Société

Chroniques de la Byrsa

  • 20 septembre 2026
  • 3 min de lecture
Chroniques de la Byrsa

Après la «descente» au Marché central de Tunis, quelle suite ?

L’événement n’est pas passé inaperçu. A grand renfort de tapage médiatique, la municipalité de Tunis a procédé, début de la semaine qui s’achève aujourd’hui, à une opération de toilettage du Marché central. Une descente à grand renfort de police municipale pour inspecter les lieux tant au point de vue sanitaire que de celui du respect des dispositions réglementaires en matière de tenue des étals.

La halle aux poissons a particulièrement retenu l’attention des visiteurs qui, ô surprise, s’est révélée peu conforme aux règles  d’hygiène et peu scrupuleuse question de tarification des produits.

On ne peut que se réjouir d’une telle initiative. Depuis, on a constaté une nette amélioration de l’état des lieux devenus plus nets, plus aérés et plus praticables par les chalands après la fin des débordements des étals qui encombraient les allées.

Mais voilà, à notre âge, on ne nous la fait plus. On attendra les jours à venir pour savoir si l’action entreprise dans un esprit certainement très méritoire va changer durablement les choses. Car ce n’est pas la première fois qu’un tel scénario se déroule sous nos yeux. Et on en connaît la suite. Ce n’est pas que les acteurs de cet épisode à répétition soient de mauvaise foi. Ils sont tout simplement victimes de l’absence d’une vision qui inscrirait leurs actes dans une perspective cohérente, totalisante.

Le Marché central de la capitale est un lieu de mémoire, le «nombril» qui draine quotidiennement des centaines, voire des milliers, de clients

Le Marché central de la capitale (avec un grand M) n’est pas n’importe quel espace marchand. Outre sa vocation purement commerciale, c’est un lieu de mémoire. Pendant plus d’un siècle, il a assumé la fonction de principal lieu d’approvisionnement alimentaire de la capitale.

Et si, depuis les années 1980, le «Ventre» de Tunis s’est installé à Bir el-Kaçaâ, le Marché central n’en est pas moins resté le «nombril» qui draine quotidiennement vers la rue Charles de Gaulle des centaines, voire des milliers de clients en quête de produits divers, variés et censés être dans une vieille tradition d’authenticité et d’excellence.

Il est vrai qu’aujourd’hui Fondouk el-Ghalla (la Halle aux légumes et aux fruits, son appellation d’origine) n’est plus que l’ombre de lui-même.

Un nombre de stands est déserté depuis quelques années déjà, et les autres à très peu d’exceptions près ne sont que des répliques les uns des autres. Fini le temps du coin où un petit vieux vendait de nombreuses variétés de champignons, des étals où on proposait endives, cresson et autres asperges; fini le temps des marrons chauds, des étourneaux et autres lièvres. Pour ne parler que de cela. N’empêche. Le Marché central reste le point focal vers lequel convergent, outre la clientèle traditionnelle, nombre de visiteurs étrangers à l’intention desquels certains guides organisent des visites commentées.

Oui, le Marché central est un patrimoine qui mérite plus qu’une visite de contrôle : un suivi avec une présence physique permanente sur place pour veiller à la bonne marche de l’espace mais aussi pour y entretenir l’image d’un pays accueillant et généreux.

Auteur

Tahar Ayachi

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