raison de ce qui se raconte à propos du niveau de vie qui se détériore », écrit-elle.
« J’ai déjà testé l’étranger et la Tunisie. J’ai essayé les deux, maintenant je peux juger que la famille est plus importante », lui rétorque un autre, mais consent que ça serait tellement plus facile avec un revenu confortable. « Je sais que je vais perdre des choses mais je vais en gagner d’autres », admet-il.
Plus alarmiste, un internaute affirme que sa décision est prise, qu’il rentre en Tunisie, particulièrement depuis la montée des partis d’extrême droite en Allemagne.
« Une fois que j’aurai assez d’argent, je préférerais lancer un petit projet en Tunisie plutôt que de continuer à contribuer à un système où ma présence n’est, pour le dire poliment, pas appréciée ». Pour commenter les avis des uns et des autres sur la Tunisie, ce Tunisien attaché à son pays d’origine l’affirme : « Cette situation [la conjoncture] m’a donné encore plus envie de rentrer en Tunisie. Toute contribution que je peux apporter a beaucoup plus de sens en Tunisie qu’elle ne l’aura jamais en Allemagne. Le choix se résume donc à une vie facile mais sans sens, ou une vie difficile mais porteuse de sens. Je choisis la seconde sans hésiter ».
Un attachement viscéral à la Tunisie
Il y a plus d’un an, un sondage réalisé par l’Atuge, Association des Tunisiens des grandes écoles, révélait déjà cette tendance. Menée auprès de 1.041 Tunisiens de l’étranger, elle note que si 20 % seulement envisagent un retour définitif, l’attachement au pays reste absolument viscéral.
24% disent, selon cette étude, vouloir entreprendre dans le pays, et 32% ont pour objectif de renouer avec la famille et se rapprocher des parents qui vieillissent. Mais malgré cette tendance, la grande majorité peine aujourd’hui à sauter le pas.
Il est peut-être temps de se doter d’une véritable politique dans ce sens, pour capter cette population prête à entreprendre, et prête à revenir avec toute son expertise et éventuellement des capitaux. Une population qui attend surtout d’être rassurée, de voir que l’Etat a balisé la voie.



